Cañete redoute une alliance États-Unis-Chine à la COP21

Malgré les progrès modestes, Miguel Arias Cañete ne souhaitent pas que les chefs d'États s'impliquent à la COP 21 après la « catastrophe » de la conférence de Copenhague.

L’optimisme affiché par le commissaire Miguel Arias Cañete au coup d’envoi de la COP 21 le 30 novembre a laissé la place à des signes de fatigue et des déclarations prudentes.

Miguel Arias Cañete est le commissaire européen à l’action pour le climat et à l’Énergie.

Êtes-vous toujours aussi optimiste qu’à l’ouverture de la conférence ?

Les discours donnés lundi [30 novembre] par les 150 chefs d’État et de gouvernement montrent qu’il existe une volonté politique pour atteindre un accord à Paris.

Pourtant, si l’on compare ça aux progrès réels qui ont été réalisés lors des discussions techniques, on se rend compte que les deux premiers jours n’ont permis de résoudre aucune des questions ouvertes de la proposition de texte. Nous n’avons également refermé aucun des chapitres fondamentaux nécessaire à un accord ambitieux. Il y a donc une volonté politique, mais des progrès techniques limités. Cela signifie que les ministres devront être impliqués dans le processus

Le travail technique devrait avoir abouti à une proposition de texte assez complète, afin que les ministres s’accordent sur les quelques sujets importants à clarifier. À l’heure actuelle, tous les sujets restent ouverts. Personne ne prend de risque. Personne ne fait de proposition qui pourrait amener à un consensus ou à un compromis. C’est ce que l’UE essaie de faire, elle essaie de faire un lien entre des groupes très divisés.

Qu’est-ce qui pourrait empêcher la conclusion d’un accord ?

En ce moment, le principal sujet de discorde est la position de nombreux pays en développement, qui veulent maintenir la différenciation qui a été faite en 1992 [pendant le sommet de Kyoto] entre les pays développés et les pays en développement. Selon ce modèle, les pays développés ont adopté des objectifs et les pays en développement ont reçu de l’aide financière pour l’adaptation au climat.

Le monde n’est cependant plus le même qu’en 1992 et aujourd’hui nombre de ces pays ne peuvent plus être considérés comme des pays en voie de développement. Le modèle de Kyoto n’est donc plus pertinent, surtout si on élabore un accord pour le siècle à venir, parce que les économies développées seront confrontées à beaucoup de problèmes, alors que les pays émergents connaissent une croissance de 10 % et ont des ressources économiques considérables.

Que souhaitez-vous accomplir à Paris ?

Notre but est de freiner le réchauffement climatique et de limiter la hausse des températures à 2 °C. Nous voulons donc que l’accord comporte trois éléments clés. Premièrement, un objectif à long terme de limitation à 2 °C le réchauffement climatique. Deuxièmement, un objectif de réduction de 50 % des émissions de CO2 dans le monde d’ici 2050, ce qui signifie que les pays développés devront en réalité réduire leurs émissions de 80 à 95 %, parce que nous avons plus de capacités, plus de ressources financières et plus de technologies. Enfin, nous voulons l’instauration d’un processus de réexamen des progrès tous les cinq ans, pour voir où nous en sommes.

Les 188 contributions nationales liées aux émissions de gaz à effet de serre permettront de limiter le réchauffement à 3 °C. Les parties devraient donc se rencontrer tous les cinq ans pour analyser leurs politiques climatiques et décider comment gagner le degré restant.

Ce processus de réexamen est l’un des éléments les plus importants pour l’UE. La Chine et les États-Unis ont l’air d’accord. Pensez-vous qu’il fera partie de l’accord final ?

La Chine et les États-Unis soutiennent ce système, mais tout se joue dans les détails. Beijing accepte l’objectif de 2 °C, mais refuse un objectif spécifique pour 2050. Washington accepte la nécessité d’établir des règles transparentes et une responsabilité claire afin de fixer un processus unifié pour les pays développés et en développement.

Reste une série de divergences d’opinions sur la manière – contraignante ou volontaire – dont les pays devraient hausser la barre en fonction des analyses, tous les cinq ans. Contrairement à la conférence de Kyoto, qui établissait une approche hiérarchique en imposant des objectifs et des sanctions, pour la COP 21, les parties ont formulé leurs objectifs librement et, heureusement, cela fonctionné. Grâce à cette méthode, 188 pays ont proposé des objectifs nationaux qui prennent en compte 98 % des émissions. À, seuls 38 États avaient fait de même, et ils représentaient 12 % des émissions.

En ce qui concerne les États-Unis, comment pourrait-on formuler un accord contraignant pour qu’il soit accepté par l’opposition au congrès ?

Les États-Unis reconnaissent que le texte devrait comprendre des éléments contraignants. Ils n’y sont donc pas totalement opposés. Ces éléments contraignants devraient donc être l’objectif à long terme, le processus de réexamen et les règles de transparence et de responsabilité.

Le problème, c’est que leur objectif national de réduction des émissions ne peut pas être contraignant, puisque cela implique la ratification du sénat et du congrès. Nous tentons de trouver des formules intermédiaires entre leur position, celle de l’UE et celle des pays en développement favorables à un accord contraignant, parce que cet accord doit être inclusif et universel.

Nous sommes actuellement engagés dans le stade compliqué des négociations qui décideront de la manière dont l’accord doit garantir aux autres nations que les politiques nationales nécessaires seront appliquées. Nous devons trouver des formules qui reflètent la volonté politique des États-Unis de lutter contre le changement climatique.

Quelle est la probabilité que la conférence de Paris aboutisse à un accord ?

Les accords climatiques sont toujours conclus à la dernière minute. C’est une habitude parce que les questions les plus délicates sont toujours laissées pour la fin. Vu les progrès réalisés dans les discussions techniques, je n’imagine pas qu’il y aura un accord avant le vendredi 11 décembre [dernier jour de la COP 21].

Sera-t-il nécessaire que les dirigeants reviennent à Paris ?

Non. Les dirigeants ont pris part à la rédaction de la proposition à Copenhague et ça a été une catastrophe absolue. Ce dont nous avons besoin à présent, c’est que les spécialistes prennent leurs responsabilités et que les ministres entament dès samedi des discussions politiques pour aplanir les différends.

Malgré l’ambition et le travail impressionnant de l’UE, la Chine et les États-Unis se sont placés sur le devant de la scène à la COP. Craignez-vous que, comme en 2009 à Copenhague, l’Europe soit marginalisée dans les discussions finales entre les « gros joueurs » ?

Ce que je crains, c’est que Washington et Beijing s’allient pour nous obliger à accepter un accord peu ambitieux. Nous créons donc nous-même des alliances avec tous les pays en développement, avec les îles du Pacifique, avec les pays les plus progressistes sur la question en Amérique latine, afin de soutenir des objectifs très ambitieux.

Nous sommes en très bonne position, parce que nous avons les objectifs les plus ambitieux et la législation la plus progressiste en matière d’énergie et d’environnement. Nous sommes également le plus gros donateur de financements climatiques. Entre 2009 et 2013, jusqu’à 56 % de l’aide financière aux pays en développement [pour l’adaptation et la réduction des effets du changement climatique] provenait de l’UE. Nous sommes donc dans une position avantageuse pour ce sommet, avec beaucoup d’ambition et de solidarité, et des politiques internes très cohérentes.

Tous ces points nous donnent de l’autorité dans les négociations. D’autres pays font beaucoup de déclarations, mais nous suivons une politique cohérente et menons par les actes et pas seulement pas les paroles.

Quelle est la probabilité de cette possible alliance Chine-États-Unis ?

Nous avons des contacts bilatéraux avec Washington et avec Beijing presque tous les jours…

Il y a-t-il toutefois un risque ?

Dans des négociations sérieuses, il y a toujours beaucoup de risques, mais nous voulons faire partie de cette alliance pour promouvoir un accord ambitieux.

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