Le manque de données pénalise le traitement du cancer du sein

Les États-Unis ont une longueur d’avance sur l’Europe. En 2016, les États-Unis ont adopté une loi prévoyant une meilleure utilisation des registres de données, afin de faciliter la prise de décisions réglementaires. [Shutterstock]

Le fardeau croissant du cancer du sein métastatique pourrait s’alléger avec une meilleure collecte des données sur la pathologie.

L’analyse des données sur l’incidence de cette maladie est un défi de taille pour les autorités sanitaires, qui ne surveillent et ne collectent pas toujours séparément les données liées à différentes formes de cancers du sein. Traditionnellement, elles ont tendance à s’appuyer sur les informations des essais cliniques.

Cependant, les essais ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Pour avoir une vraie vue d’ensemble, il faut se pencher sur les registres de données de pratique clinique, qui recueillent des données à partir de dossiers de santé électroniques, de registres de médicaments et de maladies, des soins des patients ambulatoires ou à domicile et des dispositifs de surveillance médicale.

Bien qu’il existe de nombreux registres de données de pratique clinique paneuropéens, un rapport récent suggère que les autorités sanitaires font encore preuve d’un certain scepticisme à l’égard de ces outils, et que les cliniciens ne sont toujours pas convaincus de leur utilité dans leurs pratiques quotidiennes.

Le cancer du sein métastatique peu documenté dans l'UE

Le cancer du sein métastatique a longtemps été négligé au sein de l’UE. Résultat, l’ampleur de la maladie, le fardeau économique qu’elle représente et les traitement demeurent ont peu connus.

Les États-Unis ont une longueur d’avance sur l’Europe. En 2016, les États-Unis ont adopté une loi prévoyant une meilleure utilisation des registres de données, afin de faciliter la prise de décisions réglementaires.

CancerLinQ de l’association américaine d’oncologie clinique a entamé un partenariat avec l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) en juin 2017, pour étudier l’utilisation des registres de données portant sur les nouveaux traitements contre le cancer dans la pratique clinique. CancerLinQ, qui regroupe 85 organisations médicales, soutient que les données extraites uniquement des essais cliniques ne se basent que sur 3 % des patients atteints du cancer.

« Il existe de nombreuses possibilités pour augmenter l’utilisation de ces registres afin de permettre le développement et le contrôle des médicaments et d’améliorer la prise de décision en matière de réglementations et d’ETS [évaluation des technologies de la santé] », a déclaré l’Agence européenne des médicaments (AEM).

« Les registres de données de pratique clinique permettent d’encourager la prise de décision en matière de réglementation des médicaments et d’ETS en fournissant des informations sur l’utilisation d’un médicament », indique l’agence, bien qu’elle ajoute que « pour de nombreux produits, ces données ne remplaceront pas celles des essais contrôlés randomisés (ECR) ».

La Commission européenne, pour sa part, souhaite ardemment accroître le rôle des registres de données de pratique clinique dans le bloc européen.

« Les mégadonnées, en particulier les registres de données de pratique clinique, ont un potentiel énorme et évident dans la recherche médicale », a déclaré Vytenis Andriukaitis, le commissaire européen chargé de la santé lors d’un événement le 26 janvier.

« En ce qui concerne ces registres de données, nous devrons explorer les possibilités et les limites de son utilisation pour la prise de décision sur les médicaments et le développement de nouveaux produits », a-t-il ajouté.

Les patients restent peu impliqués dans le choix des traitements contre le cancer

Des spécialistes du cancer du sein métastatique appellent les décideurs politiques à donner aux patients un plus grand choix, et un meilleur contrôle de leur traitement et de leurs soin.

Ces registres font également partie du système d’évaluation des technologies de la santé (ETS) sur lequel l’exécutif de l’UE a légiféré en janvier.

« Nous soutenons ce système », a déclaré un responsable de la Commission à Euractiv, soulignant la récente création des réseaux européens de référence (ERN) – des réseaux virtuels rassemblant des prestataires de soins de santé à travers l’Europe pour lutter contre les pathologies complexes ou rares.

Depuis mars 2017, 24 ERN spécialisés sont maintenant opérationnels, avec plus de 900 unités de soins hautement spécialisées dans 25 pays de l’UE et en Norvège. La Commission espère que ces réseaux aideront les patients et, lorsqu’un nombre important de patients seront analysés, diagnostiqués et traités, qu’ils généreront davantage de recherches sur les maladies rares et leurs traitements.

La Commission a également l’intention de présenter une communication sur la santé et les soins numériques en juin. Ce document devrait appeler les États membres à encourager le développement d’une infrastructure de données sécurisée afin de maximiser l’utilisation de big data pour faire avancer la recherche, la prévention des maladies et les soins de santé personnalisés.

L’exécutif devrait également proposer des projets pilotes  pour tester la mise en pratique du partage de données de l’UE en ce qui concerne les maladies rares et infectieuses et l’utilisation de registres de données de pratique clinique.

L’un de ces programmes est le programme « Les mégadonnées pour de meilleurs résultats », un projet de deux ans financé par le programme de l’IMI2 de la Commission visant à faciliter la transition vers des systèmes de santé axés sur les résultats en Europe.

« Ce programme fournira une structure pour que les patients soient les détenteurs de leurs données et partenaires dans la recherche », a déclaré Lydia Makaroff, la présidente de la Coalition européenne des patients atteints de cancer (ECPC), partenaire du programme.

« Cela garantira un équilibre entre que le consentement éclairé et les normes de confidentialité des données ainsi que la protection de la vie privée et la promotion de l’innovation. L’utilisation des mégadonnées permettra d’identifier les résultats pertinents pour les patients afin de déterminer quelles interventions amélioreront les résultats et la qualité de vie des patients », a-t-elle ajouté.

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