Hidalgo pointe la «défaillance» de l’UE sur le climat

À quelques jours de l’ouverture de la COP24, à Katowice, en Pologne, la maire de Paris s’inquiète de l’inertie des États et de l’Europe alors que l’urgence climatique s’aggrave. Un entretien de notre partenaire, La Tribune.

Anne Hidalgo est maire de Paris et issue du Parti socialiste.

À l’approche de la COP24, quel regard porte la maire de Paris, présidente du C40 [réseau de 96 villes du monde entier en pointe dans la lutte contre le changement climatique, ndlr], sur les dernières évolutions en matière de lutte contre le changement climatique ?

L’urgence climatique est de plus en plus grande et évidente aux yeux des citoyens. À l’échelle de Paris et du C40, nous nous efforçons de montrer que des solutions existent pour régler les problèmes d’aujourd’hui et anticiper ceux de demain. Les villes sont le bon niveau de réflexion et d’action, et elles se situent au bon niveau de démocratie car elles sont connectées aux habitants. Il existe une relation forte et exigeante entre le maire et la vie quotidienne de ses administrés. Mais les villes sont également connectées avec les secteurs économiques clés, notamment tous ceux qui concernent les transports et les mobilités, la construction de bâtiments, l’énergie… L’énergie, en particulier, est un sujet qui se pose à l’échelle des territoires, car elle peut désormais être produite et même distribuée de façon très décentralisée.

Dans le monde entier, les maires agissent en s’appuyant sur les citoyens et les entreprises qui ont compris l’urgence d’agir. On constate une inertie aux échelles nationales et une défaillance de l’Union européenne, mais une hypermobilisation des organisations internationales. L’ONU et l’OCDE, par exemple, ont fait de ce sujet un thème dominant, et viennent trouver les villes. L’OCDE travaille avec les villes, notamment avec les maires qui oeuvrent à la construction d’une ville inclusive et durable. J’ai moi-même accepté une proposition de Ban Kimoon et de la présidence hollandaise pour conduire un groupe d’experts de haut niveau qui rendra ses conclusions lors du sommet sur le climat de septembre 2019.

Aux États-Unis, on observe une forte mobilisation du C40 et de l’ancien maire de New York Michael Bloomberg [cofondateur du réseau, dont la fondation a promis 15 millions de dollars à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques suite au retrait de Washington de l’accord de Paris, ndlr], mais aussi de nombreuses villes et de certains États tels que la Californie. L’America’s pledge [engagement américain sur le changement climatique, NDLR] implique également de grands acteurs, y compris industriels, qui s’engagent à appliquer l’accord de Paris.

Les villes face à l’urgence climatique

Les villes font feu de tout bois pour limiter leur impact sur le climat. Mais bien trop lentement, comme le pointe une étude du WWF France publiée début juillet. Un article de notre partenaire le Journal de l’Environnement.

Même la France ne respecte pas l’accord de Paris : l’Europe ne devrait-elle pas donner l’exemple ?

En Europe, trois pays seulement respectent à la lettre les engagements de la COP21 : la Norvège, la Macédoine et le Monténégro. Maintenant, il faut sortir des mots et mettre en place une stratégie. L’Europe devrait élaborer un plan d’action comportant un volet industriel pour accompagner les secteurs d’activité concernés, et un volet social avec un fonds d’accompagnement pour les travailleurs de ces secteurs en mutation. Quelque chose qui ressemble aux grandes politiques nationales industrielles et sociales des années 1980. On a besoin d’une pensée à l’échelle européenne, comme a pu en développer en son temps Jacques Delors. Je suis une Européenne convaincue, et l’Europe a fait de grandes choses, mais on ne peut que constater qu’il y a aujourd’hui une défaillance. Il faut accompagner les entreprises et les citoyens.

Concernant le financement de la transition écologique, vous aviez souhaité qu’une partie des revenus de la contribution climat énergie soit fléchée vers les villes. Où cela en est-il ?

Je n’ai pas encore obtenu de réponse à ce jour. Mais il faudrait que les politiques nationaux et européens comprennent que la transition écologique n’est pas un coût ou une contrainte. Elle représente une opportunité de transformation pour l’Europe et pour les États, synonyme de solutions, d’emplois et de mieux-être. Au lieu de quoi nous sommes enfermés dans la logique de l’Union européenne, de l’État français, de Bercy…

Quand je vois qu’il manque 250 millions d’euros par an pour financer le Grand Paris Express, je me désole. Alors que c’est une promesse de vivre mieux, inscrite dans notre programme pour les Jeux olympiques et paralympiques, que nous avons notamment remportés grâce à ce projet. Qu’on en soit à se poser ce genre de questions pour boucler quelque chose d’aussi majeur pour notre attractivité, pour la transition, pour le désenclavement et l’égalité des territoires, c’est incroyable. Je l’ai dit au préfet, Michel Cadot.

Les partis écologistes cartonnent en Europe

En Belgique, au Luxembourg, en Bavière, les écologistes sont les grands gagnants des élections du week-end, en séduisant au travers des questions climatiques de nouveaux électeurs. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Le bâtiment et l’énergie sont deux secteurs particulièrement concernés par l’objectif de neutralité carbone. Où en est Paris sur ces deux sujets ?

Depuis 2014, nous avons rénové 48 000 logements, dont 22.000 détenus par des bailleurs sociaux, et 26 000 appartenant à des copropriétés privées. C’est la plus grande opération de rénovation énergétique en France. Nous travaillons beaucoup avec les grands acteurs de l’énergie, et je dois reconnaître que nous sommes bien accompagnés, à la fois par des entreprises publiques et privées.

Dans le cadre de notre plan climat élaboré avec Célia Blauel [adjointe à la maire de Paris chargée de la transition écologique, ndlr], nous développons la géothermie partout où cela est possible, ainsi que la récupération de chaleur des data centers, des égouts, du métro… Paris est en train de devenir une ville qui fait école, notamment parce que nous possédons de nombreux bâtiments anciens, soumis à des contraintes patrimoniales fortes. En matière d’efficacité énergétique, les bâtiments construits dans les années 1970 et 1980 sont ceux qui demandent le plus de travail.

Comment réagissez-vous devant le mouvement de révolte des gilets jaunes face à la hausse des taxes sur les carburants ?

J’ai toujours défendu une fiscalité écologique qui permette d’encourager la sortie de l’économie carbonée. Je suis évidemment pour une taxe carbone afin d’accélérer cette sortie et de rendre les économies renouvelables compétitives. Ce que je dénonce depuis longtemps, c’est que la France a probablement été l’un des pays les plus en pointe pour faire du diesel l’alpha et l’oméga de tout.

Il y a eu une stratégie voulue par les différents gouvernements, toutes tendances politiques confondues, soutenue par les industriels automobiles, pour favoriser le diesel. Ils ont été jusqu’à nous empêcher de mesurer les particules fines et leur impact sur la santé. On sort de vingt ans de mensonges aux Français.

La vérité, c’est que le diesel pose de vrais problèmes de santé, que les déclenchements de maladies sont exponentiels. Je me souviens qu’en 2014, lorsque j’ai annoncé la sortie du diesel, je m’en suis pris plein la figure, et jusqu’à encore très récemment, par les défenseurs de cette motorisation. Aujourd’hui, c’est une nécessité admise par tous. Je suis pour l’alignement de la fiscalité du diesel et de l’essence, mais il faut absolument accompagner les ménages dans cette transition. Lorsque j’ai décidé la sortie du diesel à Paris, j’ai mis en place un échéancier, des incitations financières sur les mobilités électriques, le remboursement d’une partie du pass Navigo pour ceux qui acceptent de se passer d’une voiture.

Fiscalité verte : le gouvernement à l'épreuve des « gilets jaunes »

La France se prépare à vivre un samedi de blocage, initié par des citoyens qui protestent principalement contre les coûts du carburant. Le gouvernement a fait des annonces pour tenter d’apaiser la grogne sociale.

 

La Tribune

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