«Nous devons protéger l’environnement, mais notre puissance économique aussi»

Peter Altmaier

Pour le ministre allemand de l’Économie et de l’Énergie, Peter Altmaier, rehausser les objectifs climatiques européens ne doit se faire sans savoir quels instruments seront utilisés pour leur mise en oeuvre.

Vous vous montrez optimiste pour l’année à venir. Avec le Brexit, la guerre commerciale américaine et la concurrence chinoise, nous devons vous demander : pourquoi êtes-vous si optimiste ?

C’est vrai. Il existe une insécurité au niveau international en ce qui concerne les relations commerciales. Cela a un effet néfaste sur l’économie allemande parce que nous dépendons fortement des exportations.

Au total, 51 % de nos produits industriels sont exportés, mais l’économie allemande est généralement robuste. Ces dernières années, nous avons créé de nouveaux emplois et les entreprises ont investi dans l’innovation.

C’est pourquoi je pense que ce ralentissement de la croissance peut être surmonté et qu’il y aura une forte croissance économique dans la seconde moitié de l’année.

La Chine continue d’étendre sa puissance économique en Europe. Est-ce le début de la fin pour l’UE en tant que communauté économique ?

Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour veiller à ce que l’UE soit à l’origine et non à la fin d’une success-story.

L’UE est la meilleure chose qui soit arrivée aux peuples d’Europe au cours des 200 dernières années. Cela signifie également que nous devons avoir davantage de discussions sur les politiques économiques. La stratégie chinoise de la nouvelle route de la soie s’attaque à un problème assez grave :

Comment traitons-nous avec les marchés asiatiques, où vivent des milliards de personnes ? Ces personnes veulent prospérer, consommer, acheter et vendre des produits avec l’Europe. Comment organiser les relations logistiques et commerciales pour que les produits soient transportés jusqu’aux populations.

Les Chinois l’ont peut-être compris avant nous, Européens. Nous avons présenté notre propre stratégie de connectivité UE-Chine l’année dernière. C’était trop tard ; les Chinois avaient été plus rapides que nous.

Nous avons maintenant la tâche, avec la Chine et d’autres pays de la région, comme le Japon, Singapour, la Malaisie et bien d’autres, de mettre en place un système de routes commerciales. Personne ne pourra discriminer, utiliser son pouvoir politique pour abuser ou imposer un commerce à sens unique. Au lieu de cela, nous voudrions que le commerce soit ouvert dans les deux sens pour les produits provenant de nombreux pays différents.

Tel est notre objectif. Nous avons eu des discussions très sérieuses lors des discussions sur la nouvelle route de la soie à Pékin. Et je pense qu’il est apparu clairement que ce projet chinois ne peut réussir que s’il est exempt de discrimination, s’il se plie au multilatéralisme, si les petits pays ne perdent pas leur indépendance en conséquence.

La Chine tente de rassurer l'UE sur ses projets d’infrastructure

« La coopération sur la nouvelle route de la soie entre dans une nouvelle phase », a promis l’ambassadeur chinois auprès de l’UE, qui regrette les réticences européennes face à ce grand projet d’infrastructure.

Depuis que vous avez présenté votre stratégie industrielle, vous avez reçu beaucoup de critiques. Quelle est votre réponse à ces critiques ?

La stratégie industrielle était importante parce que nous avons clairement défini nos intérêts économiques afin de prendre les bonnes mesures sans être à la merci des autres.

J’ai fait des suggestions provocatrices. C’était le but. Le débat se poursuit à ce sujet. Cela renforce en fait la validité de mes intentions.

Nous avons reçu beaucoup de soutien. Nous sommes parvenus à trouver une approche commune avec la France, mais il y a aussi des critiques, ce qui est tout à fait normal dans une démocratie.

En présentant ma stratégie, j’ai appelé à une discussion et à des propositions. Une stratégie finale sera élaborée sur cette base.

Beaucoup pensaient que les petites et moyennes entreprises (PME) étaient moins importantes pour moi parce qu’elles étaient mentionnées moins souvent. C’est un malentendu. Les PME sont très importantes pour moi. Je suis le « ministre des PME » de cette coalition.

L’Allemagne soutient-elle l’objectif proposé par la Commission d’être neutre en carbone d’ici 2050 ?

Depuis de nombreuses années, nous avons convenu de réduire les émissions de CO2 de 80 à 95 % d’ici à 2050. De nombreux pays éprouvent des difficultés à atteindre leurs objectifs d’ici 2020 ou 2030.

Et c’est pourquoi nous pensons que ces objectifs ne doivent pas continuer à se développer sans savoir s’ils peuvent être atteints. Nous devrions plutôt nous concentrer sur la réalisation de progrès en matière de protection du climat d’ici 2030. C’est sur cette base que nous devrions décider quel devrait être l’objectif final pour 2050.

Pour Juncker, l’objectif climatique pour 2030 est prioritaire

Pour Jean-Claude Juncker, l’UE devrait se concentrer sur les politiques climatiques pour 2030, « urgentes et immédiates », plutôt que sur la proposition pour 2050 avancée par huit États membres.

Je ne pense pas qu’il soit bon de toujours décider d’objectifs plus ambitieux sans savoir avec quels instruments nous pouvons atteindre ces objectifs. Nous devons protéger l’environnement, mais nous voulons aussi conserver notre force économique en Europe.

Et troisièmement, nous voulons nous assurer que ce que nous faisons est repris et mis en œuvre dans d’autres pays comme la Chine, l’Inde, les États-Unis, le Vietnam, l’Indonésie. Parce que les décisions en matière de protection du climat ne sont pas seulement prises en Europe, mais aussi là où les émissions mondiales sont importantes.

La Chine émet près de dix fois plus de CO2 que l’Allemagne, ce qui signifie qu’il faut discuter avec elle des mesures à prendre. La Chine a mis en œuvre le système d’échange de droits d’émission de l’UE. Il s’agissait d’une étape importante, pour laquelle je me suis fortement engagé en tant que ministre de l’Environnement.

Mais, même en Allemagne, tous les problèmes ne peuvent pas être résolus par le système d’échange de quotas d’émission. C’est pourquoi nous devons poursuivre les discussions sur les prochaines étapes à franchir.

Pouvons-nous atteindre l’objectif de l’UE d’atteindre une part de 32 % d’énergies renouvelables ? Dans l’affirmative, quelle sera la contribution de l’Allemagne ?

J’ai préconisé un objectif de 30 %. Nous nous sommes ensuite mis d’accord sur un compromis avec le Parlement européen. Nous ne pouvons pas dire avec précision, aujourd’hui, comment cela va évoluer, mais nous devons essayer d’atteindre cet objectif. D’ici à 2030, 65 % de l’approvisionnement énergétique de l’Allemagne sera assuré par des énergies renouvelables.

De manière générale, l’utilisation des énergies renouvelables n’est pas encore très élevée. C’est le cas dans le secteur du logement, des transports et de l’agriculture, où la part des énergies renouvelables est encore faible.

Nous investissons maintenant dans ce que l’on appelle des « laboratoires en conditions réelles » pour tester des mesures industrielles, telles que la transformation d’énergies renouvelables en hydrogène propre, avec lequel de la chaleur peut être produite, des voitures et des machines peuvent fonctionner.

C’est un processus très important parce que nous ne pouvons atteindre ces objectifs que si nous sommes plus innovants qu’auparavant. L’État doit miser sur les nouvelles technologies en soutenant une politique de recherche et développement intelligente.

Comment l’Allemagne atteindra-t-elle ses objectifs en matière d’émissions de CO2 pour les voitures ? Les constructeurs automobiles allemands sont-ils suffisamment ambitieux pour vos projets d’électrification ? L’Allemagne peut-elle mettre en œuvre l’infrastructure de recharge nécessaire ?

Nous investissons beaucoup dans l’infrastructure de recharge. C’est un processus que nous devons également envisager d’un point de vue européen, car nous devons veiller à ce que le conducteur français puisse recharger ses batteries en Sarre, au Luxembourg ou en Belgique sans difficulté bureaucratique, ce qui signifie que les cartes et les puces doivent être reconnues partout.

Le deuxième point est qu’en Allemagne et en Europe, il y aura de plus en plus de voitures électriques pour que les objectifs climatiques puissent être atteints. Pour cela, nous avons aussi besoin de batteries. C’est pourquoi, avec mon collègue français Bruno Le Maire, nous avons lancé une initiative pour une production européenne d’éléments de batterie.

Pour ce faire, nous avons formulé une demande pour le premier appel d’offres. Et j’espère que l’Europe prouvera qu’elle est capable, malgré les défis technologiques, de consolider sa position sur le marché mondial avec des produits intelligents et nouveaux.

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Pour faire face à une demande explosive en véhicules électriques, les fabricants de batteries, essentiellement asiatiques en dehors de Tesla, s’apprêtent à inonder le marché européen, où on riposte avec plusieurs projets d’envergure. Un article de notre partenaire, La Tribune.

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