A Aix-la-Chapelle, Macron expose une vision kantienne de l’Europe

Emmanuel Macron et Angela Merkel, le 10 mai à Aix la Chapelle [EPA-EFE/RONALD WITTEK]

Le président français a défendu une vision à 30 ans de l’Europe qui réponde à trois impératifs catégoriques, lors de la remise du prix Charlemagne, à Aix-la-Chapelle le 10 mai.

C’est un discours résolument kantien, dessinant une voie morale pour le futur de l’UE qu’a prononcé le président français lors de la réception du prix Charlemagne, le 10 mai, à Aix-la-Chapelle.

Le maire CDU de la ville avait chaleureusement accueilli le président français, en déclarant devant la chancelière : « nous accueillons celui qui donne le plus d’impulsion à l’Europe actuellement : Emmanuel Macron», et en insistant sur la nécessité de l’engagement européen, notamment pour les jeunes. « Il faut s’engager pour l’Europe, ne rien dire n’est pas acceptable !» avait déclaré Marcel Philipp, sous les applaudissements, tout en insistant sur des enjeux énergétiques comme la sortie du charbon et du nucléaire.

La chancelière accueillait le président français aux côtés du roi Philippe d’Espagne, de la présidente lithuanienne Dalia Grybauskaite, de l’ancien président du Parlement européen Martin Schulz, de Mario Draghi et Jean-Claude Trichet (Banque centrale européenne), tous lauréats de ce prix qui salue l’engagement européen d’une personnalité.

Dans son discours laudatif, Angela Merkel avait insisté sur l’autorité de la démocratie évoquée par Macron à Strasbourg devant le Parlement européen. Elle avait aussi répondu du bout des lèvres aux propositions françaises, appelant également de ses vœux à une université européenne, une politique migratoire commune, ainsi que des progrès sur l’union bancaire et l’union monétaire d’ici fin juin.

En matière de politique étrangère, la chancelière avait réclamé que « l’Europe doit prendre son destin en main. C’est son devoir ! »

L’Europe en tant que projet moral

Macron a de son côté proposé quatre impératifs catégoriques, ces lois morales définies par le philosophe allemand Emmanuel Kant comme des maximes qui s’imposent à tous. Une formulation qui place le discours du président dans le rôle de projet pour le futur de l’Europe, après les discours de la Sorbonne et du Parlement européen, plus portés sur le passé et le présent.

Macron s'attaque bille en tête aux tabous de l'Europe

Changement de traité, de PAC, dette : le président français a brisé de nombreux tabous dans sa proposition de réforme de l’UE. Et décliné une dizaine de propositions concrètes devant les étudiants de la Sorbonne lors d’un propos passionné résonant comme un discours de campagne.

Citant le retour du rêve carolingien, il a évoqué le rêve d’une Europe unie rongé par le doute. « A nous de savoir si nous voulons le faire vivre ou le laisser mourir ?».

Le premier impératif porte selon lui sur la nécessité du choix, et ce afin d’assurer la souveraineté européenne. « Nous voulons décider par nous mêmes, » a assuré le président, citant la nécessité d’imposer ses règles, comme sur la protection des données avec le RGPD, les choix climatiques

« Nous sommes les dépositaires du multilatéralisme » a assuré le président, rappelant que le choix de la paix au Moyen-Orient avait été celui  de l’Europe, et qu’il fallait se battre pour qu’il demeure intact. Le président a aussi évoqué les migrations, assurant que seule une politique européenne pourrait sécuriser l’espace européen.

« Ne soyons pas faibles, ne subissons pas, c’est le premier impératif catégorique », a insisté le président.

Le second impératif serait selon lui d’éviter les divisions. « La tentation du repli sur soi réduit la souveraineté », évoquant des divisions Nord Sud et Est-Ouest

« Sur les 10 dernières années, beaucoup a été fait, mais au prix d’une division entre le Nord et le Sud lors de la crise financière, entre l’Est et l’Ouest lors de la crise migratoire, et ces divisions se poursuivent comme une lèpre au sein de notre Europe. Les divisions nous poussent à l’inaction, la seule solution est l’unité ». Le président a alors souligné le risque de division entre la France et l’Allemagne, alors que les deux pays s’opposent actuellement frontalement sur le sujet de l’Union économique et monétaire. Il a notamment appelé les Allemands réticents face aux réformes à se réveiller. « Réveillez vous ! la France a changé, elle n’est plus la même ! » a-t-il insisté, appelant le pays à un devoir de solidarité, notamment envers les pays dont la jeunesse est au chômage.

Et aussi, encore et toujours, à un « budget européen beaucoup plus ambitieux, pour défendre l’état de droit, une convergence économique, fiscale et sociale ».

En troisième impératif, le président a évoqué celui de ne pas avoir peur. « Nous sommes confrontés à la tentation d’abandonner les fondements de notre démocratie. Ne cédons rien dans l’UE comme au Conseil de l’Europe » a suggéré le chef d’Etat, appelant aussi à ne plus avoir peur des tabous de chacun.

« En France, nous devons être prêts à changer les traités, et à baisser la dépense publique. De la même façon, en Allemagne, il ne peut y avoir un fétichisme en faveur des excédents budgétaires et commerciaux, qui sont toujours faits aux dépens des autres » a insisté Macron. L’Allemagne vient de se prononcer en faveur d’un budget très rigoureux actant d’un recul des investissements publics, qui va a l’exact opposé des vœux du président français et risque de creuser l’écart entre les déséquilibres des pays du Sud et l’excédent commercial excessif de l’Allemagne.

Enfin le dernier impératif se traduit par l’urgence. « N’attendons pas, c’est maintenant » qu’il faut agir a soufflé le président, reconnaissant que les deux pays France et Allemagne s’étaient longtemps attendu, et qu’il fallait maintenant agir.

« L’Europe est une utopie, mais vous êtes là donc l’Europe existe. Les utopistes sont des pragmatistes et des réalistes » a conlu le président, avant d’être ovationné par les invités de la mairie d’Aix-la-Chapelle.

Peu suivi en France, le prix Charlemagne l’a en revanche été scrupuleusement en Allemagne, où l’opinion publique semble relativement acquise aux idées de Macron, le pays étant historiquement nettement plus europhile que la France.

Selon un sondage réalisé par Infratest, 82 % des Allemands apprécient l’engagement européen du président français, et 58 % d’entre eux souhaitent plus de passion pour l’Union européenne. Une position que le gouvernement allemand ne semble guère prendre en compte pour l’heure, avec un budget très rigoureux et l’absence de toute volonté d’avancer en faveur d’un budget de la zone euro.

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