Le spatial, un outil plein de promesses au service du leadership climatique européen

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Lucas Buthion

Alors que la COP 22 bat son plein et que se pose la question des moyens à mettre en œuvre pour concrétiser l’objectif climatique, Lucas Buthion estime que des synergies doivent encore être développées pour mettre la politique spatiale de l’UE au service des ambitions de la politique climatique européenne.

Lucas Buthion est directeur du bureau d’Eurospace à Bruxelles – association professionnelle de l’industrie spatiale manufacturière européenne

Doter l’Union européenne d’une « politique visionnaire en matière de changement climatique » : tel est l’objectif affiché par la Commission européenne dans son programme de travail pour 2017, qui insiste sur le « rôle moteur joué par l’UE à l’échelle mondiale dans le domaine du changement climatique ». Alors que le Parlement européen a approuvé début octobre, quelques jours après le Conseil, la ratification par l’UE de l’Accord de Paris, les institutions de l’UE partagent donc une préoccupation unanime pour préserver les générations futures des effets pervers du changement climatique.

Or, en matière de politique climatique, il est essentiel de « savoir pour prévoir », et de « prévoir pour pouvoir ». La compréhension des phénomènes reliés au changement climatique passe en effet par une modélisation des interactions entre milieu marin, terrestre et atmosphérique : à cet égard, les données fournies par les satellites d’observation de la terre ou météorologiques jouent un rôle central. On estime par exemple que 26 des 50 « variables climatiques essentielles » ne peuvent être observées que par satellite. De même, pour l’étude et la quantification des émissions anthropiques de CO2 dans l’atmosphère, la couverture globale offerte par les satellites permet de compléter l’action des capteurs sols, qui ne permettent pas des mesures à la même échelle.

Face à ce constat, les autres puissances spatiales ne sont pas restées immobiles. Aux États-Unis, la NASA a ainsi lancé en 2014 la mission OCO2 (« Orbiting carbon observatory ») tandis que la Chine a lancé en 2010 le projet « Tansat » (ou « Carbonsat »), premier mini-satellite dédié à la détection et à la surveillance du CO2. De même, le satellite japonais « GOSAT », lancé en 2009, permet de mesurer la répartition globale du dioxyde de carbone et de méthane.

En Europe aussi, les projets sont nombreux : citons par exemple le projet MicroCarb du CNES, qui offrira une meilleure précision spatiale que les données de la NASA ou encore la coopération entre le CNES et le DLR autour du projet Merlin, visant à améliorer la compréhension du cycle du méthane. L’Agence Spatiale européenne (ESA) n’est pas en reste avec la mission Carbonsat ou la mission FLEX, cette dernière visant à établir une cartographie globale de la fluorescence végétale, ce qui pourra servir d’indicateur pour mesurer l’activité de photosynthèse – processus perturbé par les évolutions de concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

L’Union européenne, de son côté, dispose du cadre et des programmes en vue de mettre en place des outils efficaces pour suivre et analyser les paramètres ayant un impact sur le changement climatique – parmi lesquels il est reconnu que le CO2 et le CH4 jouent un rôle majeur, mais pas exclusif.

Dans ce contexte, le programme européen d’observation de la terre Copernicus semble être un véhicule approprié, notamment à travers ses services de « surveillance atmosphérique » et « changement climatique », pour préfigurer la mise en place d’un système opérationnel dédié à la surveillance du changement climatique.

La Commission européenne partage d’ailleurs pleinement cette ambition : dans sa « Stratégie spatiale pour l’Europe » publiée le 26 octobre dernier, la Commission reconnait que « des services complémentaires seront envisagés en réponse aux besoins émergents dans des domaines prioritaires spécifiques tels que […] le changement climatique et le développement durable, afin de permettre la surveillance des émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre ».

C’est la première fois depuis que l’UE dispose d’une compétence en matière spatiale – consacrée par le Traité de Lisbonne- que la Commission met si clairement en avant le potentiel de ses programmes spatiaux pour répondre à des problématiques contemporaines concrètes, signal positif qu’il est important de saluer.

C’est donc maintenant sur la mise en œuvre que les institutions de l’UE, l’ESA et l’industrie doivent concentrer leurs efforts et converger pour décliner concrètement ces ambitions. Préparer les bases d’un système opérationnel en ligne avec l’état de l’art technologique et opéré par une entité compétente (à l’image d’Eumetsat) nécessite ainsi le démarrage rapide d’une phase de démonstration de mesures satellitaires des émissions de CO2 en complément d’observations in situ. Cela requiert également d’orienter le soutien à la R&T et de définir des standards adéquats en coopération avec l’industrie, les opérateurs et les utilisateurs.

En vue d’une phase d’exploitation, c’est davantage sur les schémas d’organisation permettant une opération efficace des systèmes qu’il convient d’orienter la réflexion – traitement des données approfondi, dissémination ouverte, etc.-, tout comme sur la définition des exigences pour la prochaine génération du segment spatial de Copernicus – résultantes des besoins à adresser.

Les défis sont nombreux, mais la volonté politique est bien là et l’ensemble des acteurs concernés sont au diapason pour permettre à l’UE de conserver et développer son « leadership climatique » sur la scène internationale.

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