«L’objectif de neutralité carbone pour 2050 est incontournable»

Miguel Arias Canete à la COP 24 à Katowice. [Photo: European Commission]

Pour le commissaire au climat, Miguel Arias Cañete, il ne fait aucun doute que l’UE doit atteindre la « neutralité carbone » d’ici 2050. Il entend utiliser les quelques mois qui lui restent à cette fin.

Miguel Arias Cañete est le commissaire à l’action climatique et à l’énergie. 

À présent que les États-Unis sont hors-jeu, la COP 24 de Katowice, en Pologne, a-t-elle permis à l’UE de se présenter comme la nouvelle pionnière climatique ?

Depuis la signature de l’accord de Paris, notre objectif était d’adopter un corpus de règles ambitieuses, claires et complètes en 2018, afin de rendre l’accord opérationnel. Nous sommes arrivés à la COP 24 avec cet objectif en tête, et nous y sommes arrivés.

Je ne dirais pas que ça a été facile, mais nous étions tous conscients de l’importance des enjeux. Nous venions tous de lire le rapport du GIEC, et ça nous a poussés à atteindre un accord.

Nous avons donc collaboré avec toutes les parties prenantes pour obtenir un accord solide et équilibré conforme à l’esprit de l’accord de Paris. Notre collaboration ministérielle intense avec la Chine et le Canada, ainsi qu’avec la High Ambition Coalition, a permis de combler le vide laissé par l’administration américaine actuelle.

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Vous prévoyez d’organiser un sommet des marchés du carbone à Bruxelles, quel sera son but ? S’agit-il de résoudre les questions laissées ouvertes à la COP ?

Il n’a pas été possible de trouver un consensus sur les marchés à Katowice. Il est donc important de dégager une position commune à ce sujet et de compléter les règles.

L’objectif principal de cette conférence sera d’échanger des opinions sur les règles, difficultés et perspectives de l’échange international de quotas d’émissions, dans le but d’assurer l’intégrité écologique du système.

La rencontre permettra de déterminer la stratégie à adopter afin de résoudre cette question lors de la COP 25. Il existe une réelle volonté politique de résoudre ces problèmes, je suis donc confiant.

Le débat devrait se concentrer sur la manière de faciliter le fonctionnement  des marchés de carbones internationaux.

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Quelle importance aura le sommet de Sibiu, en mai, pour la politique climatique européenne, et en particulier la stratégie pour 2050 ? D’autres sujets, comme le Brexit ou l’immigration, pourraient-ils faire de l’ombre à la question du climat ?

Pour moi, il est clair que la politique climatique sera un élément central des discussions de Sibiu sur l’avenir de l’Europe. Ce sommet constitue une opportunité de premier plan, puisque les dirigeants auront l’occasion de réfléchir à la modernisation de l’économie européenne pour atteindre la neutralité climatique.

Étant donné le programme et les priorités du sommet, je pense qu’une place importante sera faite à  la stratégie à long terme, puisqu’elle vise la modernisation de toute l’économie et a donc un impact direct sur la vie quotidienne des citoyens.

La dimension sociale de la stratégie sera particulièrement importante, surtout en ce qui concerne une transition énergétique juste. Devenir une économie zéro émission d’ici 2050 ne sera possible qu’avec un large dialogue social impliquant tous les acteurs et un engagement complet des citoyens.

Le timing de Sibiu est en outre intéressant, puisque ce sera la dernière rencontre du Conseil avant les élections européennes. J’apprécie la publication d’une résolution du Parlement actuel sur la stratégie à long terme, mais il sera surtout important que le prochain Parlement s’en fasse l’écho dès le début de son mandat.

Cacophonie parlementaire sur les objectifs climatiques de l'UE

Le Parlement européen ne parvient pas à avancer sur la législation censée permettre à l’UE d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris, les commissions se disputant la première place.

L’immigration et le Brexit seront certainement des sujets importants dans les discussions, mais il ne faut pas sous-estimer la pertinence  de la politique climatique européenne.

Je suis heureux que le Parlement ait souligné l’importance du sommet à cet égard. Je me réjouis aussi du large soutien apporté à la stratégie par tous les partis politiques et je compte sur leur engagement pour la suite.

Les manifestations pour l’action climatique qui ont eu lieu en janvier montrent bien que la question du climat et de l’adoption par l’UE de mesures efficaces est une inquiétude importante pour la majorité des citoyens. Je suis donc convaincu que le sujet ne sera pas écarté d’un revers de la main à Sibiu.

21 États membres n’ont pas soumis leurs plans nationaux en matière d’énergie et de climat à temps. À quel point cela vous inquiète-t-il ? Est-ce le mauvais message à envoyer, à la fois en interne et à l’international ?

Il ne faut pas oublier que c’est la première fois qu’on demande aux nations de l’UE de présenter leurs projets nationaux, dans le cadre de l’entrée en vigueur de la réglementation de gouvernance. La Commission avait en effet fixé fin 2018 comme date limite, mais ils sont à présent 23 États membres à avoir soumis leurs projets et les cinq qui restent doivent le faire le plus rapidement possible.

La Commission a déjà commencé à évaluer les projets reçus. Cette évaluation sera menée selon une approche très objective et équilibrée. Tous les États membres seront évalués selon les mêmes critères et des recommandations devraient être émises d’ici fin juin.

Il est vrai que le niveau d’ambition réel diverge d’un pays à l’autre, parfois même au sein d’un État, mais je suis certain que la situation s’améliorera au fur et à mesure du renforcement de la gouvernance européenne.

Nous avons aussi prévu une série de visites dans les États membres pour discuter avec les gouvernements, les parlements et les citoyens, afin de présenter notre vision stratégique pour une Europe sans émissions d’ici 2050 et échanger des avis. Nos visites en France, en Espagne, en Allemagne et aux Pays-Bas ont déjà été confirmées.

Vous avez soutenu sans équivoque les options à zéro émission présentées dans la stratégie à long terme (qui détaillait huit scénarios possibles). Ces déplacements vont-ils servir de promotion pour ces options ?

Le but des visites est d’entendre leurs opinions. La stratégie à long terme est un point de départ pour le débat qui devrait mener à l’adoption par l’UE d’une stratégie ambitieuse, puis à sa soumission à l’ONU d’ici 2020.

Comme dans tous débats, chacun aura le loisir de parler, puis d’écouter. J’écouterai, et je prendrai note des difficultés spécifiques des États, particulièrement sur l’aspect social, dans les régions ou secteurs où la transition pose problème. Et quand ce sera à moi de parler, je défendrai bien sûr la neutralité carbone pour 2050. C’est incontournable.

Atteindre la neutralité climatique mènera à la croissance économique, bénéficiera à nos citoyens, sera bon pour l’industrie dans son ensemble et, bien sûr, protégera l’environnement. Plus important, c’est un point clé de notre analyse, je maintiendrai que c’est tout à fait possible.

Nous nous assurerons que personne ne reste sur le carreau, parce que si nous faisons les choses bien, la stratégie à long terme est la clé pour moderniser l’économie européenne et garantir sa compétitivité tout en prolongeant notre engagement climatique.

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