Budget carbone et objectifs climatiques ne font pas bon ménage en Allemagne

[Foto: SRU]

Cette année encore, l’Allemagne souhaite inscrire ses objectifs climatiques dans une loi. Selon Julia Hertin, la cheffe de file du conseil d’experts en environnement (SRU), peu importe la forme, le temps presse.

Julia Hertin était membre du conseil d’experts en environnement de 2008 à 2012 et est devenue conseillère du ministère de l’environnement l’année suivante dans les domaines du climat et de l’énergie. Elle est depuis 2018 la directrice du conseil d’experts en environnement du gouvernement.

Angela Merkel se rendra à New York ce 22 septembre pour le sommet Action Climat des Nations unies. À cette occasion, les chefs d’État et de gouvernement reverront à la hausse leurs objectifs climatiques pour 2030. Qu’en est-il des objectifs allemands ? Sont-ils compatibles avec l’Accord de Paris ?

En Allemagne, le problème est que nous avons des objectifs ponctuels, ce qui ne nous permet pas de savoir clairement si le chemin que nous prenons est compatible avec l’Accord de Paris.

Au fond, que signifie l’expression « être compatible avec Paris » ? D’un point de vue climato-physique, il est possible de calculer précisément le budget carbone [le taux d’émissions de gaz à effet de serre à ne pas dépasser pour rester sous la barre des 2 °C ou des 1,5 °C]. Encore faut-il ensuite, savoir comment répartir ce budget entre les différents pays. Lorsque les émissions historiques allemandes sont prises en compte dans ce calcul, il apparaît que l’Allemagne est déjà au-dessus de la part qui lui est allouée.

Nous proposons que les émissions de gaz à effet de serre restantes soient réparties équitablement auprès de chaque pays.

Après 3 ans de stagnation, les émissions de CO2 repartent à la hausse

Les chances de limiter la hausse des températures à +1,5° sont de plus en plus minces : la trajectoire actuelle mène vers une planète réchauffée de 3,2° en 2100.

 

Le budget carbone octroyé en outre-Rhin est déjà très faible et le pays ne respectera probablement pas les objectifs fixés. Parallèlement au manque d’action visible, le manque d’ambition se fait lui aussi ressentir. À nos yeux, il faut que Berlin élève les objectifs climatiques à un niveau supérieur. Par exemple, la réduction des émissions de gaz à effet de serre prévue d’ici à 2050 oscille entre 85 et 90 %. Dans ce cas, nous devons viser le maximum possible et compenser les émissions restantes et inévitables. En outre, une loi allemande de protection de l’environnement devrait venir pallier le manque d’ambition.

Lors de votre denier examen environnemental au gouvernement fédéral, vous avez proposé que le ministère de l’Environnement puisse définir des lois en dehors de ses domaines de compétences. Avez-vous des propositions concrètes ?

Oui. Pendant longtemps, le ministère des Transports n’a rien fait en matière de réforme dans le domaine des transports et n’a proposé que très tard des propositions sérieuses au cabinet ministériel. Pourquoi le ministère de l’Environnement ne pourrait-il pas le faire lui-même ? Il s’agit d’émettre des propositions au lieu d’attendre en vain des initiatives émanant des autres ministères.

Que pensez-vous donc des propositions faites par Andreas Scheuer, le ministre fédéral allemand des Transports, au sujet de la protection climatique ?

Le ministre a donné le ton : pas d’augmentation, pas d’interdiction. À l’inverse, il se concentre principalement sur les soutiens financiers, mais perd ainsi la moitié de ses instruments.

La coalition allemande divisée sur la tarification du carbone

Et si Berlin mettait un prix sur les émissions de carbone des secteurs du transport, du bâtiment et de l’agriculture, qui ne sont actuellement pas couverts par le système d’échange de quotas d’émissions ? La question divise la coalition en Allemagne. Un article d’Euractiv Allemagne.

De plus, les mesures de soutien financier sont chères pour le budget fédéral et les propositions faites ne seront pas assez efficaces. Les experts dans le domaine des transports s’accordent à dire que les objectifs climatiques en matière de transports ne peuvent être atteints qu’avec le cadre économique adéquat. Il faut par exemple mettre un terme aux subventions nuisibles pour l’environnement, comme les privilèges accordés au diesel. Le droit réglementaire doit aussi être mis en lumière. Nous recommandons notamment que d’ici à 2025, un quart de tous les nouveaux camions immatriculés soient électriques.

La ministre de l’Environnement, Svenja Schulze, avait proposé sa propre loi de protection du climat en février. Elle voulait que chaque ministère soit responsable du bon respect de ses objectifs climatiques, et ce, aussi en matière de finance. Est-ce logique ?

Certains économistes voient l’utilité d’objectifs et ils souhaitent un prix CO2 unique dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission. Par la sorte, les secteurs concernés devront réduire leurs émissions, et ce, à moindres coûts. Toutefois, une uniformisation à court terme du prix du carbone pourrait engendrer de graves bouleversements économiques et sociaux, car elle aurait des répercussions de diverses ampleurs dans les secteurs. C’est pourquoi il est logique de considérer séparément les transports, l’agriculture et le bâtiment et de définir des objectifs spécifiques à chacun.

Je pense que les objectifs sectoriels sont un instrument crucial pour responsabiliser tout un chacun. Chaque ministère et chaque secteur doit savoir quelle pierre apporter à l’édifice qu’est la protection du climat.

Les pays européens poursuivent les subventions aux énergies fossiles

Aucun État membre n’a de stratégie claire et précise pour mettre un terme aux subventions accordées aux combustibles fossiles. Ils s’y étaient pourtant engagés lors d’un sommet du G20 il y a dix ans.

Le secteur des transports est, par exemple, le seul qui n’a pas réduit ses émissions depuis 1990. Nous partageons aussi les charges de façon efficace au niveau européen. Si nous n’atteignons pas nos objectifs climatiques dans les domaines du bâtiment, des transports et de l’agriculture, les coûts pour le budget fédéral seront plus importants.

Le 20 septembre, une première version de la loi sur la protection du climat devrait être prête. Il semblerait que la coalition au pouvoir entre les conservateurs CDU/CSU et les socialistes du SPD est encore divisée sur l’introduction d’une taxe carbone ou sur un mécanisme d’échange de quotas d’émissions national. Pouvons-nous envisager une combinaison des deux ? Quel serait le modèle le plus sensé ?

Selon le SRU, il est peu important que la loi mène à un plus grand contrôle du prix ou de la quantité de CO2, ou des deux combinés. L’important est de trouver un instrument qui crée rapidement des incitatifs puissants dans tous les secteurs.

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