Possible participation du secteur privé aux discussions des Nations Unies

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Yvo de Boer, l'ancien responsable du climat aux Nations unies, a demandé que le secteur privé puisse participer aux négociations internationales concernant le financement du Fonds climatique vert de 100 milliards de dollars par an. Il s'est confié à EURACTIV lors d'un entretien exclusif.

« Nous avons besoin d’un mécanisme consultatif pour contribuer à faire valoir les perspectives du secteur privé dans ce débat », a confié M. de Boer à EURACTIV.

« Si les finances du secteur privé constituent une partie importante de la solution, celui-ci devrait également avoir son mot à dire sur l'élaboration de cette solution », a déclaré l’ancien responsable du climat aux Nations unies qui travaille maintenant pour la société de conseil internationale KMPG.

Une telle évolution changerait la façon dont les négociations relatives au climat sont conduites, et provoquerait le mécontentement et l’opposition des pays en développement.

Le 8 avril, la Commission européenne a demandé au secteur privé de financer la majeure partie du fonds établi lors du sommet de Cancun pour aider les pays en développement à lutter contre les effets du changement climatique et à s’y adapter.

Un comité intérimaire composé de représentants des gouvernements est maintenant en train d’élaborer le fonds, et M. de Boer a affirmé qu’il serait « bénéfique » que le statut actuel d’observateur du secteur privé puisse être amélioré pour permettre « une contribution et des conseils plus directs » de la part des banques, des fonds de pension et des investisseurs énergétiques grâce à un nouveau mécanisme.

Mais les pays du sud s'accordent à dire que l’aide occidentale devrait venir en premier lieu de sources publiques. Oxfam a condamné la décision de l’UE d’inclure les finances privées dans le Fonds climatique vert.

M. de Boer a anticipé « une certaine résistance de la part des pays en développement » mais a maintenu que « couper la branche sur laquelle on est assis et dire que le secteur privé doit rester en dehors du débat se révélerait finalement négatif pour les pays en développement ».

Plutôt qu’un Fonds climatique vert unique, M. de Boer a proposé un réseau de différents organismes de financement publics et privés.

« Nous devrions penser à une famille d’institutions financières qui combineraient leurs différents savoir-faire et leurs rôles en matière de finances pour atteindre plus efficacement les objectifs sur le changement climatique », a-t-il déclaré.

Cela était « quelque peu étrange » que les institutions financières ne disposent pas d’une place à la table des négociations concernant l’élaboration du Fonds climatique, selon lui. « Cela n’a pas de sens pour moi », a-t-il affirmé.

M. de Boer était Secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC) jusqu’à l’échec du Sommet de Copenhague en décembre 2009.

Deux mois plus tard, il a annoncé sa démission pour passer plus de temps avec sa famille et travailler en tant que consultant sur le climat pour la société internationale de comptabilité KPMG.

Lors de cet entretien qui a abordé de nombreuses questions, M. de Boer a également déclaré qu’il croyait que les revenus engendrés par le système d’échange des droits d’émission devraient être utilisés pour réduire davantage les émissions de CO2.

« Actuellement, il est indéniable que les entreprises énergétiques en Europe réalisent des bénéfices exceptionnels grâce à la façon dont est conçu le système d’échange des droits d’émission », a-t-il admis.

Lors de la Phase I de ce système, les entreprises énergétiques auraient cumulé des profits estimés à environ 19 milliards d’euros, un montant qui pourrait grimper jusqu’à 71 milliards dans la Phase II.

« Je pense que le but premier des revenus ainsi générés de cette façon devrait consister en une réduction supplémentaire des émissions », a déclaré M. de Boer.

« Le défi est notamment de s’assurer que les ressources financières sont utilisées de manière à contribuer à la réalisation des objectifs ».

Sa plus grande inquiétude concerne toutefois l’effet que les promesses hésitantes sujet des réductions des émissions de carbone dans les pays développés pourrait avoir sur un marché du carbone déjà à la traîne.

« Nous avons également besoin d'une demande adaptée, qui est engendrée par les objectifs de réductions ambitieux des pays industrialisés », a-t-il expliqué. Mais cela n’a pas eu lieu.

En l’état, les seuls marchés du carbone « significatifs » se trouvent au Japon et dans l’UE, a affirmé M. de Boer.

Yvo de Boer s’est confié à Arthur Nielsen pour EURACTIV.

Pour lire cet entretien dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

L’Accord de Copenhague, conclu dans la capitale danoise en décembre 2009, comprenait un engagement de la part des pays développés de consacrer 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour contribuer à aider les pays en développement à combattre le changement climatique et à s’adapter à ses conséquences inévitables.

Réunies l’année suivante à Cancun, les 190 nations impliquées dans les négociations des Nations Unies ont progressé sur l’établissement d’un Fonds climatique vert pour accorder de l’argent destiné à préserver le climat aux pays en développement.

Le Fonds sera géré par un conseil de 24 membres, au sein duquel les pays développés et les pays en développement seront représentés de manière égale.

  • United Nations Framework Convention on Climate ChangeUNFCCC

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