L’avenir de l’Europe menacé par l’inaction des « pro-Européens »

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Personne ne s’attend à voir Viktor Orbàn ou Jarosław Kaczyński lancer une campagne de grande envergure pour montrer à quel point l’UE est démocratique, mais les gouvernements pro-européens et les institutions européennes devraient quant à elles le faire. [Shutterstock 2055372347]

La Conférence sur l’avenir de l’Europe est en cours, mais le risque est grand qu’elle se révèle être une occasion manquée. Selon Roberto Castaldi, cela est principalement dû à l’inaction des gouvernements et partis « pro-européens » et des institutions européennes.

Roberto Castaldi est directeur de recherche au Centre international pour la gouvernance européenne et mondiale et directeur du Centre de recherche sur l’intégration à plusieurs niveaux et les processus de gouvernance à l’Université eCampus.

Personne ne s’attend à voir Viktor Orbàn ou Jarosław Kaczyński lancer une campagne de grande envergure pour montrer à quel point l’UE est démocratique, mais les gouvernements pro-européens et les institutions européennes devraient quant à elles le faire.

À quoi bon créer une plateforme numérique multilingue où les citoyens peuvent exprimer leurs opinions, organiser et promouvoir des événements et ne pas les en informer ni les inviter à l’utiliser  ?

La Conférence était initialement une idée d’Emmanuel Macron qui a ensuite été soutenue par le Parlement européen entre autres. Les gouvernements nationaux ont alors accepté de concrétiser le projet mais ils craignent que les citoyens ne proposent des réformes trop ambitieuses.

Et il sera en effet difficile d’ignorer les résultats de la Conférence si de nombreux citoyens participent à ces activités par le biais de la plateforme numérique et si de nombreux événements sont organisés localement, de manière participative, dans toute l’Europe.

Dans son discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a invité tous les citoyens, et en particulier les jeunes, à y participer. Toutefois, la Commission européenne n’a mis en place aucune stratégie de communication, investissement politique ou financier pour ce projet.

La Commission pourrait demander aux universités, aux écoles, aux centres de recherche et aux ONG bénéficiant d’un financement de l’UE d’organiser au moins un événement et de soumettre une idée à la conférence sur l’avenir de l’Europe, en plus d’inviter leurs membres à y participer, en publiant une invitation à participer sur leurs sites web et dans leurs bulletins d’information.

Elle pourrait demander que toutes les formations financées par l’UE incluent également une telle invitation. Les États membres pourraient être invités à entreprendre une série d’actions peu coûteuses qu’il leur serait difficile de refuser comme par exemple le fait de demander aux ministères de l’Éducation d’inviter les écoles à consacrer une partie de leur programme d’éducation civique à des débats entre élèves sur l’avenir de l’Europe.

Le Comité des régions s’est démené pour être impliqué dans la plénière de la Conférence, mais jusqu’à présent, il ne semble pas mobiliser les gouvernements régionaux et locaux.

Il ne serait pas compliqué pour les gouvernements locaux et régionaux d’organiser des séances ouvertes du Conseil qui seraient alors insérées dans la plateforme de la Conférence, ou d’insérer sur leurs sites web une invitation aux citoyens à participer via un lien vers la plateforme.

Il en va de même pour le Comité économique et social. Si les principaux acteurs économiques et sociaux introduisaient leurs idées dans la plateforme et demandaient à leurs membres de les soutenir et de participer à la conférence, un grand débat pourrait être lancé dans toute l’Europe.

Une grande responsabilité incombe aux partis pro-européens car ces derniers ne demandent pas à leurs branches locales, régionales et nationales d’organiser des événements, de s’engager dans le débat, de présenter et de discuter avec les citoyens de leur propre vision de l’avenir de l’Europe.

En effet, ils ne demandent pas au gouvernement local ou régional dont ils font partie de se mobiliser et d’organiser des séances ouvertes du Conseil. Ils ne demandent pas aux gouvernements nationaux dont ils sont membres de mobiliser leurs universités, leurs écoles, leurs collectivités locales et la société civile dans ce grand débat.

La raison  ? Parce qu’ils craignent les nationalistes. Ils ont peur de dire que pour que l’UE puisse faire face aux grands défis qui l’attendent tels que le changement climatique, la transition numérique et écologique, l’aggravation des crises géopolitiques tout autour de l’UE ainsi que pour contribuer aux solutions et aux biens publics mondiaux, il faut supprimer les vetos nationaux et créer de véritables ressources propres à l’UE.

De même, le rôle de la Commission en tant que gouvernement de l’Union devrait être renforcé, et une véritable mise en commun ainsi qu’un partage de souveraineté devraient avoir lieu également dans le domaine de la politique étrangère, de la sécurité et de la défense.

En résumé, l’UE doit être entièrement fédéralisée. L’Europe est un géant sur le plan économique mais elle reste peu puissante sur les plans politique et militaire.

Cela signifie que l’UE est forte tandis que les États membres sont faibles. L’UE est devenue un géant économique car ses États membres ont mis en commun et partagé leur souveraineté dans le domaine économique. Au contraire, l’UE reste faible sur le plan politique et militaire car la souveraineté est restée entre les mains des États membres dans ces domaines.

Pour faire face à la Chine, la Russie et les États-Unis, nous avons besoin d’une souveraineté européenne dans ces domaines également. Pour favoriser des solutions globales à la crise climatique, nous avons besoin d’une représentation extérieure unifiée sur la scène internationale, l’UE étant capable de proposer de nouvelles formes de gouvernance supranationale pour faire face au changement climatique.

Je crois que si Altiero Spinelli était vivant, il aurait essayé de forcer tous ces acteurs à relever le défi, à s’engager auprès des citoyens et à leur dire la vérité, tout en incitant le Parlement à proposer une réforme complète de l’UE sur base du résultat de la conférence.

C’est ce que le groupe Spinelli devrait faire pour être fidèle à son nom.

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