La douleur des territoires frontaliers face à la crise sanitaire

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV Media network.

Promoted content

Les restrictions à la mobilité sont une aberration dans des bassins de vie transfrontaliers, véritables laboratoires de l’intégration européenne. [Kodda]

Depuis plus de deux ans, la France, l’Allemagne, l’Europe et le monde font face à une pandémie aux conséquences désastreuses. Si la Covid-19 a mis à très rude épreuve le tissu économique et social de la quasi-totalité du continent européen, les régions transfrontalières comptent parmi les premières affectées par les mesures restrictives aux frontières prises pour endiguer la propagation du virus, allant pourtant à l’encontre de l’esprit d’unité européenne. Malgré une place trop faible réservée à la coopération transfrontalière, la Conférence sur l’avenir de l’Europe est une occasion de réaffirmer le rôle de « laboratoire de l’intégration européenne » des territoires frontaliers.

Théo Boucart est responsable médias chez les Jeunes Européens – Strasbourg.

La fermeture unilatérale de la frontière entre la France et l’Allemagne de mars à juin 2020, décidée par le gouvernement allemand sans concertation avec les autorités régionales et nationales françaises, a été vécue comme un véritable traumatisme, amplifié par la méfiance et l’hostilité qui s’est installée parmi les citoyens des deux côtés de la frontière. Une décision en totale contradiction avec l’esprit du traité de Schengen. La frontière redevient synonyme de barrière entre les citoyens, et perd de sa symbolique d’interface entre les territoires.

Les restrictions à la mobilité sont pourtant une aberration dans des bassins de vie transfrontaliers, véritables laboratoires de l’intégration européenne. Chaque jour, plusieurs centaines de milliers de travailleurs frontaliers traversent une frontière. A Strasbourg, il est naturel de faire des achats à Kehl, tandis qu’Allemands et Suisses aiment explorer les ruelles du centre-ville de la capitale alsacienne. Cette imbrication des sociétés frontalières est encore très peu considérée au niveau national, alors  qu’un tiers des habitants de l’Union européenne vit dans des territoires frontaliers, soit près de 150 millions de personnes.

Face au retour insidieux et permanent de l’obstacle frontalier et le climat de défiance qui en résulte, la société civile n’est pas restée les bras croisés. Dès le mois de mai 2020, des associations pro-européennes ont organisé des manifestations de Bâle à Schengen. Pourtant, aucun projet structurant rassemblant les citoyens, les associations et collectivités territoriales ne semble possible pour pallier une situation de stagnation politique, économique et sociétale. Ainsi, à l’exception de quelques élus locaux, les personnalités politiques françaises, allemandes et européennes ont brillé par leur absence totale d’engagement.

La Conférence sur l’avenir de l’Europe s’est pourtant ouverte le 9 mai 2021 au Parlement européen de Strasbourg, en présence du Président français Emmanuel Macron. Si lors de son discours inaugural, le Président a regretté la fermeture des frontières lors des premiers mois de la pandémie, aucune allusion concrète à la coopération transfrontalière n’y a été faite. De la même manière, aucune recommandation des panels citoyens qui seront examinées prochainement en séance plénière ne concerne véritablement la coopération transfrontalière, malgré la présence de la notion de frontière extérieure, notamment pour appeler au renforcement des compétences de Frontex.

Ainsi, ces deux années de pandémie, et les mois qui nous attendent, auront et ont déjà pour conséquence directe une érosion de la coopération transfrontalière alors qu’elle ne devrait en être qu’accrue. En témoigne le manque criant de nouveaux projets structurants au sein de nos régions. Alors que la France et l’Allemagne ont réaffirmé il y a trois ans jour pour jour leur désir d’intégration renforcée avec la signature du Traité d’Aix-la-Chapelle, les conséquences de la pandémie dans nos territoires sont révélatrices d’un vide dans la coopération transfrontalière franco-allemande, en particulier dans le domaine sanitaire.

Pourtant, un sursaut est plus que nécessaire pour proposer des solutions concrètes. Le gouvernement allemand d’Olaf Scholz doit en prendre pleinement conscience, en particulier après la signature d’un contrat de coalition fortement teinté d’un esprit pro-européen. De la même manière, le président-candidat Emmanuel Macron, qui se présente comme un pro-européen notoire, doit tout faire pour raviver l’esprit européen en France, en particulier face à une candidate d’extrême-droite qui souhaite notamment revenir sur les dispositions de l’accord de Schengen.

Du côté des institutions européennes, celles-ci doivent impérativement aller au bout de la logique de la Conférence sur l’Avenir de l’Europe qui se clôturera le 9 mai prochain, en proposant des politiques concrètes inspirées de ce que les citoyens ont proposé sur la plateforme. Les associations européennes œuvrant dans le transfrontalier ont été particulièrement actives à Strasbourg, et il serait fort regrettable que le caractère transfrontalier de nos régions ne soit pas valorisé à ce moment-là.

Subscribe to our newsletters

Subscribe