Pourquoi les femmes profitent-elles moins du commerce international que les hommes ?

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Cecilia Malmström, au centre, est entourée par les ministres du Paraguay, d'Argentine, d'Espagne, du Portugal, du Brésil et d'Uruguay à Mardid en juillet 2017. [EPA/BALLESTEROS]

Ursula von der Leyen, la présidente élue de la Commission européenne, sera la première femme à présider l’institution. Elle a également fait œuvre pionnière en formant la première équipe dirigeante paritaire de l’UE. Les femmes sont de retour sur le devant de la scène européenne, écrit Cecilia Malmström.

Cecilia Malmström est la commissaire au commerce dans l’actuelle Commission européenne. Elle était précédemment commissaire aux affaires intérieures.

C’est un progrès important, mais nous ne devons pas nous arrêter là. Chaque dirigeant de l’UE doit examiner sérieusement ce qu’il peut faire pour continuer dans cette voie.

Le commerce international amène la prospérité, c’est un fait bien établi. Il est également bien connu que les gains qu’il génère ne font pas toujours l’objet d’une répartition équitable.

Au cours des dernières années, l’UE a conclu des accords avec certaines des plus grandes puissances économiques du monde. Depuis 2014, des accords avec 15 pays sont entrés en vigueur, notamment avec le Japon et le Canada. Les entreprises européennes, et ceux qui travaillent pour elles, font désormais partie du plus grand réseau commercial du monde et en tirent parti.

Il semble néanmoins que certains citoyens en bénéficient davantage que d’autres.

Nos recherches montrent que 36 millions d’emplois en Europe sont liés aux exportations de l’UE. Mais sur ces 36 millions, seuls 37 % sont occupés par des femmes. Pourquoi ?

Selon des études de l’UE, les emplois liés aux exportations rapportent en général 17 % de plus en moyenne aux hommes qui les occupent. Mais, pour les femmes, cette « prime spéciale à l’exportation » tombe à 13 %. Le commerce reste rentable pour les femmes, mais il l’est moins que pour les hommes. Pourquoi ?

Forte de ces données, j’ai accueilli le 30 septembre la deuxième conférence internationale de l’UE sur le commerce et le genre, appelée « Trade for Her ». Nous nous attaquons à ces questions et à d’autres, en réunissant des experts internationaux, des gouvernements, des gens issus des milieux d’affaires et des ONG. Nous discutons des raisons pour lesquelles les femmes ne profitent pas autant du commerce international que les hommes, et de ce que nous pouvons faire pour combler l’écart existant.

De toute évidence, cette question dépasse largement les frontières de l’UE : dans les pays en développement, les femmes ne font pas face aux mêmes enjeux qu’en Europe. Notre travail doit adopter une perspective globale, raison pour laquelle nous avons invité des participants du monde entier.

De solides arguments plaident pour l’autonomisation économique des femmes : d’après un rapport de McKinsey, elle pourrait rapporter 28 000 milliards de dollars supplémentaires au PIB mondial d’ici à 2025. Permettre aux femmes d’avoir accès à ce dont elles ont besoin pour faire du commerce — des terres, du capital, des opportunités —, stimule la croissance économique.

En outre, d’après l’OCDE et d’autres experts, les femmes investissent davantage dans leurs communautés, notamment dans la nutrition de leurs enfants et l’éducation.

Depuis la dernière conférence qui a eu lieu en 2017, nous ne sommes pas restés les bras croisés. L’UE a jeté les bases d’une politique progressiste en matière de commerce et de genre. La première priorité a été de rassembler des données pertinentes. Outre les chiffres ci-dessus, nous révélons aujourd’hui un nouveau rapport de nos partenaires du Centre du commerce international (CCI).

Parmi d’autres informations, le rapport du CCI montre que les femmes sont plus susceptibles de travailler dans de plus petites entreprises que les hommes. Or, celles-ci ont besoin de plus d’aide pour accéder aux marchés étrangers, car elles manquent souvent de ressources pour venir à bout de la paperasse compliquée.

Notre récent accord avec le Japon a considérablement simplifié ces lourdeurs administratives, et l’une des sections de ce document est entièrement consacrée à aider les petites et moyennes entreprises à en tirer le meilleur parti. Désormais, nous incluons des chapitres dédiés à ces entreprises dans tous nos accords.

En outre, nous tenons compte du genre dans toutes les études d’impact que nous menons, et nous avons inclus des engagements contraignants concernant la parité dans nos accords bilatéraux les plus récents.

Au niveau international, nous avons signé la Déclaration conjointe sur le commerce et l’autonomisation économique des femmes à l’Organisation mondiale du commerce. Au total, 121 pays se sont engagés à faire ce qu’il faut pour accroître la participation des femmes au commerce.

Tout cela constitue un bon départ, mais il faut en faire plus.

Nous ne sommes pas naïfs au point de prétendre que nous trouverons toutes les solutions durant notre conférence d’aujourd’hui. Le commerce international n’est que l’une des pièces d’un puzzle plus vaste. À l’avenir, l’effort devra porter sur toute une série de facteurs, tels que l’éducation, l’accès au financement et les attitudes sociales à l’égard des femmes pour n’en citer que quelques-uns.

Pourquoi avons-nous été si nombreux à réclamer une Commission qui respecte la parité entre hommes et femmes ? Ce n’était pas seulement pour la forme. Mais parce que les femmes constituent la moitié de la société, et que nombre de talents sont gaspillés ou ignorés.

Si tout se passe bien durant les auditions cette semaine, la nouvelle présidente aura 12 femmes commissaires à sa disposition. La Commission sera ainsi plus représentative de la société et je crois fermement que cela la mènera à prendre de meilleures décisions, ce qui est bon pour nous tous.

Le même principe s’applique à l’économie mondiale. Ce ne sont pas seulement les femmes qui manquent à l’appel ; nous sommes tous dans ce cas. Le commerce international peut et doit faire partie de la solution.

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