« Les principaux pollueurs devraient accorder des passeports climatiques »

Dirk Messner, directeur de l'Université des Nations Unies installée à Bonn

La question des migrations liées au changement climatique a fait irruption à la COP24. L’idée d’accorder des passeports aux citoyens des petites îles du Pacifique qui risquent de disparaître fait ses débuts.

Ancien directeur de l’agence allemande de développement, le professeur Dirk Messner dirige l’Université des Nations Unies de Bonn.

En quoi consiste cette idée d’accorder des passeports climatiques ?

Certains pays vont être dévastés par le changement climatique, à commencer par la montée des eaux. Les îles du Pacifique sont les premières concernées. Pour éviter qu’ils deviennent apatrides, nous suggérons que l’ONU soutienne l’idée d’un passeport climatique que les États pollueurs accorderaient aux réfugiés du climat. Quand votre territoire disparaît, vous perdez aussi votre citoyenneté. Et vos droits. C’est la première fois que cela arrive dans l’histoire, que des territoires disparaissent.

Comment est née cette idée ?

Il y a déjà de nombreux rapports disponibles sur le sujet, il y a eu des conférences au Vatican. Au conseil climatique allemand, nous nous sommes emparés de cette idée, et nous l’avons soumise au gouvernement. Le sujet est maintenant dans l’arène !

Comment l’UE réagit à cette proposition ?

C’est un sujet à controverse parce que nous avons des débats houleux sur le sujet des migrations en Europe, et nous savons que cela va empirer avec les réfugiés climatiques.

Notre suggestion n’est pas d’ignorer cela, ou d’aller vers une crise et de la gérer ensuite, nous avons besoin de mettre en place des actions préventives. Comme ce passeport climatique.

Qui devrait accorder ces passeports ?

Pour l’instant l’Australie et la Nouvelle-Zélande accordent quelques visas aux habitants des îles du Pacifique, mais c’est insuffisant.

Nous pensons que les pays qui ont le plus contribué au changement climatique doivent offrir la citoyenneté aux réfugiés. Les Etats-Unis, l’Europe et la Chine sont les plus grands responsables du changement climatique, donc ce sont eux qui doivent bouger en priorité, selon le principe du pollueur payeur.

Comment ce passeport fonctionnera-t-il techniquement ?

Nous faisons une analogie avec l’idée des passeports Nansen, accordés après la Première guerre mondiale aux apatrides. Plus de 50 gouvernements ont accepté l’idée de ces passeports de gens qui avaient perdu leur maison parce que les frontières avaient changé. Ils étaient devenus apatrides, une nouvelle citoyenneté leur a été proposé : c’est une situation comparable.

Combien de temps cela prendra-t-il  de mettre en place un tel passeport ?

C’est déjà un débat international, et j’espère que petit à petit, en réalisant que tous les États sont potentiellement affectés par cette question de migrations climatiques, les États rejoindront l’un après l’autre cette initiative.

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