Barroso met en garde contre l’euroscepticisme

José Manuel Barroso

Le manque de soutien parmi certains membres et les partis traditionnels aux institutions européennes pourraient représenter une menace pour l’intégration européenne, selon le président de la Commission.

Alors que se profile la fin de son second mandat en tant que président de la Commission européenne en novembre prochain, José Manuel Barroso a dressé l’état des lieux de l’UE. Il a ainsi isolé trois lacunes à combler dans le fonctionnement institutionnel européen. Cette intervention à l’université de Humboldt à Berlin le 8 mai arrive deux semaines avant les élections européennes qui se tiendront en Europe du 22 au 25 mai prochains.

Le président de la Commission a fait état d’un premier problème, celui de la gouvernance. Selon lui, les États membres n’ont plus, à titre individuel, les moyens de fournir aux citoyens ce dont ils ont besoin, tandis que les institutions européennes manquent encore d’une partie des compétences nécessaires pour le faire. Le manque de légitimité pèse également sur le fonctionnement de l’UE : « nos concitoyens ont l’impression que les décisions sont prises à un niveau trop éloigné d’eux » a-t-il souligné. 

Enfin, il a mis en avant un écart entre les attentes et la réalité, car la population attend davantage que ce que le système politique peut lui apporter.

Pour le président Barroso, les États membres ne peuvent pas automatiquement s’accorder sur la manière de combler ces lacunes au niveau européen. Cependant, les gouvernements nationaux et les partis traditionnels devraient faire montre de plus de volonté dans leur soutien à la coopération au sein de l’Union.

Manque de volonté politique

« Aucune modification des traités ou refonte institutionnelle ne peut remplacer la volonté politique dont l’Europe a besoin », a-t-il déclaré.

À ses yeux, aucun projet politique ne peut exister sans un niveau minimal de soutien continu. À deux semaines des élections européennes, le président de la Commission s’en est pris aux forces politiques de centre-gauche et de centre-droit parmi les États membres. Elles devraient, selon lui, « quitter leur zone de confort » et se confronter à la montée de l’euroscepticisme et de l’europhobie.

Au lieu d’abandonner le débat aux voix extrémistes, les partis traditionnels doivent reprendre la main et « défendre un programme constructif pour l’Europe », tant au niveau national qu’au niveau de l’Union, a-t-il souligné. 

Les principaux partis politiques ont « préféré absorber des arguments populistes plutôt que de les contrer » a-t-il déploré. Sans donner de plus amples détails pour autant. Mais, l’épisode où il avait assimilé les conservateurs britanniques aux eurosceptiques du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), reste encore frais dans les mémoires. Selon les sondages, le parti de Nigel Farage a d’ailleurs de fortes chances de gagner les prochaines élections européennes.

Europe 3. 0

José Manuel Barroso a aussi donné sa vision de « l’essence du projet européen », qu’il a comparée aux différentes versions d’Internet. Il a ainsi baptisé « Europe 1. 0 » la première phase de la construction européenne imaginée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le projet européen avait alors pour but de sauvegarder la paix et la prospérité dans la partie libre de l’Europe, sur la base de la réconciliation franco-allemande.

Refaçonnée après la chute du rideau de fer et du mur de Berlin, « l’Europe 2. 0 » était axée sur l’extension des avantages des marchés ouverts et de la société ouverte à une Europe élargie et réunifiée, a-t-il déclaré.

Les retombées de la crise économique et financière et l’émergence du monde multipolaire globalisé, a-t-il poursuivi, ont ouvert la porte à la troisième phase de l’intégration européenne. « Nous devons à présent nous mettre à jour pour entrer dans ce que nous pourrions appeler l’ »Europe 3. 0″ », a-t-il ainsi annoncé. 

Cependant, le président de la Commission a affirmé qu’il ne s’attendait pas à ce que l’Europe connaisse un « moment de Philadelphie », à savoir la création d’une constitution ex nihilo, en référence à la convention des États-Unis de 1787. Tout en reprenant la terminologie trotskiste, selon lui, le mode d’évolution de l’Union continuera d’être celui de la « réforme permanente » plutôt que celui de la « révolution permanente ».

Puis, le président de la Commission a fait un geste envers les conservateurs britanniques qui souhaiteraient se « débarrasser » d’une grande partie de la législation bureaucratique à laquelle leur pays est contrainte, si ce n’est de leur adhésion à l’UE tout court.

« Il conviendrait, avant d’envisager des ajouts, de supprimer, d’une part, les éléments excessivement complexes et les contradictions intrinsèques aux traités et, d’autre part, les contradictions que ces textes présentent avec d’autres instruments juridiques.

Royaume-Uni, « un cas à part »

Il a poursuivi :« Je suis intimement convaincu que l’Europe est plus forte avec le Royaume-Uni parmi ses membres, et que le Royaume-Uni est plus fort comme État membre de l’Union européenne qu’à lui seul. Mais je dois reconnaître que, pour des raisons historiques, géopolitiques et économiques, le Royaume-Uni peut être considéré comme un cas à part », a-t-il tout de suite nuancé.

José Manuel Barroso s’est aussi adressé aux pays non membres de la zone euro qui craignent que l’UE à l’avenir fasse d’eux des membres de seconde zone.

« Toute nouvelle solution intergouvernementale devrait n’être envisagée qu’à titre exceptionnel et transitoire, pour nous éviter des problèmes en matière de cohérence et d’obligation de rendre compte », a-t-il expliqué. Mais il a ajouté que les mécanismes d’intégration devaient être maintenus pour les pays qui souhaitent se rapprocher les uns des autres.

«  Ce n’est pas au plus réticent de dicter le rythme de développement. La vitesse de l’Europe ne doit pas être celle du plus lent », a-t-il mis en garde.

D’autres innovations pouvaient être envisagées dans le cadre du fonctionnement des institutions européennes, a-t-il poursuivi. À moyen terme, il a par exemple cité l’éventuelle fusion du poste de vice-président de la Commission responsable des affaires économiques et monétaires et celui de président de l’Eurogroupe.

Il a aussi affirmé qu’il était nécessaire d’envisager une innovation plus radicale sur le plus long terme, telle que la fusion du poste de président de la Commission européenne et de celui de président du Conseil européen.

Alors qu’elle a été longuement considérée comme une innovation majeure du traité de Lisbonne, la fonction du président du Conseil semble redondante : Herman Van Rompuy, titulaire du poste, et le président Barroso sont tous les deux présents lors des conférences de presse à la suite des sommets européens. Aussi, le président du Conseil n’est pas parvenu à devenir le « Monsieur Europe » comme escompté. En effet, les principales forces politiques européennes considèrent que c’est bel et bien le poste de président de la Commission européenne revient au gagnant des élections européennes. 

Subscribe to our newsletters

Subscribe