Le temps de l’audace pour le Conseil européen

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Henri Malosse [CESE]

Henri Malosse [CESE]

Le plan Juncker de 315 milliards offre une lueur d’espoir à l’économie européenne, meurtrie par des années de crise, voire de récession pour certains. Mais pour cela, il faudra que l’Union européenne évite l’enlisement procédural qui a déjà handicapé un certain nombre des bonnes idées passées, prévient Henri Malosse.

Henri Malosse est Président du Comité Economique et Social Européen (CESE).

L’urgence exige de mobiliser l’ensemble des instruments disponibles en faveur d’un retour à la compétitivité et à la croissance. La nouvelle équipe dirigeante de la Commission européenne va devoir donner rapidement des gages d’efficacité aux Européens et pour cela, prendre en compte deux éléments essentiels.

Le premier réside dans l’attente exprimée par les citoyens de mesures immédiates, concrètes. Le plan de 315 milliards d’euros pourrait être un signe positif dans ce sens. Mais pour cela, il faudra que l’Union européenne évite l’enlisement procédural qui a déjà handicapé un certain nombre des bonnes idées passées. C’est notamment le cas avec la Garantie Jeunesse dont seuls 1,5 milliard des 6 milliards d’euros ont été engagés sur le terrain, un an et demi après son lancement.

Le deuxième changement indispensable consiste dans une Union européenne plus démocratique. Sans consensus et participation, aucune réforme n’est possible; le succès de cette nouvelle Commission dépendra ainsi aussi de sa capacité à mobiliser les acteurs de la société civile. Aujourd’hui, la société civile européenne a été claire: elle est prête et elle veut participer pour rendre l’action européenne efficace, pour faire en sorte que l’Europe retrouve sa place, redonne confiance. C’est bien le sens de la contribution que le Comité économique et social européen vient de transmettre à Jean-Claude Juncker: démontrer à la nouvelle Commission qu’un dialogue avec le terrain peut enrichir son action, lui donner des orientations en lien avec les attentes des populations. Et parmi les attentes exprimées, celle de l’application effective de l’article 11 du Traité de l’Union européenne qui préconise la mise en place d’une démocratie participative.

La société civile européenne attend de la nouvelle équipe à la tête de la Commission européenne qu’elle mène à bien de véritables progrès dans les domaines qu’elle a identifiés comme prioritaires.

L’Union économique et sociale ne doit plus recouvrir une vaine expression. Elle doit, à présent, mettre en œuvre de véritables processus de décision partagés sur des politiques économiques fondamentales. Les citoyens se sont déjà exprimés en faveur de plus de cohérence dans les politiques économiques des États membres et notamment dans la zone euro où l’absence de toute gouvernance économique tend à l’absurde. Le dernier scandale qui a failli éclabousser la nouvelle Commission européenne plaide véritablement en faveur d’une convergence de la fiscalité, notamment du point de vue des entreprises. Les citoyens attendent également un pilier social capable de réduire les disparités entre et au sein des pays qui ont eu tendance à se creuser en Europe ces dernières années.

Si l’Europe doit retrouver sa place en tant que leader industriel dans la compétition mondiale, elle doit le faire en consolidant son marché intérieur. Ainsi, à côté de l’accent qui doit être mis sur la réindustrialisation des territoires, les Européens demandent également à ce que soit mis fin aux concurrences exacerbées qui existent au sein de l’Union européenne. Pour supprimer le dumping social induit par la directive «services», pourquoi ne pas examiner la possibilité d’appliquer les conditions de travail et les droits sociaux des travailleurs du pays où s’exécute la prestation? Les territoires sont également une source de développement aujourd’hui insuffisamment explorée. Pourtant, de nombreuses opportunités existent, portées par la capacité d’innovation de la société civile.

Certes, les défis qui sont devant nous sont à la hauteur des attentes de la société européenne. Mais quoi que nous rêvions d’entreprendre pour l’Europe, n’ayons pas peur. Allons-y ensemble en nous rappelant, comme Prosper Crébillon avant nous, que le succès a toujours été un enfant de l’audace.

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