Jean-Paul Chanteguet: «Fabius doit rester à son poste en 2016 pour l’après COP21»

Jean-Paul Chanteguet

L’après COP21 sera une période cruciale, selon le président de la Commission environnement de l’Assemblée nationale, qui souhaite que le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, continue sa mission en 2016.

Jean-Paul Chanteguet est président de la commission Environnement de l’Assemblée nationale et député socialiste de l’Indre.

Vous avez proposé une résolution à l’Assemblée nationale sur la COP 21. Quel est le sens de ce genre de contribution à quelques jours du début de la conférence ?

Nous représentons les territoires. Or, la lutte contre le changement climatique sera mise en œuvre par les collectivités locales, les entreprises et la société civile.

À ce titre, nous demandons à la France de revoir son ambition à la hausse pour l’après COP21. Jusqu’au 11 décembre, la priorité est de créer un consensus pour trouver un accord global. La France est dans le rôle du facilitateur. Mais ensuite, le niveau d’ambition devra évoluer, et nous proposons des pistes en ce sens.

Quelle forme doit prendre cette nouvelle mobilisation ?

L’accord de Paris s’appliquera à partir de 2020. Si nous perdons les 4 ans qu’il nous reste, nous perdrons la guerre contre le changement climatique ! Il faut que les initiatives continuent à être portées par la France qui a de facto le leadership. D’ailleurs, je souhaite que Laurent Fabius reste à son poste de ministre des Affaires étrangères pour endosser cette responsabilité, la communauté internationale ne comprendrait pas qu’il puisse en être autrement.

Quelles sont les priorités pour que l’après-COP soit un succès ?

Il faut que la France trouve des ressources pour financer l’aide climatique qu’elle a promise, notamment en matière d’adaptation. Sur ce sujet, il est hors de question de faire des prêts, ce sont de dons dont les pays en développement ont besoin. Le président Hollande l’a précisé en septembre dernier à la tribune de l’ONU. Or si nous ne trouvons pas des ressources propres pour financer l’adaptation, nous ne serons pas en mesure d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2.

La fusion annoncée entre l’Agence française de développement (AFD) et la Caisse des Dépôts et des consignations (CDC) va pourtant dans le sens inverse…

Oui, on rapproche l’AFD, qui est un établissement financier, de la CDC, pour renforcer ses fonds propres et augmenter ses capacités de prêts. Mais l’urgence est aux dons. Pour cela, il faut que la Taxe sur les transactions financières (TTF) devienne réalité, pour l’instant elle n’est que théorique, mais elle pourrait rapporter 1,4 milliard d’euros. Et il faut s’assurer des ressources importantes avec les enchères de quotas sur le marché du carbone. Mais pour cela il faut que les prix du CO2 soient plus élevés.

L’UE a décidé de mettre au placard une partie des quotas du marché du carbone ; pensez-vous que ce soit suffisant ?

On a un signal prix qui ne veut rien dire. À 8 euros par tonne, il est bien trop faible. Même en France, avec la contribution énergie-climat, nous avons fixé un prix du carbone plus élevé : 22 euros en 2016, 30,50 euros en 2017 et jusqu’à 100 en 2030. Cela nous donne une trajectoire, mais il faut établir de la cohérence entre le niveau européen et les politiques nationales.

Nous proposons de mettre en place un couloir de prix, avec un prix plancher et un prix plafond, comme le proposait le rapport Canfin Grandjean, au niveau européen.

De nombreuses voix appellent à donner un prix au carbone. Est-ce possible au niveau international ?

Au niveau mondial, non. Mais il est possible de créer un club de l’avant-garde climatique, ce que nous proposons. Il s’agirait des pays les plus émetteurs, qui sont aussi ceux qui disposent d’un marché du CO2 : la Chine, les États-Unis et l’UE par exemple. Pour cela, il faut prendre des initiatives dès 2016. Il y a une mobilisation actuellement, il ne faut absolument pas qu’elle retombe !

La France a tenté de mobiliser ses alliés sur le climat, mais on voit que des pays comme le Qatar ne la soutiennent guère en évitant de s’engager à quoi que ce soit.

Le fait que les pays du Golfe s’engagent à ne rien faire du tout dans leur INDC, est très parlant. L’ensemble de la communauté internationale n’a pas intérêt à la lutte contre le changement climatique. L’erreur de départ a été d’enclaver le sujet du climat au sein de la case environnement, alors que c’est un sujet qui concerne l’énergie, l’économie, la géopolitique. Il faut repolitiser ces enjeux, et ne pas faire comme si tout le monde était d’accord pour s’investir dans cette lutte, ce n’est tout simplement pas le cas.

Qui doit prendre les rênes de la lutte contre le changement climatique ?

Il est temps de reconnaître le rôle des acteurs non étatiques au niveau des négociations. Il y a 4 enjeux de cette COP selon moi : le texte final, les engagements des pays (INDC), le financement, et l’agenda des solutions. Le plus important est sans doute le dernier.

Le processus onusien est à bout de souffle. La gouvernance climatique existe depuis plus de 20 ans, et le niveau de concentration du CO2 dans l’air continue de progresser. À mon sens, il faut institutionnaliser la participation des collectivités locales, des entreprises, des citoyens au processus de négociations : c’est la partie Agenda des solutions au sein de l’accord de Paris. La motivation est là, mais il faut trouver un moyen de coordonner les actions.

Plus d'information

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.