CoFoE : trop importante pour être ignorée

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Les préparatifs de la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE) ont été un véritable parcours du combattant pour ceux qui voulaient que cette Conférence soit constructive et porteuse de réformes. [Shutterstock 1292901601]

Les Européens doivent se mobiliser pour demander une meilleure Union européenne dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE). Cependant, une UE plus solidaire et démocratique n’est pas dans l’intérêt de tous, et certains acteurs politiques s’efforcent constamment de faire perdre son sens au processus de consultation. En réaction à cela, nous nous devons de rendre cette Conférence trop importante pour être ignorée.

Léonie Martin est la présidente des Jeunes Européens Fédéralistes (JEF Europe), une ONG politique de jeunesse non partisane qui milite pour une Europe plus unie et plus démocratique.

Les préparatifs de la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE) ont été un véritable parcours du combattant pour ceux qui voulaient que cette Conférence soit constructive et porteuse de réformes. Ce qui devait initialement être un processus complet de deux ans, susceptible de redéfinir les fondements de l’UE, s’est transformé, après avoir accumulé un an de retard, en un exercice de neuf mois assorti d’un vague engagement de suivi de ses conclusions. Toutefois, le modèle de la conférence, né au milieu d’intenses négociations entre fédéralistes, réformistes, conservateurs institutionnels et eurosceptiques, laisse encore une certaine marge de manœuvre pour qui veut ébranler le statu quo européen si la mobilisation des citoyens lui donne suffisamment de poids.

La crise climatique, les flux migratoires, les violations de l’État de droit, la pandémie de Covid-19… L’Europe fait actuellement face à de nombreuses crises que les États membres ne peuvent pas gérer par eux-mêmes. Cependant, l’UE n’est pas en mesure de gérer ces problèmes non plus, du moins pas dans sa forme actuelle. Cet état d’impuissance institutionnelle est toujours présent malgré une demande manifeste de réformes. De récentes enquêtes montrent que l’opinion publique au sein de l’UE est favorable à ce qu’un plus grand nombre de décisions soient prises au niveau de l’UE, au système des Spitzenkandidaten, à la défense des valeurs fondamentales de l’UE, à une compétence partagée entre l’UE et les États membres en matière de fiscalité, à une intervention plus importante au niveau de l’UE dans le domaine des affaires sociales et de la santé, à une réponse collective de l’UE aux défis mondiaux ou à l’instauration d’une politique migratoire commune. La CoFoE peut permettre de préparer l’UE pour la prochaine décennie si elle est menée conformément aux demandes des citoyens et si son suivi tient également compte de celles-ci.

Même si le modèle institutionnel de la Conférence n’aura qu’une capacité limitée à aborder ces problématiques de manière adéquate, certains espèrent que tout cela se soldera par une débâcle rapidement oubliée du camp des pro-européens. De nombreux eurosceptiques poursuivent leur campagne de dénigrement de la Conférence, remettant en cause son potentiel et son ampleur. Ces derniers semblent craindre que les demandes du public puissent prendre de l’importance avec la CoFoE pour ensuite donner naissance à des revendications paneuropéennes clairement articulées. Faire en sorte que la Conférence reste synonyme d’exercice discret pour les passionnés d’affaires européennes est un moyen sûr pour ceux qui cherchent à discréditer ses résultats potentiellement dérangeants d’arriver à leurs fins. En effet, ils pourront ainsi arguer que ces résultats sont dépourvus d’un large soutien de la part du public.

La tâche de la société civile européenne et des forces réformistes au sein des institutions et des États membres consiste donc à mobiliser la « majorité silencieuse » des Européens : cette expérience doit devenir trop importante pour être ignorée par les eurosceptiques et les partisans du statu quo. La CoFoE doit être présentée comme une opportunité d’améliorer une UE qui, dans sa forme actuelle inachevée, est de moins en moins capable de répondre aux défis modernes de l’Europe dans son ensemble et de ses citoyens, et ce dans des domaines allant de l’action climatique à la sécurité sociale. Le message adressé au public européen doit être simple : le moment est venu de remodeler l’Europe afin qu’elle puisse mieux répondre aux attentes de ses citoyens. La Conférence n’est peut-être pas la meilleure solution, mais c’est la meilleure dont nous disposons aujourd’hui pour garantir que l’Europe dispose des moyens démocratiques nécessaires pour relever les défis contemporains.

La Conférence peut également jouer un rôle clé en stimulant la montée en puissance de l’opinion publique paneuropéenne. Alors que les sondages montrent que les Européens attendent une action plus marquée de l’UE dans de nombreux domaines, les citoyens ne sont peut-être pas conscients que leurs demandes sont partagées au-delà de leurs frontières lorsque les médias de la plupart des États ont tendance à privilégier la perspective nationale lorsqu’ils présentent les problèmes quotidiens. Il sera donc essentiel d’obtenir le soutien des médias nationaux pour que la conférence soit à la fois visible et réussisse à stimuler un débat paneuropéen.

Toutefois, il ne suffira pas d’assurer le succès de la consultation menée par l’UE. Les citoyens doivent être conscients que la volonté des institutions et des gouvernements nationaux de donner suite aux résultats de la conférence dépendra du niveau de mobilisation des citoyens. Les Européens ne devraient pas hésiter à plier les cadres du processus et à exiger des changements, même au-delà du calendrier officiel et des voies de consultation, et ce jusqu’à ce que leurs demandes soient satisfaites. Les panels de citoyens de la CoFoE ne peuvent pas être rangés dans des cases politiques reflétant les priorités existantes de la Commission européenne afin de promouvoir des propositions institutionnelles déjà planifiées comme étant avancées par les citoyens. Le slogan institutionnel de la CoFoE est « L’avenir est entre vos mains », et cela indique bien qu’il ne peut être prédéfini par quelqu’un du Berlaymont.

La conclusion de la Conférence peut n’être que le début d’une longue campagne pour que ses résultats soient réellement mis en œuvre et aillent au-delà de la publication d’un PDF en couleur sur le site web de la Commission. Idéalement, la CoFoE peut être un premier pas vers une Assemblée constituante permettant de remplacer les traités européens actuels par un cadre constitutionnel plus complet. Afin d’éviter que les vetos individuels ne fassent échouer ce processus, celui-ci devrait comprendre un noyau de coalition composé de volontaires, avec la possibilité pour d’autres États de se joindre à eux lorsqu’ils seront prêts à répondre démocratiquement aux attentes de leurs citoyens pour l’Europe. C’est ainsi que l’UE a vu le jour, et cela semble être la bonne démarche pour la faire enfin évoluer après les années de stagnation qui ont suivi l’adoption du traité de Lisbonne.

La CoFoE a le potentiel pour devenir un tournant démocratique pour l’UE, dépassant les actions essentiellement descendantes qui ont fait échouer le processus d’intégration européenne jusqu’à présent. La mobilisation des citoyens européens au moyen de la CoFoE est essentielle pour y parvenir — nos voix doivent devenir trop nombreuses et se faire trop fortes que pour être ignorées.

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