Président Juncker, donnez aux territoires le souffle dont l’Europe a besoin!

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Le Conseil des Communes et Régions d’Europe en appelle à Jean-Claude Juncker.

Mercredi 12 septembre, le Président Juncker, fera probablement son dernier discours sur l’état de l’Union européenne. Chacun gardera à l’esprit les mots qu’il avait prononcé quatre ans plus tôt lors du vote d’investiture de la Commission qu’il avait présenté comme celle « de la dernière chance ».

Frédéric Vallier est secrétaire général du Conseil des Communes et Régions d’Europe.

Malheureusement, force est de constater que l’espoir suscité alors a été mis à mal par les nombreuses crises que nous avons dû affronter. La faute n’en revient pas au seul président de la Commission et à ses commissaires, mais à l’ensemble des dirigeants européens, peinant à trouver des réponses communes aux enjeux multiples que la situation d’un monde troublé appelle.

Alors que les États débattent, les collectivités territoriales agissent

La crise des réfugiés illustre à elle seule la difficulté des États européens à construire des solutions partagées. Le spectacle indigne de ces bateaux en attente d’accostage restera comme un symbole de cette situation qui divise les pays membres.

Pourtant, des municipalités s’organisent pour subvenir aux besoins des réfugiés avec le soutien des associations locales et de la population, montrant ainsi qu’il est possible d’assurer un accueil digne à ceux qui ont fui, au péril de leur vie, les zones de guerre et la terreur.

En août, la Grèce sortait de son plan d’aide. Néanmoins, l’odyssée qu’elle a traversée laisse ses citoyens dans une situation sociale et politique insupportable pour beaucoup d’entre eux.

Ici aussi, le soutien des collectivités territoriales est déterminant pour éviter le chaos et la désagrégation sociale. Il est bon de rappeler que les municipalités grecques sont parmi les moins endettées d’Europe d’après une étude du CCRE.

Alors que leurs compétences sont très limitées, les maires Grecs font face aux épreuves avec dignité, sans moyens et à titre quasi bénévole.

Le défi climatique s’est manifesté cet été avec une violence nouvelle à travers des feux de forêt, les chaleurs extrêmes ou les inondations, alors que les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître. Il semble désormais impossible que nous puissions atteindre les objectifs fixés pour 2020.

Pourtant là encore, les villes et les régions montrent l’exemple en limitant la circulation, en mobilisant les ressources nécessaires à la rénovation énergétique des bâtiments publics ou en s’engageant par milliers dans la Convention des Maires pour le climat et l’énergie. Pour gagner la bataille du climat, il n’y a pas de recette magique, nous devons tout simplement agir ensemble.

L’UE appelle les villes à rejoindre la Convention des maires pour le climat

Maroš Šefčovič a appelé toutes les villes à rejoindre la Convention des maires pour le climat et l’énergie, une initiative qui a pris de l’importance depuis que Donald Trump s’est retiré de l’accord de Paris.

Et que dire de cette période de vide politique avec un retour des « ismes » dans trop de pays européens : populisme, nationalisme, extrémisme, voire même néo-fascisme assumé par certains.

L’espoir qu’avait suscité l’arrivée de cette Commission risque de se transformer en cauchemar si l’ensemble de ces courants intolérants deviennent majoritaires au Parlement européen en mai prochain.

Face à cela, que doit faire le Président Juncker pour répondre à son défi de remettre l’Europe en marche vers un futur positif pour ses citoyens ?

Et si l’espoir venait des territoires !

Il faut rappeler que les communes et les régions d’Europe ont toujours été à l’avant-garde de la construction européenne. Dès le lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les communes ont contribué au rapprochement des peuples.

Elles l’ont fait par les jumelages d’abord, puis par des programmes de coopération, avec le soutien financier de l’Union européenne grâce, entre autres, à la politique régionale. Amputer la politique de cohésion de 7 %, tel que le préconise la Commission, est un mauvais signal adressé aux communes et régions.

Le mandat du Président Juncker n’est pas encore terminé. Nous avons encore quelques mois devant nous pour ouvrir la voie à une redéfinition des rôles dans la gouvernance européenne et assurer que l’UE ne soit pas le seul attribut des gouvernements centraux.

Celle-ci doit associer, comme les traités l’y invitent, plus étroitement les représentants des communes et des régions. Ils sont, par nature, pragmatiques et loin de l’idéologie dominante du repli sur soi. Ils mènent des politiques au service des citoyens et jouissent pour cela d’une popularité plus forte que les autres élus.

Nous regrettons à ce titre que le Président Juncker n’ait pas cru bon de s’adresser à l’ensemble des maires et des élus locaux et régionaux malgré plusieurs sollicitations. Et nous craignons que son discours, le 12 septembre, ne suffise pas à donner le souffle puissant dont l’Europe a besoin pour se réinventer.

Mais il n’est pas trop tard. Puisque cette année sera aussi celle du renouvellement, pourquoi ne pas organiser une grande conférence sous l’égide de la Commission et de son président pour célébrer l’engagement des élus locaux et régionaux et continuer à les mobiliser pour inventer l’Europe du futur.

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