Le G20 fait un pas en faveur du climat

Les dirigeants du G20 à Brisbane, Australie © Présidence de la République

Les dirigeants du G20 réunis à Brisbane durant le week-end ont intégré un paragraphe sur leur engagement à lutter contre le changement climatique dans leur communiqué final, une première. En revanche, les conclusions s’avèrent décevantes en matière d’évasion fiscale.

Les dirigeants du G20, réunis en Australie, se sont accordés dimanche sur un renforcement de la croissance économique mondiale et sur la lutte contre le réchauffement climatique et ont tenu un discours de fermeté à l’égard de la Russie en raison de son rôle dans le conflit ukrainien.

« Je pense que le président Poutine est conscient qu’il se trouve à un carrefour », a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron, qui s’exprimait devant la presse quelques heures à peine après le départ du président russe.

Vladimir Poutine, écourtant sa présence à Brisbane, est reparti pour Moscou avant le déjeuner de clôture du sommet.

« S’il continue à déstabiliser l’Ukraine, il y aura d’autres sanctions, d’autres mesures », a poursuivi le chef du gouvernement britannique. « Les sanctions ont un coût, mais le coût serait bien plus important si nous laissions s’installer un conflit gelé sur le continent européen. »

Le président américain Barack Obama a dénoncé de son côté une « invasion » russe en Ukraine et prévenu que l’isolement de la Russie se poursuivrait tant que Moscou ne modifierait pas le cours de sa politique ukrainienne.

A contre-courant de ses partenaires occidentaux, Poutine a estimé lui qu’il y avait de « bonnes chances » que le conflit ukrainien soit résolu « même si, a-t-il précisé, cela peut paraître étrange ».

La Russie nie toute implication dans la nouvelle escalade des tensions dans l’est de l’Ukraine.

Retrouver la croissance

La question ukrainienne a dominé l’ordre du jour du sommet de Brisbane, mais les dirigeants de la planète se sont également penchés sur la croissance économique et sur le réchauffement climatique.

La déclaration signée à Brisbane est censée doper de 2,1 points la croissance mondiale d’ici cinq ans, notamment en favorisant l’investissement et les infrastructures et en accroissant les échanges commerciaux et la concurrence.

« Cela injectera plus de 2.000 milliards de dollars US dans l’économie mondiale et créera des millions d’emplois », peut-on lire dans la déclaration finale adoptée en Australie.

La mise en oeuvre de ces mesures de consolidation sera suivie par le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), dont les dernières perspectives tablent sur une reprise très progressive et « à petite vitesse » de l’économie mondiale, de 3,3% cette année avant 3,7% en 2015 puis 3,9% en 2016, soit un demi-point en dessous de la tendance historique, selon Catherine Mann, la responsable des études économiques de l’OCDE.

Mention du changement climatique dans la déclaration finale

La déclaration finale de Brisbane porte aussi sur le changement climatique, les Etats-Unis et d’autres grands pays ayant réussi à court-circuiter les efforts de l’Australie pour écarter cette question de l’ordre du jour officiel.

Rapporté à sa population, le pays hôte est l’un des principaux émetteurs de CO2, le principal gaz à effet de serre. Avant l’ouverture du sommet, Tony Abbott, le Premier ministre australien, avait fait part de son souhait que le sommet se concentre sur les questions liées à la croissance économique. Ce

« La discussion la plus difficile a concerné les changements climatiques », a rapporté un responsable européen sous le couvert de l’anonymat. « C’était vraiment une guerre de tranchée, il a fallu lutter pied à pied. Au bout du compte, nous avons (dans le communiqué) des mentions sur la plupart des sujets que nous souhaitions », a-t-il ajouté.

Le passage relatif au climat préconise des mesures pratiques que les pays pourraient prendre dans l’optique de parvenir à un accord global lors de la conférence sur le climat qui aura lieu en décembre 2015 à Paris.

Le communiqué final suggère aussi de contribuer au Fonds vert pour le climat, un mécanisme mis en place par l’Onu pour aider les pays en développement à financer des projets de lutte contre le réchauffement.

Les Etats-Unis, par la voix de Barack Obama, ont promis samedi d’abonder à hauteur de trois milliards de dollars. Selon la Maison blanche, le Japon s’est engagé pour sa part à verser 1,5 milliard de dollars. La France et l’Allemagne ont déjà annoncé cette année le versement d’un milliard de dollars chacune.

A Pékin, en début de semaine, Barack Obama avait déjà annoncé un « accord historique » entre Etats-Unis et Chine, les deux plus gros pollueurs de la planète : les Etats-Unis s’engagent à réduire d’un peu plus de 25% leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2025, tandis que la Chine s’efforcera de plafonner ses propres émissions de GES vers 2030, avant de les faire décroître.

« Avec les autres pays qui ont promis d’y participer, nous allons aider les communautés vulnérables en mettant en place des systèmes d’alerte, des défenses plus efficaces contre la puissance des vagues en cas de tempête(…) », a déclaré le président américain à Brisbane.

L’Onu s’est fixée pour objectif informel de lever 10 milliards de dollars d’ici à une réunion des ministres de l’Environnement, le mois prochain à Lima, au Pérou.

« Le G20 qui n’avait pas inscrit au départ cet objectif a convenu de le faire au regard de l’importance du sujet », s’est félicité le président français François Hollande lors de sa conférence de presse.

Selon l'ONG ONE, les dirigeants du G20 «se sont arrêtés au milieu du gué et n’ont pas osé imposer l’accès public à l’information, seule solution efficace pour garantir la transparence et enrayer l’évasion fiscale et la corruption. Les besoins des pays en développement ont aussi été ignorés. Ils  ne bénéficieront pas des actions proposées.

Le G20 n’a donc répondu que partiellement au Casse du Siècle, qui fait perdre mille milliards de dollars aux pays en développement, argent qui s’il était taxé et investi dans la santé pourrait sauver 3,6 millions de vies chaque année.»

 

Pour Winnie Byanyima, directrice générale d'Oxfam International, « l'engagement et les progrès du G20 à lutter contre l'évasion fiscale des multinationales sont les bienvenus, mais la proposition actuellement sur la table ne suffira pas à empêcher les pays pauvres d’être saignés à blanc : selon nos calculs, l’évasion fiscale des entreprises représente pour les pays pauvres un manque à gagner de 100 milliards de dollars par an ».

« Malgré les efforts de l'OCDE, la plupart des pays en développement sont encore exclus du processus de décision sur les questions fiscales mondiales ».

« Le Luxembourg, paradis fiscal notoire, participe aux négociations sur la réforme des règles fiscales mondiales, mais la Sierra Leone, où le virus Ebola fait rage et où 6 entreprises multinationales bénéficient d’incitations fiscales équivalant à 8 fois le budget de la santé, en est exclue. Cela est tout sauf juste ».

« Oxfam appelle maintenant à l’organisation d’un Sommet fiscal mondial, où tous les pays participeront de manière équitable à déterminer des règles équitables pour tous en matière de fiscalité »

Le G20 est une conférence internationale réunissant les 20 principaux leaders mondiaux qui se concertent sur les questions économiques, politiques et environnementales.

G20

Communiqué final-EN

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.