Van Rompuy envisage « une Europe à deux vitesses »

Herman Van Rompuy [President of the European Council/Flickr]

Herman Van Rompuy [President of the European Council/Flickr]

Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, s’est exprimé lors d’une conférence à Bruxelles. À ses yeux, l’intégration européenne pourrait se faire à plusieurs vitesses pour répondre aux inquiétudes britanniques.

« Pendant plusieurs décennies, l’Europe a bien fonctionné. L’ouverture des frontières nous a donné d’énormes possibilités. [. . . ] L’Europe qui nous « ouvre » tant de possibilités est à présent perçue par beaucoup comme un « intrus » dont on ne veut pas », a déclaré Herman Van Rompuy le président du Conseil européen lors d’un discours le 1er juillet.

« Nous devons trouver un juste équilibre », a-t-il poursuivi.

Conscient des inquiétudes des États membres, Herman Van Rompuy a souligné la nécessité de s’attaquer aux questions de l’immigration et de l’inégalité sociale. « Il est urgent que l’Europe soit perçue comme ne profitant pas uniquement aux entreprises, mais également aux travailleurs; pas uniquement à ceux qui « bougent », mais également à ceux qui « restent sur place » », a-t-il indiqué.

Sur la question de la zone euro, le Belge a mis en exergue la nécessité de renforcer l’intégration dans le contexte de la crise de la dette souveraine.

Cependant, l’intégration « ne bouleverse pas et ne devrait pas bouleverser l’accord initial qui est au cœur de l’UE, en particulier pour les États membres qui n’ont pas rejoint l’Union monétaire et ne le feront pas », a-t-il poursuivi, faisant ici allusion au Royaume-Uni. Il ouvre ainsi l’idée « d’une Europe à deux vitesses ».

Les conclusions du Conseil européen des 26 et 27 juin montrent que les dirigeants européens ont opté pour un discours d’apaisement à destination du Royaume-Uni. « Dans ce contexte, le Conseil européen a noté que la notion d’union sans cesse plus étroite permet aux différents pays d’emprunter différentes voies d’intégration ».

« C’est la première fois que nous parlons en ces termes et nous espérons que cela rassurera certains États membres, notamment le Royaume-Uni », espère le président du Conseil européen, faisant ici référence au fossé qui se creuse entre le Royaume-Uni et l’Union européenne au sujet du futur de l’Union.

Une seule et unique circonscription européenne

Herman Van Rompuy est intervenu lors de la conférence organisée par l’European Policy Center (EPC) le 1er juillet dernier. Le 30 juin, il faisait partie d’un panel d’intervenants aux côtés du magnat américano-hongrois George Soros à Bruxelles.

Ces dernières semaines, Herman Van Rompuy a servi d’intermédiaire entre les gouvernements et le Parlement européen dans le cadre du processus de nomination du prochain président de la Commission européenne après les européennes. Maintenant que Jean-Claude Juncker a été confirmé par les États membres, c’est au Parlement européen de valider ou de rejeter le choix des dirigeants européens.

Jean-Claude Juncker était le candidat tête de liste du Parti populaire européen (PPE), le parti de Herman Van Rompuy. Or ce dernier a fait part de ses réticences quant à l’initiative prise par les partis européens. Les États européens se sont mis d’accord par ailleurs pour revoir le processus de désignation une fois la nouvelle Commission en place.

« C’est étrange que nous n’ayons pas une circonscription européenne », s’est étonné le diplomate belge. Il faisait allusion à une circonscription paneuropéenne où les « candidats à la présidence de la Commission européenne » pourraient faire campagne. « On peut imaginer que pour certains postes, une circonscription européenne pourrait être mise en place », a-t-il proposé.

Un message clair de la part des citoyens

Alors que la campagne européenne s’est structurée autour des candidats de tête de liste, les partis eurosceptiques ont progressé lors des élections nationales dans plusieurs États européens.

Les experts européens et commentateurs se penchent sur la question de la légitimité : comment restaurer la confiance, au plus bas, vis-à-vis des institutions européennes ?

« [Certains peuvent] avoir le sentiment aujourd’hui que l’Europe les prive de pouvoir et qu’ils n’ont plus leur mot à dire – alors que l’Europe a précisément été conçue pour les rendre plus forts » a affirmé Herman Van Rompuy. Alors que le leitmotiv de l’UE était synonyme « d’ouverture, de libéralisation, de déblocage », aujourd’hui, on lui reproche de « s’immiscer, de juger, de dicter », a-t-il continué.

« Dans l’ensemble, le message que les citoyens adressent à l’Europe est clair à mes yeux : sois plus forte à l’extérieur, plus protectrice à l’intérieur », selon lui. « Si nous ne pouvons pas répondre aux attentes en termes d’emploi et de conditions de vie, alors les voix minoritaires qui s’élèvent contre l’euro deviendront de plus en plus nombreuses ».

Le président du Conseil européen est en passe de terminer son mandat. Herman Van Rompuy a été élu en tant que premier président du Conseil européen en novembre 2009 et son mandat prendra fin en novembre de cette année.

Les dirigeants européens ont projeté de tenir un sommet extraordinaire le 16 juillet prochain en vue de discuter du successeur de Herman Van Rompuy. Les autres postes clés de l’Union européenne seront aussi à l’ordre du jour. 

À la suite des élections du 22 à 25 mai, les dirigeants européens ont discuté des résultats, mais aussi des priorités stratégiques pour la prochaine Commission européenne. Ils ont également nommé Jean-Claude Juncker à la succession de José Manuel Barroso.

Dans les prochains mois, chaque État membre nommera son commissaire. Ces derniers passeront un grand oral devant le Parlement européen en septembre avant de voter le nouveau collège des commissaires dans son ensemble.

Une fois l'équipe en place, la Commission européenne proposera son programme de travail pour les cinq prochaines années.

Pour Herman Van Rompuy, la fin de son mandat européen le 1er décembre prochain marquera aussi la fin de sa carrière politique.

  • 16 juillet : sommet européen extraordinaire en vue de discuter de l'attribution des postes au sein de la Commission européenne et des autres institutions européennes
  • 1er novembre 2014 : date butoir pour l'entrée en fonction de la nouvelle Commission
  • 1er novembre 2014 : fin du mandat d'Herman Van Rompuy, président du Conseil européen

 

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