La Pologne bloque le projet zéro carbone de l’UE

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Alors que les représentants européens s'apprêtent à plaider pour une avenir sans carbone au Sommet de la Terre de Rio cette semaine, la Pologne, dépendante du charbon, n'a pas prévu de laisser les gouvernements de l'UE s'exprimer d'une seule voix lors des débats à ce sujet.

 

Vendredi dernier (15 juin), lors d'une réunion à Luxembourg, les ministres européens de l'énergie ont discuté de la feuille de route énergétique pour 2050 publiée par l'exécutif européen en décembre 2011. Cette feuille de route définit les étapes vers un avenir sans carbone.

 

La Pologne s'est à maintes reprises opposée à toute formulation dans les textes de l'UE qui mentionnerait des réductions plus importantes des émissions de carbone pour les années post-2020, date à laquelle l'UE est supposée atteindre l'objectif de 20 % de réduction de ses émissions par rapport aux niveaux de 1990.

 

Les ministres des 26 autres Etats membres de l'UE ont soutenu une résolution appelant la Commission européenne à proposer un nouveau cadre politique pour les énergies faibles en carbone d'ici 2030, mais la Pologne persiste et signe contre ces initiatives.

 

« La Pologne ne peut accepter des réglementations sur des objectifs de réduction après 2020 sans la conclusion d'un accord mondial sur le climat et si les technologies de réduction des émissions ne sont pas utilisées à l'échelle industrielle », a fait savoir le ministère polonais de l'économie.

 

Les réserves des Polonais concernent surtout l'objectif de décarbonisation de l'UE, ainsi que l'appel à une tarification « solide et adéquate » du carbone qui, selon eux, pourrait encourager un soutien artificiel aux prix des émissions de CO2.

 

Les prix du carbone dans le système d'échange de quotas d'émission de l'UE (ETS) ont chuté à un niveau record (moins de 7 euros/tonne) ces derniers mois. Selon les experts, des prix oscillant entre 20 et 50 euros seraient nécessaires pour encourager l'investissement dans les énergies faibles en carbone.

 

Un porte-parole de la présidence danoise du Conseil de l'UE a expliqué que l'opposition de la Pologne à cette résolution n'empêcherait pas l'Union de poursuivre ses projets de décarbonisation.

 

« La résolution a été soutenue par 26 pays de l'UE. La Commission peut donc commencer à travailler sur des propositions législatives pour 2030 », a avancé ce porte-parole.

 

La Pologne s'est en revanche montrée plus enthousiaste vis-à-vis de la directive relative à l'efficacité énergétique. L'Union européenne a conclu un accord la veille sur une loi qui requiert que les gouvernements et les organismes publics améliorent leur efficacité énergétique et réduisent la consommation de carburants de l'Union.

 

La Pologne soutient également la position de l'UE pour la conférence de l'ONU sur le développement durable à Rio de Janeiro qui se déroulera cette semaine. L'Union souhaite pousser les dirigeants mondiaux à s'engager en faveur de l'énergie durable et d'une économie verte, bien qu'elle soit confrontée à la résistance des pays développés et en développement à l'idée d'objectifs contraignants.

 

« La Pologne fait du très bon travail pour le championnat de football de l'Euro 2012, mais elle mérite un carton rouge pour avoir bloqué les conclusions du Conseil sur la feuille de route énergétique 2050. Pour atteindre ses objectifs énergétiques et environnementaux, l'Europe doit faire preuve d'esprit d'équipe », a expliqué Josche Muth, le secrétaire général du Conseil européen pour l'énergie.

 

L'une des priorités de la délégation polonaise à Rio de Janeiro est de promouvoir les technologies vertes polonaises, a déclaré le gouvernement dans un communiqué. « Nous voudrions montrer à toutes les parties intéressées que des solutions respectueuses de l'environnement peuvent permettre de développer une économie verte de manière efficace et contribuer à une meilleure compétitivité de nos économies », a affirmé Marcin Korolec, le ministre polonais de l'environnement. Lors du sommet, la délégation polonaise prévoit également de promouvoir Varsovie comme candidate pour le siège du Fonds vert pour le climat qui soutiendra les changements vers une économie verte dans les pays en développement.

 

Daniel Fraile, chargé des politiques énergétiques pour Climate Action Network-Europe, a déclaré : « Le fait que la Pologne soit le seul pays à s'opposer à la définition d'une stratégie énergétique européenne commune implique que tous les autres Etats membres de l'UE s'accordent sur la nécessité de soutenir les énergies renouvelables pour aboutir à une économie durable, décarbonisée et rentable. »

 

« Nous demandons à présent à la Commission européenne, sur la base du soutien des Etats membres, de développer des mesures et des objectifs ambitieux, contraignants et efficaces pour les énergies renouvelables au-delà des objectifs pour 2020. Il s'agit de faire les bons choix sur le développement d'infrastructures et de réseaux énergétiques. »

 

La directrice de la politique énergétique chez Greenpeace, Frauke Thies, a déclaré : « Même si certains pays s'acharnent à vouloir conserver des technologies nucléaires et fossiles risquées et polluantes, les ministres n'ont eu d'autre choix que d'arriver à la conclusion que les énergies renouvelables, l'efficacité et un système énergétique flexible sont les trois éléments essentiels pour garantir un approvisionnement énergétique sûr et propre en l'Europe. Mais au lieu de réclamer des objectifs ambitieux pour 2030 dans ces domaines, ils n'ont fait qu'un vague appel à l'élaboration d'un cadre politique. »

 

« Tant que le gouvernement polonais campera sur ses positions, les citoyens et l'économie ne pourront pas profiter des avantages qu'implique un système énergétique propre », a-t-elle ajouté. 

 

La position de l'UE lors des conférences sur la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, décidée par les chefs d'Etat européens lors d'un sommet en 2009, est que les émissions des pays en développement devraient être réduites jusqu'à 95% d'ici 2050.

 

Les pays en développement devraient réduire leurs émissions de moitié pendant cette période, estiment les dirigeants européens. Pour atteindre cet objectif, la feuille de route de l'UE pour une économie faible en carbone mentionne une série de jalons, notamment une réduction des émissions de 40 % d'ici 2030 et de 60 % d'ici 2040, en vue de l'objectif de 80-95 % pour 2050.

 

La Commission européenne a présenté une feuille de route en mars 2011, proposant de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 25 % dès 2020. Il s'agit d'un objectif supérieur à l'objectif contraignant de 20% que les dirigeants européens se sont engagés à respecter d'ici 2020.

 

La Pologne reste toutefois opposée à toute mesure qui toucherait son industrie charbonnière, car elle affirme que cela menacerait son économie et sa sécurité énergétique.

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