Markku Markkula : « sans l’action des villes, la COP 21 sera un échec »

Markku Markkula [EU/Flickr]

Les négociateurs européens doivent s’assurer que les villes et les régions jouent un rôle dans l’accord international pour limiter le réchauffement climatique en dessous des 2°. Sans quoi la conférence de l’ONU sur le climat sera vouée à l’échec, selon le président du Comité des régions, Markku Markkula.

Quelle influence peut avoir le Comité des régions (CdR) dans la lutte contre le changement climatique ?

Nous avons appris des négociations internationales en cours. L’action se fait avec les villes et avec les régions. Les partenariats locaux avec l’industrie et avec des experts sont clés. Il est essentiel d’influencer les responsables des villes, et leurs décisions. En Europe, nous avons beaucoup parlé de villes intelligentes. Maintenant, si nous fusionnons cela avec des « technologies propres », la planification urbaine peut vraiment faire la différence.

Nous nous orientons vers un modèle intégré dans lequel différentes régions peuvent utiliser différentes sources d’énergie. Il s’agit de tester, de développer, et ce sont les villes qui doivent prendre ces actions concrètes, aux côtés de l’industrie, et des populations, qui se tournent aussi vers le durable. Si et quand les villes encouragent les gens qui investissent dans des appartements ou qui construisent leur maison, à utiliser de nouvelles sources d’énergie ou de nouvelles manières de se chauffer, cela peut déboucher sur des résultats concrets. Dans ce cas, la ville s’engage en contrepartie à développer des initiatives telles que la mobilité dans les transports publics.

Il peut y avoir des tensions entre les villes et les gouvernements nationaux. Nous avons vu cela avec les coupes budgétaires dans le solaire et l’éolien au Royaume-Uni par exemple.

Bien sûr, les citoyens ne sont pas les seuls à faire pression pour le changement ; les villes aussi ! Les villes nous donnent un soutien puissant pour pousser les gouvernements nationaux à agir dans le bon sens. Il est vrai que les responsables municipaux et régionaux peuvent approfondir certaines questions et chercher de nouvelles technologies et processus plus facilement. L’action au niveau local est encouragée. Savoir utiliser les fonds européens de manière plus efficace est extrêmement important. Partager de nouvelles idées et technologies pour ensuite donner de l’argent à ces personnes est une méthode très porteuse.

Le CdR s’adresse-t-il principalement aux gouvernements nationaux ou aux responsables européens ?

Nous avons deux cibles principales : la première est l’UE, pour montrer ce qui peut être fait et quelles sont les priorités. Nous avons besoin de plus d’ambition. Le CdR veut un système électrique zéro carbone d’ici à 2050, mais dans l’ensemble nous soutenons la contribution de l’UE pour la COP 21.

Que serait, selon vous, un accord réussi à Paris et comment réagirez-vous dans le cas d’un échec ?

Pour la première fois, nous avons quatre représentants à la délégation européenne à la COP21. Cela nous donne de l’influence. Pas seulement pour nous y rendre et pour écouter, mais aussi pour contribuer aux discussions. Nous dépendons du rôle des villes et des autorités locales. Voilà le message que nous transmettrons. Soyez acteurs de changements au niveau local. C’est dans cette direction que l’Europe doit avancer. Nous devons montrer que nous nous engageons à faire ces changements. À Paris, il faut clairement citer le rôle des autorités locales et régionales. Il doit être énoncé très clairement dans le texte final, et pas seulement en Europe, mais aussi dans les pays en développement.

Certains ont l’impression que le CdR ne mène pas d’actions concrètes.

Nous devons être prêts à réagir à Paris et à mettre en œuvre les décisions prises. Voilà pourquoi les villes et les régions sont si importantes. Elles sont les seules à mettre en place et à développer ces mesures et à montrer que ces modèles sont réalisables. Cette semaine, la Convention des Maires signera notre déclaration indiquant les mesures à prendre. C’est un grand pas en avant, et des milliers de villes l’ont déjà franchi.

Obstacles

Quels sont les plus grands obstacles à la lutte régionale contre le changement climatique ?

Le défi est de changer les mentalités vis-à-vis de l’utilisation des matières premières dans la production d’électricité, en s’adressant aux entreprises et au secteur public. Le changement d’attitude est notre objectif premier. C’est aussi le plus grand des obstacles. Nous devons apprendre davantage des bonnes pratiques et calculer l’impact. Créer des marchés, surtout pour les technologies propres, est une priorité. Il faut aussi s’attaquer aux considérations régionales, c’est-à-dire savoir quelle est la meilleure approche pour chaque région.

Les gens ont l’impression que cette Commission fait passer les entreprises avant l’environnement. Est-ce vrai ?

Non, je ne pense pas. Pendant les crises, économiques et migratoires, les questions dont nous sommes en train de parler ont été mises en veilleuse par les médias. Il faut s’y attaquer à nouveau, car ce sont des objectifs à long terme.

Si l’Europe faisait son travail, ces crises n’existeraient pas…

Oui, mais nous devons créer des emplois pour relancer la croissance. Le changement climatique est pourtant un problème mondial, mais il n’y a pas assez d’argent, et s’il est investi dans la lutte contre le réchauffement climatique, il ne peut pas être investi ailleurs. C’est un jeu d’équilibre.

Une transition vers une économie à faibles émissions de carbone fera disparaître des emplois, mais en créera aussi.

Le changement s’opère à des rythmes différents selon les États membres. Voilà pourquoi les régions pionnières, les villes à l’avant-garde de nouveaux modèles et idées, sont si importantes. L’investissement peut doper la création d’emplois et la croissance.

Au sujet du changement climatique, le CdR est-il divisé entre les États membres, comme le sont le Conseil et le Parlement ?

Dans une certaine mesure oui. Nos membres sont élus localement, donc ils ont un soutien local. Bien entendu, cela signifie que les gens doivent mieux comprendre les enjeux liés au climat. La conférence de Paris devrait d’ailleurs permettre à ce que le débat soit davantage relayé par les médias.

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