Contre les déchets en mer, l’ancienne navigatrice Catherine Chabaud mobilise le Parlement européen

Catherine Chabaud, eurodéputé de la délégation Renaissance (groupe Renew Europe où siègent LREM et Modem), porte le texte et a expliqué à Ouest-France ses enjeux [Stringer]

Élue en 2019 en tant que députée européenne, Catherine Chabaud porte un rapport jeudi pour réduire les déchets en mer. Un phénomène de pollution qui touche autant les océans que les pêcheurs et les consommateurs en bout de chaîne. Une interview de notre partenaire Ouest-France.

Les eurodéputés appellent à réduire l’usage des plastiques à usage unique et à des matériaux durables spécialement conçus pour les engins de pêche. Dans un rapport mis aux voix jeudi 25 mars 2021, ils soulignent que les déchets marins, et notamment les microplastiques et nanoplastiques, « présentent un risque sérieux pour un certain nombre d’espèces animales marines », ainsi que pour les pêcheurs et les consommateurs.

Le texte affirme qu’un consommateur moyen de crustacés méditerranéens ingère environ 11 000 fragments de plastique chaque année. On estime que le secteur de la pêche perd entre 1 et 5 % de ses revenus à cause de la pollution marine.

Catherine Chabaud, eurodéputé de la délégation Renaissance (groupe Renew Europe où siègent LREM et Modem), porte le texte et a expliqué à Ouest-France ses enjeux.

Est-ce votre passé de navigatrice qui vous amène à vous mobiliser sur ce sujet ?

Quand j’ai couru la « Mini-transat » en 1991, j’ai vu des déchets en plein milieu de l’Atlantique, à une époque où jamais ces problèmes n’avaient été évoqués. Une fois que j’ai arrêté les compétitions à la voile il y a 18 ans, j’ai continué mon engagement pour l’océan.

D’où viennent les déchets qui polluent nos océans ?

Les déchets viennent à 80 % de la terre et donc les actions à mener sont aussi en amont. Les déchets en mer, ça va de la microparticule de plastique, voire de la nanoparticule, jusqu’aux containers. Il y a aussi les déchets que crée la pêche elle-même, un sujet plus délicat.

Il faut surtout agir sur les zones d’accumulation des déchets, notamment dans les cours d’eau, éviter qu’un déchet finisse par devenir sauvage. On doit obliger les collectivités territoriales à ramasser les déchets dans les zones d’accumulation, car elles sont en charge de la gestion des déchets. Il y a plein de campagnes de ramassage qui sont organisées par les ONG et les citoyens mais ce travail est trop énorme.

Cette question des déchets ne concerne pas que les pêcheurs ou ceux qui vont en mer, mais aussi les gens qui mangent du poisson et des crustacés…

Concernant l’impact sur la ressource halieutique, il reste à déterminer si les microplastiques absorbés par la moule ou le poisson ont un impact ou pas sur la santé. Le consommateur peut légitimement s’interroger si un jour ou l’autre, il ne va pas devenir dangereux de consommer du poisson.

Dans votre rapport, vous prenez en compte les pêcheurs et demandez qu’il y ait des incitations pour que ce ne soit pas une charge administrative et un coût supplémentaire…

Il faut arriver à aider les pêcheurs sur les déchets qu’eux-mêmes produisent, mais ils font face aussi à une problématique à laquelle ils ne peuvent échapper, malheureusement : ils vont remonter des déchets dans leurs filets pendant encore quelques décennies, sauf à abandonner les chaluts ou arrêter d’utiliser des filets. Il faut soutenir la recherche sur le marquage des filets mais aussi le ramassage, le fait de rapporter les déchets collectés en mer à terre.

Il y a aussi la question de l’économie circulaire : il faut réduire le nombre de polymères qui constituent par exemple les filets de pêche, ce qui faciliterait le recyclage des filets en fin de vie. Et puis, il faudrait que les filets perdus en mer soient biosourcés, afin qu’ils disparaissent naturellement. Car un filet qui disparaît, ça se transforme en file fantôme et ça continue à pêcher.

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