Mesdames et Messieurs les eurodéputés, faites que Juncker tienne ses promesses

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.COM Ltd.

Bernadette Ségol, secrétaire générale de la CES. [ETUC CES/Flickr]

Bernadette Ségol, secrétaire générale de la CES. [ETUC CES/Flickr]

Jean-Claude Juncker a été élu Président de la Commission européenne sur la base d’un programme social en dix points qui s’annonce même prometteur pour l’Europe. Les eurodéputés ont maintenant la responsabilité de veiller à ce qu’il tienne ses promesses, écrit Bernadette Ségol.

Bernadette Ségol est la Secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES).

Je suis une optimiste, et je suis optimiste à propos de la nouvelle Commission et du nouveau Parlement européen.

Certains diront que le nouveau Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, n’a rien fait, que ce soit en tant que Président de l’Eurogroupe ou de membre comptant le plus d’ancienneté au sein du Conseil européen, pour changer les politiques d’austérité qui ont fait que la crise financière s’est muée en crise du chômage et des inégalités.

Mais je suis optimiste quant au fait que M. Juncker croit sincèrement que des erreurs ont été commises et qu’il comprend aujourd’hui que le manque de justice sociale est actuellement un problème majeur en Europe. Je lui donne une chance et je salue le « Programme pour l’emploi, la croissance, l’équité et le changement démocratique » qu’il a présenté au Parlement européen avant d’être élu nouveau Président de la Commission.

Il a déclaré au Parlement européen que « le fait que des armateurs et des spéculateurs s’enrichissent toujours plus durant une crise, alors que des retraités ne peuvent plus subvenir à leurs besoins n’est pas compatible avec une économie sociale de marché ». Je suis d’accord avec lui et je crois qu’il pensait ce qu’il a dit.

Je me refuse à croire que M. Juncker pousserait les limites du cynisme jusqu’à présenter un programme qu’il n’a pas l’intention de mettre en place alors qu’il admet lui-même que « le degré de confiance dans le projet européen n’a jamais été aussi bas ».

Je salue en particulier son engagement pour un « programme ambitieux en faveur de l’emploi, de la croissance et de l’investissement » qui inclut « jusqu’à 300 milliards d’euros supplémentaires d’investissements publics et privés dans l’économie réelle au cours des trois prochaines années ». J’applaudis lorsqu’il dit qu’il veut un marché intérieur plus équitable, doté d’une base industrielle renforcée, et une union économique et monétaire plus équitable. Je me réjouis également de son engagement à faire de l’Europe le numéro un mondial en matière d’énergies renouvelables et à sensiblement renforcer l’efficacité énergétique.

Je suis une optimiste, mais je ne suis pas naïve. En tant que syndicaliste, je sais que le diable se cache dans les détails. Et certaines choses me préoccupent déjà. D’où les 300 milliards d’euros viendront-ils ? S’agira-t-il vraiment d’argent frais ? Et quelle en sera la part de fonds publics ?

Que veut dire M. Juncker lorsqu’il déclare aux eurodéputés que les petites et moyennes entreprises doivent être libérées d’une « réglementation trop pesante » ? Personne n’est contre l’élimination de charges administratives inutiles. Et pourtant, nous ne savons que trop bien que l’idée que se fait la Commission Barroso de la lourdeur administrative inclut les droits des travailleurs ainsi que la santé et la sécurité.

Il ne s’agit pas seulement de savoir comment il mettra en œuvre son programme en dix points, mais aussi qui le mettra en œuvre. M. Juncker dit qu’il confiera le soin de « mieux légiférer » à l’un des vice-présidents de sa Commission. Espérons que ce sera quelqu’un qui sait faire la différence entre prétendue lourdeur administrative et droits des travailleurs.

M. Juncker déclare encore qu’il n’acceptera pas que la juridiction des tribunaux des États membres de l’UE soit limitée par des régimes spéciaux applicables aux litiges entre investisseurs, ce qui d’ailleurs constitue une question extrêmement controversée de la proposition d’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis. Et donc, qui désignera-t-il comme commissaire chargé du commerce ? Il aura également besoin du soutien du Conseil qui est loin d’être garanti. La France et l’Italie devraient soutenir son programme, mais qu’en sera-t-il de l’Allemagne ou du Royaume-Uni ?

Les eurodéputés qui ont voté pour lui comme Président de la Commission devront faire en sorte qu’il respecte ses engagements. Ils l’ont élu sur base de son programme alors que gauche et droite sont mieux équilibrées au sein du nouveau Parlement malgré l’élection de davantage d’eurosceptiques et de membres de l’extrême droite.

Les auditions des commissaires proposés et les votes qui suivront au Parlement européen constituent une nouvelle étape essentielle. Les eurodéputés devront s’assurer que chacun des commissaires désignés a la volonté et les politiques nécessaires à la mise en œuvre du programme en dix points de M. Juncker.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.