Ursula von der Leyen passe au grill parlementaire

Conférence de presse d'Ursula von der Leyen au Parlement européen le 3 juillet 2019 [EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Ursula von der Leyen a poursuivi son offensive de charme auprès des eurodéputés, qui n’ont pas semblé être convaincus par la candidate à la présidence de la Commission.

Ce mercredi 10 juillet, à l’issue des réunions avec les socialistes, les libéraux et les verts, la ministre allemande de la Défense a tenu un discours tirant vers la gauche en abordant de nombreuses problématiques qui seront au centre du programme de l’UE lors de la prochaine législature. Les eurodéputés lui ont toutefois reprochée un manque de précision.

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« Je suis européenne de cœur et de conviction », a déclaré Ursula von der Leyen lors de sa première conférence de presse depuis sa nomination pour succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de l’exécutif de l’UE. Toutefois, il est peu probable que sa position pro-européenne soit suffisante pour convaincre les eurodéputés de ses qualifications.

Après 2 heures passées en séance plénière a répondre aux questions des élus européens, le groupe des Verts/ALE a annoncé ne pas être prêt à soutenir sa candidature et il se peut qu’ils ne soient pas le seul groupe à s’y opposer.

« Les déclarations d’Ursula von der Leyen étaient décevantes. Nous n’avons rien entendu de concret que ce soit sur le climat ou l’État de droit. Le maître-mot de notre mandat est le changement, mais nous ne voyons pas comment ce changement pourrait advenir avec cette candidate », a déploré Ska Keller, coprésidente du groupe Verts/ALE.

« Ursula von der Leyen n’est simplement pas une présidente de la Commission que les Verts/ALE peuvent soutenir », a conclu Philippe Lamberts.

Les socialistes, avec qui elle s’entretenait ce matin, sont aussi restés sur leur faim. « Nous n’avons pas reçu assez de réponses, nous allons donc rédiger nos demandes et l’évaluerons sur base de ses réponses », a révélé Iratxe Garcia Perez, présidente du groupe S&D, après la réunion.

Les socialistes européens rechignent face la candidature d'Ursula von der Leyen

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En Allemagne, les socialistes partenaires de coalition dans le gouvernement d’Angela Merkel ont également émis de fortes réserves. Katarina Barley, eurodéputée membre du SPD allemand et ancienne ministre fédérale de la Justice et récemment nommée vice-présidente du Parlement européen a dévoilé aux journalistes qu’elle connaissait « personnellement Ursula von der Leyen, mais pas ses idées sur l’Europe »

D’après Dacian Ciolos, chef du groupe Renew Europe, c’était « une très bonne réunion », les députés européens de son parti semblent plus ouverts à la désignation d’Ursula von der Leyen.

Il a néanmoins indiqué que le soutien de son parti déprendrait des réponses de la candidate à leurs demandes : organiser une conférence sur l’avenir de l’Europe, autoriser des listes transnationales de candidats lors des prochaines élections européennes, soutenir un nouveau mécanisme d’État de droit, désigner leur candidate Margrethe Vestager vice-présidente de la Commission conjointement au socialiste Frans Timmermans, une promesse qu’Ursula von der Leyen s’est engagée à tenir.

En outre, Dacian Ciolos a souligné qu’un vote positif de la part de son parti ne voulait  pas dire que les dés sont jetés.

Ce mardi 9 juillet, Ursula von der Leyen a rencontré Raffaele Fitto et Ryszard Legutko, coprésidents du groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE) et selon une source du parti, « les déclarations d’Ursula von der Leyen ont été extrêmement décevantes ».

Le soutien de la droite semble être bien ancré et un vote positif de la plupart du groupe PPE, incluant 13 eurodéputés du Fidesz (le parti politique hongrois fondé par Viktor Orbàn) et du groupe CRE est probable.

Offensive de charme

Consciente du malaise des familles politiques au sujet de sa nomination, Ursula von der Leyen a juré de remettre au point le processus des Spitzenkandidats, que les dirigeants de l’UE ont cette fois-ci abandonné pour la désigner au poste de présidente de la Commission.

Dans sa volonté de démontrer son engagement pour une démocratie européenne plus affirmée, Ursula von der Leyen a annoncé qu’elle cèderait certaines initiatives législatives — exclusives à la Commission, en vertu des traités — au Parlement.

Elle s’est aussi engagée à transmettre au collège des commissionnaires toutes résolutions législatives du Parlement qui obtiennent une majorité absolue et a promis de réfléchir à une façon de les transposer pleinement en actions politiques et législatives.

De plus, la ministre allemande a réclamé un programme plus ambitieux en matière de climat (« Nous devons absolument atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 »), a aussi annoncé qu’elle mettrait tout en œuvre pour instaurer un salaire minimum dans toute l’Europe et a appelé l’UE à jouer un rôle plus marqué dans le monde.

Elle a toutefois échoué à présenter un programme clair et précis pour les cinq prochaines années, ce qui n’est guère surprenant, puisqu’elle ne s’était pas présentée aux élections européennes et que jusqu’à la semaine dernière elle était ministre de la Défense en Allemagne.

Même si la candidate a souligné que les questions personnelles devraient attendre son investiture, elle a promis de demander aux leaders européens de présenter deux personnes chacun — un homme et une femme — comme possibles commissionnaires, afin de parvenir à un équilibre des genres au sein de son équipe.

« Je travaillerai d’abord pour obtenir une majorité, puis je m’attèlerai à la structure, exception faite de deux personnes : Frans Timmermans et Margrethe Vestager », a indiqué Ursula von der Leyen aux libéraux.

Lors de son entretien avec les Verts, Ursula von der Leyen a déclaré qu’elle voulait de Frans Timmermans qu’il continue à s’occuper du respect de l’état de droit au sein de sa Commission, « s’il le souhaite ».

Changement climatique

La candidate à la Commission a mis la lutte contre le changement climatique au cœur de son programme au moment de s’adresser aux eurodéputés, et a déclaré qu’elle soutiendrait une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, ainsi qu’un objectif net zéro émission pour l’UE d’ici à 2050. « Je veux que l’Europe soit le premier continent à devenir neutre en carbone », a-t-elle affirmé devant les parlementaires.

L’actuelle ministre allemande de la Défense veut mettre en place un « Conseil des scientifiques » pour surveiller et rapporter les progrès réalisés par les États membres pour réduire leurs émissions.

« Le CO2 doit avoir un prix », a souligné la ministre allemande à la presse, avant de rappeler la nécessité d’un débat ouvert sur une taxe carbone dans l’UE qui exigera toutefois l’unanimité parmi les dirigeants européens. « Je sais que ce n’est pas un dossier facile, mais nous devons nous y attaquer. »

Quant au système d’échange de quotas d’émissions (ETS), Ursula von der Leyen  a assuré que le mécanisme fonctionnait bien mais devait être élargi à l’aviation et au transport maritime, et inclure le bâtiment et les transports.

La coalition allemande divisée sur la tarification du carbone

Et si Berlin mettait un prix sur les émissions de carbone des secteurs du transport, du bâtiment et de l’agriculture, qui ne sont actuellement pas couverts par le système d’échange de quotas d’émissions ? La question divise la coalition en Allemagne. Un article d’Euractiv Allemagne.

Elle s’est par ailleurs alignée avec le Président français Emmanuel Macron sur l’idée d’une Banque européenne pour le climat dans le but de soutenir l’économie à faibles émissions de carbone.

La candidate à la Commission souhaite utiliser davantage les fonds européens afin d’aider les pays à la traine dans leur transition vers une économie plus verte et pour s’assurer que cette transition est juste tant pour les entreprises que pour les citoyens.

« Je pense qu’il est possible de réconcilier la conscience environnementale et une économie prospère », a-t-elle dit à la presse.

État de droit

Les eurodéputés ont tenté de l’épingler sur sa défense de l’état de droit, notamment vis-à-vis de la Pologne et de la Hongrie, deux pays actuellement sous le coup de la procédure de l’article 7, lancée par la Commission pour violation persistante des valeurs fondamentales de l’UE.

Sophie in ‘t Veld, eurodéputée libérale néerlandaise regrette que sur ce point, l’Allemande  n’ait « rien proposé de vraiment concret ou précis sur l’état de droit ».

Action extérieure

Ayant de l’expérience dans la défense, Ursula von der Leyen a marqué des points sur ce sujet, appelant à une plus grande intégration dans la sécurité  et la défense pour être à la hauteur de la promesse d’Union européenne de la défense. « En tant qu’Européens, nous devons davantage nous affirmer, être plus engagés dans notre voisinage », a-t-elle déclaré aux libéraux.

« Une armée des Européens n’est pas une armée européenne », a-t-elle souligné, prenant la coopération entre l’Allemagne et les Pays-Bas comme modèle. « Quand vous envoyez des forces, c’est toujours du soutien des parlements nationaux dont vous avez besoin. »

Pour elle, les décisions de politique étrangère sont toujours trop longues à prendre. « En fin de compte, quand nous faisons face à une crise, l’Europe doit réagir rapidement. »

« Si nous voulons que le haut-représentant des affaires étrangères de l’UE soit efficace, si nous voulons qu’il ou elle soit écouté(e), alors nous avons besoin d’un vote à la majorité. »

Sur l’immigration, Ursula von der Leyen n’a pas réussi à préciser ses plans pour modifier l’approche de l’UE envers le sauvetage des migrants en Méditerranée, ce qui a fortement été critiqué par les Verts.

Brexit

Le départ du Royaume-Uni de l’UE, prévu pour le 31 octobre, sera l’un des premiers grands dossiers d’Ursula von der Leyen si le Parlement approuve sa nomination. Devant les eurodéputés, elle s’est empressée de défendre l’accord de retrait négocié par Michel Barnier.

Interrogée sur les futures relations du Royaume-Uni avec l’UE par les libéraux démocrates britanniques, elle a soutenu que « le Brexit n’est pas la fin de quelque chose mais le début d’une coopération ». L’Allemande a toutefois, comme d’autres dirigeants avant elle, fait part de sa volonté de voir le Royaume-Uni rester dans l’UE.

Elle estime par ailleurs qu’une autre prolongation de l’article 50 au-delà d’octobre sera nécessaire, même si la décision est entre les mains des États membres.

« Si le Royaume-Uni a besoin de plus de temps, nous pensons que c’est une bonne idée de reporter le Brexit, pas seulement pour les conséquences économiques mais aussi parce que les relations entre les deux parties seraient gravement entachées par un Brexit sans accord », a souligné la candidate.

Vote la semaine prochaine

Ursula von der Leyen a également rencontré les présidents des groupes politiques, lors de la Conférence des présidents. Le 11 juillet, ils se décideront sur le jour du vote sur sa nomination.

Le président du Parlement européen récemment élu, le socialiste David Sassoli a décrit la réunion d’« utile, constructive et cordiale » et souligné la nécessité d’une bonne coopération entre la Commission européenne et le Parlement ».

Il a salué l’engagement de l’Allemande de rencontrer toutes les familles politiques qui le souhaitaient. « Ce n’est toutefois ni le moment ni mon rôle de tirer des conclusions politiques sur ce dialogue », a déclaré David Sassoli sur l’impact de cette discussion sur le vote de la semaine prochaine. « Il y a encore du chemin à parcourir. »

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