Bas Eickhout :« l’Europe a besoin d’un new deal écologique »

Les candidats des verts Ska Keller et Bas Eickhout EPA-EFE/OLIVIER HOSLET [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Une vraie politique industrielle européenne, conforme à ses objectifs climatiques pourrait changer la donne, affirme Bas Eickhout, tête de liste pour les Verts aux élections européennes.

Bas Eickhout est un eurodéputé néerlandais. Aux côtés de sa collègue allemande Ska Keller, il mène la campagne des Verts pour les élections européennes. Il s’est entretenu avec Pavol Szalai, d’Euractiv Slovaquie.

Lors du sommet européen de mars, les dirigeants se sont engagés à atteindre la neutralité carbone, mais sans se fixer d’échéance. Pourquoi ?

Le Conseil européen est divisé et, comme d’habitude dans un tel cas, il adopte un comportement attentiste.

Ils savent qu’ils doivent adopter des conclusions. Tous les pays signataires de l’accord de Paris se sont engagés à proposer une stratégie à long terme. Tous les pays européens l’ont signée et ils en célébraient tous l’importance.

Mais c’est le problème avec beaucoup de gouvernements : Ils adorent faire l’éloge de l’accord de Paris et quand Donald Trump en est sorti, ils l’ont dénigré et ont dit qu’ils allaient prendre les rênes. En fin de compte, ils ne parviennent pas à s’entendre, même sur la simple question d’une projection à long terme.

C’est l’exemple typique de la position des gouvernements européens sur le climat. Ils parlent beaucoup et prétendent être très ambitieux, mais en réalité, ils sont divisés et ne répondent pas du tout aux attentes des citoyens.

La ligne de fracture entre l'Est et l'Ouest persiste sur le climat

Des documents confidentiels rédigés en vue du Conseil européen révèlent une division est-ouest sur le climat. L’Allemagne se range du côté de la Pologne, la Hongrie, et la République tchèque qui refusent de s’engager pour la neutralité carbone d’ici à 2050.

L’UE devrait atteindre son objectif de réduction des émissions pour 2020. Il est également vrai que l’Europe ne produit que 10 % des émissions mondiales alors que celles de la Chine et de l’Inde continuent d’augmenter.

Oui, l’Europe a pris quelques mesures, mais elle n’en fait pas assez. Tous les pays qui se sont engagés à Paris proposent un plan de réduction. En outre, les pays les plus riches doivent prendre les devants – c’est une question de partage équitable.

Quant à la Chine, ses émissions devraient culminer à un moment donné. Bien sûr, nous devons le faire le plus rapidement possible. Mais si, en tant qu’Européens, nous voulons donner l’exemple au reste du monde, nous devons d’abord veiller à balayer devant notre porte.

Les analyses scientifiques indiquent que ni le monde en général, ni l’Europe en particulier ne font assez pour l’accord de Paris. De plus, si nous respectons l’accord de Paris, nous pouvons demander aux autres de faire de même.

L’Europe n’en fait-elle pas assez aussi à cause des pays de Višegrad – République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie ?

En partie. Lorsque nous avons eu une discussion en 2014 sur l’objectif 2030 de -40 % de réduction des émissions, c’était avant l’Accord de Paris. Paris a finalement été plus ambitieuse qu’on ne l’avait imaginé.

Si, en 2015, nous célébrions Paris – et j’ai également entendu les pays de Višegrad dire à quel point c’était important – nous aurions dû porter un regard critique sur ce que nous avions décidé un an auparavant. Peut-être que cela n’avait pas été suffisant.

En 2014, la difficulté d’atteindre un tel objectif était certainement aussi due aux pays de Višegrad. Mais il y avait aussi des problèmes avec d’autres pays. Il est trop facile de blâmer les pays de Višegrad. Regardez l’Allemagne. C’était l’un des plus gros obstacles lorsque nous avons élaboré la politique concernant les voitures et les camions. Un pays qui dit beaucoup de choses sur le climat mais qui devient très réticent dès que son industrie est touchée.

L’Allemagne a également été un problème pour les conclusions du dernier sommet de l’UE. Beaucoup de pays parlent du changement climatique en termes généraux, mais ne prennent pas de mesures concrètes.

Plus de 500 organisations industrielles européennes et nationales ont récemment appelé à une nouvelle politique industrielle, tandis que la France et l’Allemagne ont également fait une proposition commune. Une politique climatique ambitieuse est-elle cohérente avec une politique industrielle ambitieuse ?

Pas nécessairement, mais c’est possible. Il est important que tous les pays européens se rendent compte que nous sommes très vulnérables. Nous sommes dépendants des importations, nous n’avons pas beaucoup de ressources énergétiques et matérielles.

L’Afrique, l’Amérique latine et même les États-Unis ont davantage de ressources propres. C’est une bonne raison pour penser que l’économie future doit moins dépendre des ressources. Nous devons penser à de futurs emplois.

L’Europe peut être à la pointe de l’innovation, nous avons toujours cet avantage. Si nous le combinons à l’utilisation efficace des ressources, nous pouvons obtenir des résultats tant pour le climat que pour les emplois futurs.

Bien sûr, vous pouvez faire des politiques industrielles et climatiques distinctes. Mais ce serait totalement stupide. Ce ne serait pas dans notre intérêt, ce ne serait bon ni pour le climat ni pour notre avenir.

L’attitude fondamentale des Verts est de combiner les deux. Essayez de considérer l’agenda industriel comme faisant partie de l’agenda climatique. Même l’analyse de la Commission indique que l’économie neutre en carbone peut être atteinte d’ici 2050 avec un million de nouveaux emplois supplémentaires.

Les associations de l’industrie réclament un commissaire en charge de la politique industrielle dans la nouvelle Commission. Soutenez-vous cette idée ?

Il devrait y avoir un commissaire au climat et à l’industrie. C’est ça le prochain défi. Nous avons pris des mesures sur l’énergie mais beaucoup reste à faire et les pays doivent agir.

La politique énergétique relève encore de la compétence nationale. La prochaine étape est d’obtenir un « new deal » au niveau européen. C’est-à-dire investir massivement dans notre industrie verte.

L’UE mise sur l’innovation pour la transition énergétique

Les nouvelles technologies permettant de lutter contre le réchauffement climatique devraient bénéficier de 10 milliards d’euros de fonds pour les dix prochaines années.

Si l’on suit cette logique, il devrait y avoir un commissaire transport et climat et un commissaire agriculture et climat.

Le changement climatique est l’un des défis majeurs du monde et de l’Europe. Donc toutes ces politiques devraient fusionner avec le climat. L’Accord de Paris nous oblige à passer à une économie zéro émission. Dans le domaine des transports, les liaisons ferroviaires longue distance constituent un défi de taille.

En Europe, nous échouons massivement à connecter les pays avec des bonnes liaisons ferroviaires. Et l’agriculture de demain devra mieux s’adapter aux conditions climatiques extrêmes. Car les monocultures sont beaucoup plus vulnérables.

Considérez-vous les accomplissements de cette Commission en matière de politique énergétique et climatique comme un succès ou un échec ?

Entre les deux. Lorsque les objectifs climatiques ont été fixés en octobre 2014, cette Commission n’était pas encore en place. Mais toutes les lois proposées depuis lors ont suivi les conclusions de 2014.

D’une certaine façon, c’était les fonctionnaires du Conseil. La Commission a beaucoup contribué à l’accord de Paris, mais j’irais trop loin si je disais que cette Commission a permis l’accord de Paris. De nombreux facteurs expliquent le succès de l’Accord à l’échelle mondiale.

Les partis écologistes dans les pays de Višegrad ne sont pas très robustes. Pourquoi n’avez-vous pas de partenaires plus forts là-bas ?

Il est vrai qu’en Slovaquie, le parti des Verts est très faible. Mais vous avez choisi Zuzana Čaputová comme présidente. Elle est pour le changement et cela me rend optimiste.

En République tchèque, cet espace a été pris par les pirates qui ont un programme très vert. Et ils s’en sortent très bien.

En Pologne, c’est très difficile étant donné le débat très binaire entre Droit et Justice (gouvernement) et Plateforme civique (opposition). Mais les Verts ont rejoint une large coalition dans l’opposition et nous voyons une chance de les faire élire aux prochaines élections européennes dans le cadre de cette plateforme.

En Hongrie, nous avons LMP qui ne va pas si mal. La Hongrie est un pays difficile, en raison de la domination du Fidesz, renforcée par le système électoral. Mais la campagne de LMP sur le climat a pris de l’ampleur.

Mme Čaputová s’est battue contre une décharge illégale en tant que militante d’ONG et a fait de la justice environnementale sa priorité de campagne. Est-elle votre alliée en Slovaquie ?

Tout à fait. Son intérêt pour l’activisme écologique et la lutte contre la corruption fait d’elle une alliée dans notre objectif progressiste de changer l’Europe dans l’intérêt des peuples et de la planète.

C’est aussi difficile à cause de la dépendance du pays vis-à-vis de l’industrie, n’est-ce pas ?

Une industrie tournée vers l’avenir a besoin d’une bonne politique climatique.

Les conservateurs sont le plus grand danger pour l’industrie. Ils prétendent que nous pouvons maintenir le statu quo. Nous ne pourrons jamais rivaliser avec la main-d’œuvre chinoise. Nous ne pouvons être compétitifs que si nous sommes innovateurs. Les conservateurs sont en ce sens plus dangereux pour vos futurs emplois que les Verts.

Cela dit, je suis tout à fait conscient que nous n’avons pas réussi à faire passer le message. Mais en Slovaquie, je ressens de la fierté pour la nature. Il y a une attitude écologiste, mais nous avons besoin de plus de temps.

Dans les pays baltes, nous nous en sortons bien, nous sommes au pouvoir en Lituanie. En Pologne, nous espérons faire de bons scores. En Slovénie, nous avons une nouvelle coalition de Verts et de Pirates.

Le Parlement a voté l’accord final sur la directive sur les plastiques à usage unique. Pourquoi est-ce important ?

L’accord avec les États membres est un succès. Il améliorera grandement la façon dont nous traitons les plastiques.

Nous devons cependant prendre d’autres mesures concernant les plastiques avec la prochaine Commission, car la directive aborde les plastiques en bout de chaîne. Nous avons un énorme problème dans la production et l’emballage, au début de la chaîne.

La prochaine Commission doit donc avant tout examiner les moyens d’éviter la production massive de matières plastiques.

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