Efficacité énergétique : traiter le problème à la source

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Les efforts de l'Europe pour améliorer son efficacité énergétique se sont jusqu'à présent surtout concentrés sur des mesures visant à améliorer l'efficacité énergétique dans les utilisations finales. La possibilité de réduire les immenses pertes lors de la production et de la fourniture d'énergie a cependant été largement ignorée.

L'attention portée à l'amélioration de l'efficacité énergétique dans les utilisations finales dans l'UE a mené à l'introduction de labels énergétiques pour les gros appareils électriques et à une suppression progressive des ampoules à forte consommation d'énergie.

Dans le cadre de la législation existante, le débat à Bruxelles se recentre sur de nouvelles façons d'encourager les Etats et les régions à envisager de traiter les problèmes de durabilité à la source plutôt que de se concentrer sur des mesures visant les consommateurs. Il s'agit de centrer les efforts sur l'offre.

Le système énergétique mondial consomme de plus en plus. GE Energy estime que sur un apport énergétique primaire total en termes de production électrique de 49 555 TWh, seuls 15 623 TWh d'électricité ont été fournies aux consommateurs de par le monde.

Il serait par exemple possible, pour améliorer la situation, d'encourager des méthodes plus écologiques pour générer de l'énergie, de soutenir les énergies renouvelables et d'aider les pays et les régions à améliorer leurs infrastructures, en rendant les centrales à charbon plus propres par exemple.

Les régions joueront un rôle majeur dans le changement du paysage énergétique de l'Europe, dans la mesure où ces acteurs infranationaux détermineront la combinaison de combustibles (pétrole, gaz, charbon ou énergies renouvelables) qui sera nécessaire pour assurer la sécurité énergétique et une croissance économique durable.

Se concentrer sur l'offre

Dans son Plan pour l'efficacité énergétique publié en mars 2011, la Commission européenne demandait aux Etats membres d'étendre leurs politiques relatives à l'efficacité énergétique pour couvrir non seulement la demande, mais aussi l'offre d'énergie en prenant également en compte les secteurs de la production et de l'approvisionnement.

« Malgré les progrès réalisés, nos estimations montrent qu'une nouvelle initiative décisive et coordonnée est nécessaire en matière d'efficacité énergétique, sans quoi l'UE n'atteindra pas son objectif des 20 % d'économies d'énergie d'ici à 2020 », a déclaré le commissaire à l'énergie, Günther Oettinger, lors de la présentation du plan.

Les politiques énergétiques nationales ne devraient pas uniquement s'intéresser à la manière dont l'énergie peut être efficacement consommée, mais aussi à la manière dont elle peut être efficacement produite, argue la Commission.

« Il faut construire de nouvelles capacités et infrastructures de production pour remplacer les équipements vieillissants et satisfaire la demande. Il est important de veiller à ce que l'efficacité énergétique soit prise en compte et que les nouvelles capacités reflètent la meilleure technologie disponible (MTD), peut-on lire dans le document.

Si les progrès se révélaient insuffisants, la Commission a affirmé qu'elle n'hésiterait pas à proposer une législation exigeant des Etats membres qu'ils s'assurent que leurs installations de production d'énergie utilisent les MTD. 

Méthodes de production plus propres et nouvelles technologies

Quelque 30 % de la consommation d'énergie primaire sont consommés par le secteur énergétique, à la fois pour transformer l'énergie en électricité et en chaleur et pour la distribuer.

L'exécutif européen s'est engagé à tenter de trouver une solution pour récupérer les pertes de chaleur provoquées par les processus de production électrique et industrielle.

« Le potentiel d'économies de l'énergie non utilisée est loin d'être épuisé et pourrait couvrir une part considérable des besoins en énergie thermique de l'Europe », peut-on encore lire dans le Plan pour l'efficacité énergétique, qui mentionne la nécessité d'utiliser davantage des techniques telles que la cogénération, les chauffages et la climatisation urbains, ainsi que les systèmes de production combinée de chaleur et d'électricité afin d'aider l'Europe à atteindre ses objectifs.

La Commission renforcera également la base permettant aux régulateurs nationaux des réseaux de tenir compte de l'efficacité énergétique dans leurs décisions et dans le suivi de la gestion et l'exploitation des réseaux et marchés du gaz et de l'électricité.

Le plan stipule que les priorités en termes d'efficacité énergétique devraient également être reflétées dans les normes et tarifs des réseaux.

Une analyse de Delta Energy & Environment comparant les avantages en termes d'économie d'énergie primaire des mesures sur l'efficacité basées sur l'offre avec les mesures basées sur la demande au Royaume-Uni et en Pologne a révélé que les avantages des mesures fondées sur l'offre étaient comparables à ceux des mesures fondées sur la demande.

En France, au Royaume-Uni et en Pologne, Delta estime que les mesures fondées sur l'offre pourraient contribuer à 32 % de l'objectif global de la réduction de 20 % des émissions de carbone et à hauteur de 26 % s'agissant de l'objectif qui vise une réduction de 20 % de la consommation d'énergie primaire.

De nombreuses technologies disponibles

Les méthodes de production plus propres et les nouvelles technologies pourraient permettre de gagner en efficacité et potentiellement mener vers une production d'énergie plus durable. Il s'agit notamment de :

  • Opérer un changement dans le secteur énergétique européen, en passant du charbon au gaz naturel par exemple.
  • Optimiser l'efficacité des centrales électriques du continent.
  • Produire de manière combinée chaleur et électricité (CCE ; voir le LinksDossier d'EURACTIV), soit à petite échelle dans des projets résidentiels, soit à plus grande échelle dans des installations industrielles.
  • Développer les technologies liées aux réseaux intelligents, ce qui pourrait influencer le comportement des consommateurs en fournissant des données continues sur la consommation d'énergie des bâtiments (voir le LinksDossier d'EURACTIV). 

Les réseaux et compteurs intelligents serviront de base à l'élaboration d'appareils intelligents, comme des congélateurs qui dégivrent la nuit, lorsque l'électricité est moins chère.

Les technologies intelligentes peuvent détecter les problèmes de chauffage, de climatisation et des systèmes de gestion d'énergie de manière précoce en fournissant des données accessibles dans les bâtiments résidentiels ou commerciaux. Elles sont également essentielles aux systèmes électriques à faible émission de carbone nécessaires à l'existence d'une plus grande part d'énergies renouvelables dans le bouquet énergétique européen et à la démocratisation des voitures électriques.

La feuille de route 2050 de la Commission pour une économie faible en carbone compétitive oblige les Etats membres à équiper au moins 80 % des consommateurs finaux en compteurs électriques intelligents d'ici 2020.

Mais même si l'équipement en réseaux intelligents est davantage abordé dans les cercles politiques européens, l'idée doit encore faire son chemin sur le continent et de nombreux Etats membres ne disposent pas encore, ou presque pas, du cadre nécessaire à leur développement.

Améliorer l'efficacité des centrales électriques

L'amélioration de l'efficacité des centrales électriques pourrait jouer un rôle crucial dans la transition vers une économie faible en émissions de carbone. La Commission européenne estime que l'industrie pourrait éliminer presque totalement les émissions de dioxyde de carbone d'ici 2050, alors que la part de technologies faibles en carbone dans le bouquet énergétique européen devrait passer de 45 % aujourd'hui à 60 % en 2020.

A long terme, les centrales électriques utilisant des combustibles renouvelables et d'autres options de combustion plus écologiques font partie de la solution, mais dans le même temps, il est également possible de prendre des mesures pour améliorer les performances des générateurs électriques existants.

La mise à niveau des technologies, le contrôle des performances et la réduction du nombre de fois où une centrale est mise en route et arrêtée sont trois manières d'améliorer l'efficacité d'une centrale électrique. S'agissant des mises à niveau des technologies, on parle notamment de nouvelles façons de minimiser les fuites et les pertes, ce qui pourrait améliorer le rendement des turbines.

Toutefois, la logique économique inhérente à l'amélioration des centrales existantes n'est pas toujours claire : ni le fonctionnement des marchés de l'électricité en Europe, ni le prix du carbone ne sont suffisants pour encourager les propriétaires de centrales à investir dans ces améliorations.

En outre, les pertes d'efficacité ne sont bien souvent pas identifiées et restent donc irrésolues. Actuellement, le marché fonctionne sur la base des coûts plutôt que sur la base de l'efficacité énergétique ou de celle relative aux émissions de carbone.

En Europe de l'Est surtout, les régions pourraient réduire leurs émissions de carbone et améliorer leur efficacité énergétique en remplaçant les générateurs à charbon vieillissants avec de nouvelles turbines à gaz à cycle combiné, sans devoir pour cela construire de nouvelles centrales.

Les centrales à charbon émettent deux fois plus de CO2 par kilowattheure de génération que les turbines à gaz. L'efficacité opérationnelle d'une centrale munie d'une nouvelle turbine à gaz à cycle combiné est d'environ 50 %, alors que celle d'une centrale à charbon de 25 ans n'est que de maximum 35 %.

La Pologne, où l'électricité est principalement générée grâce au charbon (plus de 90 %), est un bon exemple de ce problème. La majorité des centrales électriques polonaises ont plus de 30 ans, seulement 7,5 gigawatts sont produits par des centrales de nouvelle génération depuis 1990, et toutes fonctionnent au charbon.

Une étude réalisée par Delta laisse entendre que le passage du charbon au gaz serait avantageux pour l'économie polonaise, tout en permettant au pays de réduire son empreinte carbone de marnière efficace : par exemple, la construction d'une centrale électrique à turbines à gaz à cycle combiné générerait environ 3 500 nouveaux emplois dans les secteurs de la construction, de l'opération et de la maintenance.

En attendant, la région polonaise de Basse-Silésie, où il est difficile de construire des fermes éoliennes, prévoit de construire de nouvelles centrales de biogaz pour remplacer les anciennes infrastructures au charbon.   

Initiatives régionales

Les régions européennes sont bien placées pour transformer les engagements politiques pris au niveau européen et national en action concrète.

Les programmes de financements novateurs, les contrats de performance énergétique, les marchés publics et les certificats verts aideront les régions à atteindre leurs objectifs en matière d'économies d'énergie.

En Suisse, par exemple, le canton de Valais a mis en place un programme de relance économique visant des améliorations de l'efficacité énergétique et la production d'énergies vertes. En Hongrie, la région de Békés se concentre sur la sécurité énergétique en allouant des fonds à des projets d'importance stratégique, comme l’achat de gaz.

Ce genre de projets prouve qu'il est possible de combiner technologies énergétiques et dynamique macro-économique, et que les économies d'énergie donnent lieu à des économies budgétaires.

L'industrie locale peut aussi prendre part à des accords pour tenter de remplir les conditions nécessaires à sa participation au système d'échange de quotas d'émission de l'UE.

Les régions établissent également de nouveaux partenariats pour optimiser les ressources disponibles dans l'Union européenne. Certaines d'entre elles ont par exemple créé des agences régionales spéciales pour la conversion énergétique afin de fournir des informations et d'assurer le soutien des parties prenantes du secteur de l'énergie.

La Commission européenne reçoit quelque 60 demandes par an de la part d'autorités publiques souhaitant mettre sur pied des agences énergétiques régionales.

Ces agences s'assurent que les différentes caractéristiques territoriales sont prises en compte lors de la transposition des politiques énergétiques de l'UE dans le droit national. Elles ont également pour objectif d'encourager la coopération et le dialogue entre les acteurs publics et privés sur les projets écologiques ou liés au développement durable.

« Dans ce contexte d'incertitude concernant la capacité d'autofinancement de ces agences, l'Union européenne devrait envisager d'augmenter les financements via le programme « Energie intelligente pour l'Europe » ou les aider à mettre sur pied des partenariats grâce auxquels les agences pourraient créer des activités rentables », argue Michèle Sabban, la présidente de l'Assemblée des régions d'Europe (ARE), le plus grand réseau indépendant de régions en Europe. 

Soixante-dix-sept pour cent des 67 régions qui ont fait l'objet d'une étude réalisée par l'ARE utilisent déjà leurs propres stratégies environnementales. Ce faisant, ces régions peuvent contribuer au développement d'une économie faible en carbone en créant des milliers de nouveaux emplois, de nouvelles compétences et des pôles d'activités économiques essentiels pour que des investissements soient faits dans les infrastructures.

Les regards se tournent vers Bruxelles

Bruxelles, dans le même temps, joue un rôle crucial dans l'encouragement des régions à adopter des politiques plus écologiques.

« Lors que nous établissons notre stratégie énergétique, nous regardons ce que fait Bruxelles, puis ce que fait Berlin. Il y a deux ou trois ans, Berlin ne disposait pas de sa propre stratégie énergétique », a expliqué Karl Greissing, directeur et chef du département de politique énergétique et de construction dans le land allemand Bade-Würtemberg.

Ce Land soutient le développement de 100 « villages bioénergétiques ». Le village de Mauenheim, par exemple, disposait déjà d'une centrale biogaz produisant de l'électricité et du chauffage, mais les pertes de chaleur n'étaient pas récupérées.

« Nous avons aidé le village à récupérer cette perte de chaleur. Ils économisent à présent 300 000 litres de pétrole par an. Au prix actuel du pétrole (90 cents le litre), cela revient à plus de 270 000 euros d'économies, et cet argent reste dans la région », a affirmé M. Greissing.

Le Bade-Württemberg fait également des progrès s'agissant d'augmenter la part des énergies renouvelables pour l'électricité et le chauffage, une amélioration que l'on attribue au fait que le Land a établi ses propres objectifs concrets.

« Dans ces deux domaines, nous avons des objectifs réels. Dans les domaines de notre stratégie, nous ne disposons pas d'objectifs. Par exemple, pour la recherche sur l'énergie, il est difficile d'établir des objectifs exacts. Nous dépensons de l'argent pour la recherche, mais les résultats sont difficiles à quantifier », a précisé M. Greissing.

L'argent alloué aux régions européennes dans le cadre des fonds structurels joue un rôle crucial s'agissant de les aider à financer des projets bénéfiques pour l'environnement.

« Ces fonds restent essentiels pour le verdissement de nos territoires, le développement de sources propres d'énergie et des énergies renouvelables », a déclaré Mme Sabban, la présidente de l'ARE, soulignant que cela était particulièrement vrai pour les nouveaux membres et pays candidats d'Europe centrale et orientale, « pour lesquels les fonds structurels offrent une possibilité inexistante auparavant ».

Toutefois, elle a déclaré que les critères d'éligibilité pour ces fonds manquaient de clarté et qu'il n'existait pas suffisamment d'informations sur l'importance relative des différents critères lors de la procédure de sélection, ce qui augmentait fortement la charge de travail pour les administrations régionales.

Mme Sabban a également affirmé que la communication sur les nouveaux instruments financiers rendus disponibles par la Commission européenne et la Banque européenne d'investissement (BEI), à savoir Jessica, Jaspers et Elena, était insuffisante. « Ces instruments restent très largement méconnus », a-t-elle argué.  

Innovation et emplois verts, acceptation de la population

Davantage de travailleurs seront nécessaires pour construire ces nouvelles infrastructures. Aujourd'hui, il existe moins de la moitié des 2,5 millions de travailleurs qualifiés dans la construction qui seront nécessaires d'ici 2015, selon la Commission, pour construire et remettre à neuf les maisons et bureaux afin de les rendre efficaces en termes de consommation d'énergie.

Certaines régions affichent déjà clairement leur souhait d'améliorer leur efficacité énergétique. Il s'agit notamment de la Styrie en Autriche, où le projet DaWindSchi a pour objectif de convaincre les habitants des avantages de l'énergie éolienne en utilisant les infrastructures de ski existantes pour améliorer l'intégration non intrusive des fermes éoliennes dans le paysage.

D'autres régions autrichiennes développent des communautés durables en remettant des certificats énergétiques à ceux qui enregistrent les meilleures performances environnementales.

Dans le même temps, une politique de gestion des terres bien conçue a permis à la province néerlandaise du Flevoland de surmonter la réticence de la population face aux fermes éoliennes. Le Flevoland dispose également d'un programme de financement pour les innovations techniques et environnementales.

Les autorités des Açores au Portugal et du sud du Danemark ont créé des « clusters d'énergie » pour stimuler la réflexion.

Au Royaume-Uni, l’Hampshire souhaite mettre sur pied sa propre entreprise énergétique pour vendre de l'électricité au réseau national. Cette région prévoit de ne plus émettre de carbone d'ici 2050.

Le conseil régional investit pour pouvoir produire son propre chauffage pour les bâtiments publics, les écoles et les hôpitaux dans les villes de Basingstoke et de Winchester, ainsi que pour revendre les excès d'électricités. Le chauffage sera produit grâce à un générateur au gaz et ensuite converti en biocarburants.

Toutefois, avant que tout cela puisse être réalisé, l’Hampshire doit établir une entité juridique avec une structure gouvernante, recevoir les autorisations réglementaires et faire des demandes de subventions et de prêts.

La région a également envisagé de demander de l'aide au Mécanisme européen d'assistance à l'échelle locale dans le domaine de l'énergie (ELENA), mais elle s'est rendu compte que cela demanderait trop de temps et de travail administratif.

« Les difficultés et les délais sont tels qu'avant qu'il y ait un accord, il sera trop tard. Il y a trop de tracasseries administratives », a expliqué Mel Kendal, conseiller dans l’Hampshire et membre de la commission sur le changement climatique de la région.

Encourager la recherche...

La recherche devrait également jouer un rôle primordial dans la découverte de nouvelles solutions pour relever les défis liés à la consommation comme à la production. Les efforts de l'UE en la matière sont illustrés par le plan stratégique européen pour les technologies énergétiques (SET) et par le Programme-cadre pour la recherche, qui ont jusqu'à présent financé 200 projets avec une contribution totale d'un milliard d'euros.

En France, par exemple, un projet de lutte contre l’effet de serre et pour le développement durable dans la région Midi-Pyrénées, connu sous l'acronyme PRELUDE II, dispose d'un budget total de 48 millions d'euros sur sept ans (2007-2013).

Ce projet a pour but de promouvoir l'efficacité énergétique et de développer des sources d'énergies renouvelables en fonction des ressources de la région (solaire, bois, éolien et géothermie), ainsi  que de modifier le comportement des consommateurs et de l'industrie.

Cependant, le projet a dû surmonter des obstacles et a encaissé des retards dès le début, ce qui prouve que traduire des objectifs ambitieux en plans concrets, réalisables et adaptés aux différents secteurs n'est pas facile.

« Il existe de nombreux critères dans ce programme, avec les pouvoirs adjudicateurs, etc. En plus, dans chaque domaine, les subventions sont allouées de manière différente. Il existe dès lors un problème, qui ne doit pas devenir un obstacle, en termes de communication, d'information, d'aide de départ, etc. », explique Françoise Dedieu-Casties, vice-présidente de la région Midi-Pyrénées chargée du développement durable et de l'environnement.

L'incertitude qui règne sur l'avenir des financements européens pour la période post-2013 signifie que de nombreux aspects du programme devront bientôt être renégociés, a ajouté Mme Casties. « Nous ne nous considérons pas comme un modèle », a-t-elle ajouté.

... et rénover les bâtiments

La construction de nouveaux bâtiments en Europe et la rénovation des anciens pourraient permettre d'améliorer substantiellement l'efficacité énergétique et de réaliser beaucoup d'économies.

Le Plan pour l'efficacité énergétique de la Commission se concentre sur des instruments voués à encourager la rénovation des bâtiments publics et privés et à améliorer la performance énergétique des équipements.

Cette proposition, dévoilée en mars 2011, comprend des projets voués à exiger des autorités publiques qu'elles restaurent au moins 3 % de leurs bâtiments chaque année, environ le double du pourcentage actuel.

Mais dans de nombreuses régions, le manque de formation des architectes, des ingénieurs, des auditeurs, des artisans et des techniciens entrave la progression du projet.

Environ 1,1 million de travailleurs qualifiés sont disponibles aujourd'hui dans l'UE. C'est moins que la moitié du nombre de personnes qui, selon la Commission, seront nécessaires d'ici 2015.

Pour améliorer la formation, la Commission a lancé le programme « Renforcement des compétences : initiative en faveur d'une main d'œuvre du bâtiment durable » pour aider les Etats membres à évaluer, développer et soutenir le développement des formations.

Dans le même temps, plus de 2 000 villes se sont portées volontaires pour mettre en oeuvre des mesures liées à l'énergie durable via la Convention des Maires, soutenue par l'UE, qui comprend l'initiative intitulée « villes et communautés intelligentes ». Celle-ci souhaite développer le cadre européen d'excellence dans des solutions énergétiques innovantes, efficaces, et à faibles émissions de carbone.

L'Europe regorge de bonnes idées mises en place par certaines de ses régions, mais il reste à voir si les autres pourront tirer profit de ces expériences et aider l'UE dans son ensemble à atteindre ses objectifs d'efficacité énergétique.

« Il faut construire de nouvelles capacités et infrastructures de production pour remplacer les équipements vieillissants et satisfaire la demande. Il est important de veiller à ce que l'efficacité énergétique soit prise en compte et que les nouvelles capacités reflètent la meilleure technologie disponible (MTD), peut-on lire dans le Plan 2011 de la Commission européenne pour l'efficacité énergétique.

« Toutes les prévisions suggèrent une augmentation de la demande européenne en électricité au cours des prochaines décennies, sans prendre en compte l'efficacité attendue du côté de la demande et les bénéfices tirés de la préservation des ressources naturelles. C'est dans ce scénario que la redynamisation des opportunités liées à l'offre ou à la génération d'énergie électrique plus efficace en termes de ressources peut être considérée comme un impératif stratégique pour l'Europe, a déclaré Ricardo Cordoba, président de GE Energy pour l'Europe occidentale et l'Afrique du Nord.

« De nombreuses options techniques et fondées sur l'offre sont des technologies prouvées, rentables et déjà fiables sur le marché. Mais leur potentiel reste totalement à réaliser », a ajouté M. Cordoba.

Les ménages doivent s'attendre à une augmentation de leurs factures d'électricité, dans la mesure où l'Europe passe à l'énergie propre et les réseaux électriques sont progressivement remplacés par de nouveaux réseaux « intelligents », a expliqué Bob Gilligan, vice-président de « Digital Energy » chez GE Energy Services, lors d'un entretien accordé à EURACTIV.

« La bonne nouvelle, c'est que les compteurs intelligents devraient bientôt permettre [aux consommateurs] de mieux gérer leur facture », a précisé M. Gilligan. « Ce que l'on ne dit pas, c'est qu'on le veuille ou non, d'énormes sommes d'argent devront être investies dans le réseau », a-t-il ajouté.

Pour les consommateurs, le fait de simplement fournir des informations en temps réel sur leur consommation a permis aux foyers de réduire de 3 % leur consommation d'énergie, sans autre automatisation, a expliqué M. Gilligan. « Si l'on automatise davantage les foyers, l'économie sera plus importante. Il s'agit alors d'une réduction de 9 ou 10 %. Mais l'information à elle seule est puissante », a-t-il affirmé.

Si les services publics font des économies, les consommateurs finiront par y gagner en termes de réduction de facture d'électricité. Mais ce n'est que la théorie, met en garde l'organisation européenne des consommateurs, le BEUC.

« Nous observons que les fournisseurs d'énergie installent des compteurs intelligents qui n'ont que des fonctionnalités limitées pour les consommateurs et qui permettent parfois uniquement un relevé à distance », a affirmé Johannes Kleis, responsable de la communication pour le BEUC.

« Ce genre de compteurs n'offre évidemment aucun avantage supplémentaire au consommateur et il pourrait même être découragé par cette technologie dans un premier temps. Si le secteur tire des avantages des compteurs intelligents, les consommateurs devraient également tirer profit de ces avantages, avec une facture d'électricité réduite par exemple », a-t-il souligné.

Karl Greissing, directeur et chef du département de politique énergétique et de constructiondans le Land allemand Bade-Würtemberg, a déclaré : « Au niveau fédéral, l'Allemagne dispose de nombreux programmes voués à améliorer l'efficacité énergétique. Les programmes pour les ministères fédéraux et les banques mettent beaucoup d'argent à disposition pour améliorer l'efficacité énergétique de l'industrie et des ménages ».

« Nous souhaitons améliorer l'efficacité en termes d'énergie primaire de 2 % par an et réduire notre consommation d'énergie, mais nous ne disposons pas de chiffres exacts », a expliqué M. Greissing.

« La production combinée de chaleur et d'électricité représente environ 10 % de notre production d’énergie. Nous voulons doubler ce pourcentage d'ici 2020. Le plus important, c'est que les énergies renouvelables représentent au moins 20 % de la production d'électricité. Pour l'instant, nous sommes à 14 % et ce n'est pas facile de passer de 14 à 20 % », a-t-il ajouté.

« Nous nous inquiétons à présent d'atteindre nos objectifs énergétiques de manière durable et écologique. L'énergie est le nouveau moteur pour cela », a expliqué Mel Kendal, conseiller dans l’Hampshire (Royaume-Uni) et membre de la commission sur le changement climatique du pays.

« Avec les bâtiments, nous pouvons avoir un impact important et il est vraiment possible de s'améliorer », a avancé Françoise Dedieu-Casties, vice-présidente de la région Midi-Pyrénées en charge de l'environnement et du développement durable.

« Notre approche est que lors de la construction ou de l'innovation, les matériaux utilisés doivent être meilleurs pour l'environnement ; il faut utiliser des sources d'énergie renouvelable, prendre en compte la qualité de l'air intérieur et la disposition du bâtiment, la taille de ses fenêtres ainsi que leur orientation », a ajouté Mme Dedieu-Casties.

Mieczys?aw Ciurla, directeur du département du développement économique dans la région polonaise de Basse-Silésie, a expliqué que sa région avait créé un « Programme économique régional » pour financer des objectifs concrets de sa stratégie énergétique, à savoir des projets sur l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, dont des centrales biogaz, des bioraffineries et des centrales hydroélectriques.

A la question de savoir quels étaient les plus grands obstacles que sa région avait à surmonter, M. Ciurla a répondu : « Les compétences : trouver des personnes avec le bon savoir-faire et les compétences adéquates pour faire fonctionner les centrales. Et les ressources : les communes devraient mettre en commun leurs ressources pour voir si ça vaut la peine de faire une demande, et s'il ne serait pas plus judicieux de construire une centrale biogaz ensemble plutôt que séparément ».

« En Pologne, la législation est très complexe pour les investissements dans ce domaine, alors qu'en Allemagne, les choses vont beaucoup plus vite. En Pologne, c'est très lent : la phase préparatoire pour la construction d'une centrale biogaz peut prendre jusqu'à deux ans », a-t-il ajouté. 

« Un bon programme sur l'énergie durable peut aussi être une bonne politique industrielle. Nous examinons les programmes sur l'énergie durable et les programmes de construction d'un large éventail de perspectives : l'une d'entre elles est le changement climatique. Mais il s'agit également de politique économique. Dans le secteur du chauffage par la biomasse, nous avons maintenant 6 000 emplois », a déclaré Christiane Egger, directrice adjointe de l'agence énergétique Upper Austria.

« L'efficacité énergétique est reconnue comme le moyen le meilleur marché et le plus rapide de réaliser des économies d'énergie tout en apportant d'importants avantages économiques à la société. Même si un capital initial est nécessaire pour financer les initiatives permettant d'économiser le plus d'énergie », selon EuroACE, l'alliance européenne des entreprises pour l'efficacité énergétique dans les bâtiments, qui déplorait cette année le manque de financements adéquats.

« Pour atteindre les améliorations nécessaires en termes d'efficacité énergétique si l'on veut atteindre les objectifs de 2020, il faut un financement privé, à savoir s'assurer que le marché dispose des bons encouragements pour investir, et des investissements publics, des mécanismes via lesquels les fonds publics peuvent être utilisés pour encourager l'efficacité énergétique, directement ou en attirant des capitaux privés.

  • Déc. 2002 : l'UE adopte la directive sur la performance énergétique des bâtiments
  • Oct. 2005 : la Commission européenne publie un Plan d'action pour l'efficacité énergétique, établissant l'objectif pour l'UE de consommer 20 % d'énergie en moins d'ici 2020.
  • 10 févr. 2009 : lancement de la Convention des Maires.
  • 23 avr. 2009 : la mise à jour de la directive sur les sources d'énergie renouvelable donne la priorité aux réseaux permettant l'utilisation d'électricité renouvelable.
  • 18 mai 2010 : l'UE adopte la refonte de la directive sur la performance énergétique des bâtiments.
  • 17 nov. 2010 : la Commission dévoile son nouveau paquet sur les infrastructures énergétiques et demande 200 milliards d'euros d'investissements dans les réseaux électriques d'ici 2020.
  • 3 déc. 2010 : les ministres de dix pays européens (Allemagne, Belgique, Danemark, France, Irlande, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède) signent un protocole d'accord visant le développement d'un réseau électrique offshore.
  • 18 jan. 2011 : Rainer Brüderle, ministre allemand de l'économie, demande l'expansion du réseau électrique pouvant absorber plus d'énergies renouvelables.
  • 31 jan. 2011 : le rapport d'étape de la Commission fait état de la nécessité de doubler les investissements en capitaux pour atteindre les objectifs de 2020 en matière d'énergies renouvelables.
  • 4 fév. 2011 : le tout premier sommet sur l'énergie à Bruxelles estime que la croissance verte requerra un réseau intelligent high-tech qui coûtera environ 200 milliards d'euros.
  • 8 mars 2011 : la Commission européenne adopte son Plan d'action pour l'efficacité énergétique 2011.
  • 21 juin 2011 : l'UE lance l'initiative « Smart Cities and Communities ».
  • 22 juin 2011 : la Commission européenne dévoile une nouvelle directive sur l'efficacité énergétique.
  • D'ici la fin 2011 : communication de la Commission sur la construction durable.
  • Printemps 2013 : rapport de la Commission sur les progrès à réaliser pour atteindre les objectifs de 2020 en termes d'efficacité énergétique.
  • 2020 : date butoir pour l'objectif de l'UE s'agissant de tirer 20 % de son énergie de sources renouvelables.
  • D'ici 2020 : au moins 80 % des consommateurs de l'UE devraient disposer de systèmes de compteurs intelligents.

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