Valéry Giscard d’Estaing : l’Europe doit retrouver la confiance des citoyens

Valéry Giscard d’Estaing

L'ancien président français appelle les dirigeants de l'UE à présenter une vision de l'Europe qui inspire les citoyens, favorise la confiance et crée un sentiment commun d'appartenance.

La crise de l'Europe n'est pas institutionnelle, a affirmé l'ancien président lors d'un débat organisé par le Nouvel Observateur et d'autres médias le 10 octobre à Bruxelles. Ce débat a ouvert une conférence de trois jours intitulée « Réinventer l'Europe » au Palais des Beaux-Arts. Des orateurs haut placés du continent européen se sont déplacés pour discuter des problèmes de l'UE.

Valéry Giscard d'Estaing a indiqué que l'UE devait s'ouvrir au changement et se fixer un objectif clair pour l'avenir afin de regagner la confiance des citoyens.

« Ce n'est pas vrai que les Européens n'aiment pas l'Europe. [Résoudre la crise de l'UE], c'est proposer un projet qui vaille la peine d'y croire, même pour un public sceptique », a-t-il précisé.

« Nous devons être créatifs et regarder ce qu'il se passe en dehors de l'Europe. Le monde change et nous manquons les occasions de nous y adapter », a expliqué M. Giscard d'Estaing.

L'ancien président de la Commission Jacques Delors, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et l'ancien premier ministre espagnol Felipe González participaient également à cette conférence sur l'avenir de l'Europe.

« Les gens présument que l'Europe ne fonctionne pas. Mais, en fait, l'Europe fonctionne. Elle essaie simplement de sortir de la crise. Nous devons être clairs sur ce point »  a affirmé M. Giscard d'Estaing, répondant au constat d'échec de l'UE.

Le débat sur l'échec de l'Union européenne est devenu monnaie courante depuis le début de la crise en 2008. L'ancien président français a toutefois affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une crise « de la zone euro ». « Ce n'est pas une crise de l'euro en tant que monnaie. L'euro n’a presque pas chuté ces dernières années. Notre monnaie est la deuxième devise la plus forte au monde » a-t-il souligné. 

La lutte contre la crise

Contrairement aux autres participants, Herman Van Rompuy a adopté une position pragmatique. L'Europe n'a pas besoin de projets idéalistes, a affirmé le Belge. « Avant de réinventer l'Europe, nous devons la sauver. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés ne sont pas institutionnels. Nous pouvons réaliser de nombreuses choses [dans le cadre] des traités existants », a-t-il déclaré.

En tant que président du Conseil européen, Herman Van Rompuy reste tributaire de la volonté des États membres, mais « nous avons dépassé le stade où chaque étape de l'intégration européenne est bénéfique pour tous » a-t-il indiqué.

« Avons-nous agi suffisamment ? Eh bien, nous n'avons pas eu beaucoup d'autres options », a-t-il déploré. Il a ajouté que les États membres oublient trop souvent que « l'Europe doit aussi sacrifier » certains intérêts nationaux.

Les plans de sauvetage mis en place par les dirigeants européens au cours des dernières années ont suscité le mécontentement et des citoyens européens. Selon un récent sondage d'opinion, près de 60 % des Européens préfèrent aujourd'hui privilégier d'autres politiques à celle de l'austérité. 

« En fin de compte, tout ce que nous avons fait, c'est sauver certaines institutions financières », a indiqué Felipe González. « Les problèmes principaux à l'origine de la crise n'ont pas été soulevés. Notre économie dépend toujours énormément des marchés financiers. »

« Le problème, c'est que les [dirigeants européens] ont voulu être à la fois les architectes et les pompiers », a-t-il précisé. 

À la recherche d'une mission

Felipe González et Valéry Giscard d'Estaing ont souligné le besoin de redéfinir le rôle de l'Union européenne « Il y a deux problèmes. Le premier : nous n'avons pas changé [les institutions] à l'arrivée des nouveaux États membres. Nous avions 12 ou 13 commissaires, maintenant nous en sommes à 28 […] », a déclaré l'ancien président français.

« Le deuxième : l'Europe n'a plus d'objectif. Avant, nous en avions plusieurs : l'établissement de la paix, le développement de la politique étrangère, la création d'une union monétaire… Aujourd'hui, nous sommes incapables de préciser l'objectif actuel du projet. »

M. González a appelé à plus de clarté et d'attention, prenant en exemple la stratégie de Lisbonne. Cette stratégie visant à la création d'une économie européenne concurrentielle est beaucoup trop vague, selon lui. « Nous avons identifié plus de vingt priorités. De facto, cela signifie qu'il n'y a pas de priorité. »

A la tête d'un groupe des sages en 2007 sur demande de la Commission, Felipe González avait alors analysé les perspectives à long terme du projet européen. « L'objectif que nous avons fixé [dans le rapport de 2010] était de devenir une union économique puissante fondée sur l'innovation et la productivité, accompagnée d’un modèle social fort », a-t-il expliqué.

Il est temps de dépoussiérer ce projet, a-t-il ajouté, mais le rapport du groupe des sages n'a pas fait l'objet de beaucoup de suivi après sa publication en mai 2010.

A l'approche des élections européennes de mai 2014, les dirigeants politiques européens sont attendus sur leurs visions et leurs projets pour l'Europe. 

Contexte

Les dernières années ont été le théâtre de multiples péripéties : crise financière et de la dette souveraine, renflouements publics, coupes budgétaires, etc. C'est dans ce contexte que l'Union européenne organise ses élections en mai 2014, espérant redonner confiance à la population dans les institutions. Pour la première fois, les électeurs auront l'occasion de choisir indirectement le prochain président de la Commission.

Au-delà des personnalités, l'économie sera au cœur des campagnes politiques nationales. La bataille entre l'austérité et la croissance fait rage dans pratiquement toutes les élections nationales.

Prochaines étapes

  • 22-25 mai 2014 : élections européennes dans les 28 États membres
  • 1er novembre 2014 : la nouvelle Commission européenne entre en fonction
  • Printemps 2015 : les fédéralistes proposent d'organiser une convention pour réformer les traités de l'UE

Plus d'information

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.