Ultime effort de la Macédoine du Nord pour tenter de lever le veto français à l’élargissement

[EPA-EFE/VIRGINIA MAYO]

Des représentants nord-macédoniens et du groupe de Visegrad plaident pour l’importance de l’élargissement, dans une dernière tentative d’ouvrir les discussions sur l’adhésion de la Macédoine du Nord avant le sommet européen des 17 et 18 octobre.

Après que la France a bloqué l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie lors d’une réunion des ministres des Affaires européennes le 15 octobre, l’élargissement de l’UE se trouve dans l’impasse. Et un rapport de force s’est instauré entre le président français Emmanuel Macron et les autres dirigeants du bloc.

La France fait barrage à l’élargissement européen

La France a bloqué l’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE. Celle-ci avait pourtant promis de récompenser Skopje par un ticket d’entrée pour l’UE grâce à l’accord historique de Prespa conclu avec la Grèce.

À la veille du sommet, de nombreux diplomates européens évoquaient la « grande déception » des États membres favorables à l’ouverture des discussions face à la position française et disaient craindre qu’une « erreur stratégique majeure ait été commise ».

Les quatre pays du groupe de Visegrad (V4) — Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie — soutiennent fermement l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE de la Macédoine du Nord et de l’Albanie.

Dans une lettre adressée au président du Conseil européen — et consultée par Euractiv —, les quatre pays enjoignent Donald Tusk à débloquer le lancement des discussions sur l’adhésion et accusent le président français Emmanuel Macron de saboter la « Commission géopolitique » voulue par Ursula von der Leyen, la présidente désignée de la Commission européenne.

« En dépit des progrès importants que nous avons réalisés ensemble, certains États membres continuent d’entraver l’ouverture des négociations d’adhésion, alors qu’il ne s’agit que de la première étape des longues et exigeantes négociations d’adhésion », ont-ils écrit.

« Tout nouveau retard dans la prise d’une décision positive déstabilisera sérieusement la région et limitera amplement notre capacité à jouer un rôle actif dans notre propre voisinage », a averti le V4, appelant à une « discussion décisive » entre les dirigeants européens durant le sommet.

Plus tôt mercredi, un diplomate d’un pays de Visegrad a reconnu que la France maintiendrait probablement con opposition, mais qu’il appartenait maintenant à Donald Tusk de donner le ton. Il a ajouté qu’il espérait voir le chef du Conseil « voler la vedette à Macron pendant le sommet » et « jouer les sauveurs ».

Effets de manches

Il est évident que le groupe de Visegrad tente de capitaliser sur le dossier de l’élargissement, afin de compenser sa position négative sur d’autres sujets, tels que la solidarité dans le partage du fardeau des réfugiés.

Les experts rappellent également que la position de la Hongrie sur la Macédoine du Nord est pour le moins ambiguë. Viktor Orbán entretenait des relations étroites et a accordé l’asile politique à Nikola Gruevski, l’ancien Premier ministre du pays, dont le parti VMRO-DPMNE était un puissant détracteur de l’accord de Prespa.

Au début du mois de mai, la Commission européenne avait recommandé au Conseil d’ouvrir des négociations avec l’Albanie et la Macédoine du Nord après que deux pays auraient effectué des réformes.

Entre-temps, la Macédoine du Nord a résolu un ancien conflit avec la Grèce au sujet de son nom, qui avait incité Athènes à faire jouer son droit de veto sur la candidature d’adhésion du pays à l’UE. Cet accord sur le nom a par ailleurs ouvert la voie à l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’OTAN, qu’elle devrait intégrer en décembre ou au début janvier.

Le parlement grec met fin à un conflit de 27 ans avec la Macédoine

Les dirigeants de l’Union européenne ont chaleureusement applaudi la ratification historique par le parlement grec de l’accord sur le changement de nom de la Macédoine. Il met fin à un conflit vieux de 27 ans dans les Balkans.

L’exécutif européen a alors estimé qu’il était inapproprié d’imposer de nouvelles conditions, car selon lui les deux pays candidats avaient atteint les objectifs fixés par les États membres de l’UE.

« Si nos partenaires tiennent leurs promesses, nous sommes tenus d’en faire de même, c’est ce que nous attendons à juste titre », a déclaré Johannes Hahn, commissaire européen chargé de l’élargissement, au cours d’une conférence de presse conjointe avec Zoran Zaev. Le Premier ministre de Macédoine du Nord est arrivé à Bruxelles mercredi soir pour des entretiens de dernière minute.

Selon Johannes Hahn, la grande majorité des États membres ne demande rien de plus que le feu vert pour l’ouverture des négociations d’adhésion, signe d’un engagement clair sur la voie européenne de la Macédoine du Nord.

« Dirigeants européens respectés, ne devenez pas nos obstacles. Je vous invite à devenir nos héros. La voie européenne est la seule que nous ayons », a plaidé Zoran Zaev, ne cachant pas sa déception à Bruxelles. Le Premier ministre nord-macédonien a ajouté qu’en juin, on avait promis à son pays qu’une décision positive serait prise en octobre.

« Nos citoyens et notre parlement seront déçus. La confiance en l’UE pourrait être remise en question » s’il n’y a pas de feu vert pendant le sommet, a déclaré Zoran Zaev aux journalistes.

Cette attitude « pourrait renforcer, dans notre région, la position de tierces parties qui combleraient le vide », a-t-il ajouté, faisant allusion à la Russie et à la Chine, qui investissent massivement dans le pays.

« Après tout ce que nous avons fait, nous sommes plus que jamais convaincus que nous devrions ouvrir les négociations, car nous sommes prêts, politiquement et institutionnellement. Tout comme nos citoyens », a conclu le Premier ministre.

L’une des solutions envisagées consiste à dissocier les deux candidatures, ce qui permettrait de lancer la procédure d’adhésion de la Macédoine du Nord et d’ajourner celle de l’Albanie, mais divers diplomates européens ont souligné que cette option leur paraissait « peu probable ».

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