Le groupe de Visegrád craint d’être déclassé dans une Europe à plusieurs vitesses

Les quatre dirigeants du groupe de Visegrád, à Varsovie. [EURACTIV Poland]

Les dirigeants du groupe de Visegrád ont présenté le 2 mars un programme commun sur leur contribution à la déclaration de Rome. Ils réaffirment leur idéal européen et rejettent l’idée d’une Europe à plusieurs cercles.

Ces dernières années, si les pays du groupe de Visegrád (Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie) ont trouvé un terrain d’entente en rejetant aussi bien la politique européenne de placement des réfugiés que l’idée d’une Europe à deux vitesses, ils ont également soutenu la politique de cohésion de l’Union.

Cependant, le groupe n’est pas complètement homogène. La Slovaquie et la République tchèque sont dirigées par des Premiers ministres de centre-gauche alors que Viktor Orbán, Premier ministre hongrois, officiellement affilié au PPE, gouverne une « démocratie non libérale », et que la Pologne est dirigée par des populistes eurosceptiques.

Les pays du groupe de Visegrád sont les plus optimistes quant à la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines, le dirigeant le plus enthousiaste à ce sujet étant Viktor Orbán. La Pologne est toutefois inquiète que l’appel à la création d’un corps de défense européen puisse affaiblir l’OTAN.

Si la Slovaquie est le seul pays du groupe de Visegrád à avoir adopté l’euro, les trois autres États n’ont pas l’intention d’intégrer la zone euro dans un futur proche, et ce, même si les traités européens l’exigent. Les quatre pays touchent malgré tout des fonds européens. Or certains pays fondateurs de l’UE préconisent la suppression des subventions de cohésion aux pays qui s’opposent à la politique de répartition des réfugiés, même si aucune base juridique n’existe à ce sujet.

Sous le mandat de la présidence polonaise de Visegrád, les quatre Premiers ministres se sont entretenus à Varsovie pour adopter une déclaration baptisée « Une Europe forte – l’Union de l’action et de la confiance ». Il s’agira de leur contribution au sommet européen de la fin du mois, organisé à l’occasion du 60e anniversaire du traité de Rome.

Les quatre États affirment que dans un contexte de changements géopolitiques rapides, l’UE reste le meilleur outil pour faire face aux défis auxquels sont confrontés les États membres. Ils précisent que les valeurs fondamentales de l’UE, à savoir la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’État de droit et le respect des droits de l’Homme restent légitimes.

>> Lire : Les pays de Visegrád réclament une refonte de l’UE après le Brexit

Contre une Europe à deux vitesses

Les dirigeants reconnaissent que l’unité de l’UE est « cruciale et devrait toujours être le point de départ de notre approche ».

« Il est indispensable de parvenir à un consensus si nous voulons renforcer la confiance en notre projet », ont-ils indiqué. S’ils considèrent également la coopération renforcée comme une option, ils précisent tout de même que « tous les États membres doivent avoir accès à la coopération renforcée, qui ne doit entraîner aucune forme de désintégration du marché unique, de l’espace Schengen et de l’Union européenne elle-même ».

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Préserver le budget et la cohésion de l’UE

La déclaration commune insiste sur l’importance de l’approfondissement du marché unique et de la préservation des quatre libertés sur lesquelles il repose. Elle avertit que « les normes sociales ne peuvent pas être uniformes ». « Le budget de l’UE doit continuer à fournir des investissements stables à long terme. […] La politique de cohésion joue à cet égard un rôle indispensable », ont souligné les dirigeants.

Concernant les relations entre les pays de la zone euro et ceux n’en faisant pas partie, ils s’opposent à toute forme de refonte de l’architecture institutionnelle et précisent que « tout changement devra être conçu de manière transparente et rester à la portée de tous les États membres ».

« Les institutions de l’UE et les États membres simplifieront la coexistence de différentes perspectives au sein d’un unique cadre institutionnel en garantissant l’uniformité, l’interopérabilité effective des mécanismes de l’Union et l’égalité des États membres en vertu des traités », peut-on lire dans la déclaration.

Sécurité et affaires internationales

Les dirigeants préconisent un renforcement des frontières extérieures de l’UE et un retour au « bon fonctionnement de l’espace Schengen », même si la Hongrie continue à construire des barrières à ses frontières.

« Nous devons assurer la complémentarité entre l’UE et l’OTAN », ont continué les dirigeants, précisant que les capacités de défense européenne doivent être développées, tout en préservant le rôle de l’OTAN qui fournit une défense collective à l’Europe.  Ils recommandent également le maintien des relations transatlantiques et d’une « coopération étroite avec le Royaume-Uni ».

Une préférence pour le Conseil européen

Les dirigeants du groupe de Visegrád déclarent préférer que les décisions européennes soient prises par le Conseil européen, plutôt que par la Commission. En Juin dernier, ils ont notamment affirmé que les négociations du Brexit devaient être menées par le président du Conseil européen plutôt que par la Commission. « Le Conseil européen devrait surtout se concentrer sur les questions du programme européen qui présentent un intérêt particulier pour les États membres », ont-ils indiqué.

La réunion de Varsovie intervient également en préparation du sommet européen des 9 et 10 mars prochains, à l’issue duquel un nouveau président du Conseil européen sera élu. Le Polonais Donald Tusk peut se présenter pour un nouveau mandat de deux ans et demi, mais les forces politiques au pouvoir dans son propre pays y sont opposées.

>> Lire : Varsovie ne soutient pas Tusk pour un second mandat

 

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