La France souhaite produire 1 million de pompes à chaleur par an dans un marché européen en berne

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Le ministre français de l'Économie, Bruno Le Maire, s'exprime lors d'une conférence de presse pour faire le point sur la mise en œuvre des annonces faites le 1er février et présenter les grands axes du projet de loi agricole à l'Hôtel Matignon à Paris, France, le 21 février 2024. [EPA-EFE/TERESA SUAREZ / PISCINE]

Le ministre de l’Économie et de l’Énergie français Bruno Le Maire a dévoilé lundi (15 avril) le plan du gouvernement pour relancer l’industrie des pompes à chaleur (PAC), l’une des clés de voûte de la décarbonation de l’économie française et européenne.

Emmanuel Macron l’avait annoncé en septembre 2023 : la France doit produire un million de PAC avant la fin de son mandat présidentiel, en 2027.

Lundi (15 avril), le ministre de l’Économie et de l’Énergie Bruno Le Maire, accompagné de son ministre délégué chargé de l’Énergie et de l’Industrie Roland Lescure, s’est rendu dans la Somme, chez le fabricant de PAC Intuis, pour dévoiler le plan de bataille du gouvernement.

En France, premier marché et fabricant de PAC en Europe, la chaleur représente 45 % de la consommation finale d’énergie et près des deux tiers viennent encore des énergies fossiles — 40 % dans l’UE.

Dans le bâtiment, premier émetteur de gaz à effet de serre (GES) en France et en Europe (36 % des émissions de GES), le chauffage est la première source d’émissions. Pour les réduire, l’une des parades consiste à déployer les PAC en lieu et place des chaudières au fioul et au gaz.

Les PAC sont des systèmes d’extraction de l’énergie de l’extérieur du bâtiment vers l’intérieur. Elles consomment très peu d’énergie, jusqu’à trois fois moins que les chaudières au gaz ou les radiateurs électriques.

Au niveau européen, les États membres viennent aussi de se mettre d’accord sur la directive sur la performance énergétique des bâtiments (energy performance building directive, EPBD, en anglais) après des mois de négociations. Elle va aider au déploiement des PAC, puisqu’elle prévoit qu’à partir de 2030, tous les nouveaux bâtiments soient zéro émission — 2028 pour les locaux publics.

Aussi, les plans nationaux, qui devront présenter à la Commission européenne les mesures prises par l’État membre, pourront inclure des modalités d’élimination des combustibles fossiles pour le chauffage d’ici 2040.

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Industrie prometteuse

En France, le secteur de la PAC est particulièrement dynamique, avec 27 sites de production. Le site qu’ont visité lundi les deux ministres, et qu’avait déjà accueilli l’ancienne ministre de l’Énergie Agnès Pannier-Runacher, en octobre dernier, compte produire 200  000 PAC par an en 2027, contre 10  000 actuellement.

Le gouvernement vise, in fine, un million en France à même échéance, quand l’UE vise 10 millions de PAC installées entre 2023 et 2027.

Pour atteindre son objectif et contribuer à l’objectif européen, M. Le Maire a donc dévoilé le plan français. Il consiste, d’abord, à maintenir le soutien au déploiement de sites de production grâce aux crédits d’impôt pouvant représenter jusqu’à 200 millions d’euros d’aides à l’investissement. Dans le même ordre d’idée, de maintenir les aides au déploiement pour les ménages grâce aux différents dispositifs d’aides (MaPrimeRénov’, les certificats d’économie d’énergie, etc.), tout en motivant l’installation pour les industriels.

Il consiste également à simplifier, dès 2024, le parcours réglementaire et administratif pour installer des PAC sur les toits, dans le cadre d’un grand chantier de simplification administrative voulu par le gouvernement.

Le gouvernement souhaite aussi pratiquer un peu de protectionnisme. « Nous engagerons dès 2025 la réorientation des aides publiques vers les PAC françaises et européennes », a déclaré M. Le Maire.

Il a rappelé, au passage, l’adoption début février du texte européen sur l’industrie européenne « net zéro » (Net zero industry act, NZIA, en anglais), qui oblige à du contenu européen dans les technologies propres déployées en Europe, dont les pompes à chaleur.

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Marché en berne en Europe

La situation française, radieuse si l’on en croit les perspectives annoncées, contraste avec la mauvaise dynamique globale du secteur en Europe.

3  000 emplois ont été suspendus en 2023, tandis que les données de vente provenant de 14 pays représentant 90 % du marché européen des PAC montrent une diminution des ventes de 5 % entre 2022 et 2023.

En guise d’illustration, si l’UE voulait maintenir le rythme d’installation de 2022 (3 millions d’unités), c’est 12 à 15 millions et non pas 10 millions de PAC qu’elle devrait installer entre 2023 et 2027.

En outre, l’installation de PAC souffre, dans certains États membres comme en Allemagne, des difficultés du gouvernement pour imposer un calendrier de conversion des systèmes de chauffage dans le pays qui respecte les objectifs climatiques européens et allemands, sans trop brusquer les populations.

En France, la dynamique du secteur sera aussi, à terme, corrélée à celle du nombre de rénovations énergétiques. Pour le moment, les objectifs ne cessent d’être repoussés. De 200 000 rénovations énergétiques complètes visées en 2024, la France planche désormais sur 140 000.

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