Qualité de l’air dans les bâtiments

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Les restrictions sur le tabac et les scandales liés à l'amiante ont mis la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments sur le devant de la scène ces dernières années, ce qui a donné lieu à l'élaboration de politiques strictes vouées à limiter les dommages sur la santé. Même si le tabac demeure le premier problème sanitaire, les regards se tournent aujourd'hui également vers les « cocktails chimiques », les fumées toxiques issues du chauffage et de la préparation de nourriture, ou encore la moisissure et l'humidité causées par le manque de ventilation.

Les Européens passent environ 80 % de leur temps à l'intérieur, que ce soit chez eux, à l'école, au travail ou dans les transports en commun.

Toutefois, si la pollution de l'air extérieur attire l'attention des dirigeants politiques, la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments ne fait pas souvent l'objet de grands débats.

Un récent projet d'étude financé par l'UE, intitulé Airmex (projet européen de surveillance de l'air à l'intérieur des bâtiments et d'évaluation de l'exposition), a révélé que les niveaux de nombreux polluants atmosphériques nocifs étaient en réalité beaucoup plus élevés à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Une stratégie européenne sur la pollution de l'air extérieur a résulté en une directive sur la qualité de l'air ambiant, adoptée en 2008, qui définit pour la première fois des limites à l'échelle européenne pour les émissions de particules fines. Cette stratégie a également donné lieu à l'adoption de normes plus strictes concernant les émissions des véhicules et des camions, rassemblées sous la dénomination Euro 5 et Euro 6.

Selon la Commission européenne, 370 000 personnes décèdent prématurément en Europe chaque année à cause de maladies liées à la pollution de l'air, et 350 000 d'entre elles à cause de microparticules atmosphériques ou de poussières d'un diamètre inférieur à 2,5 micromètres (PM2,5), émises par les moyens de transport (voitures, bateaux, avions), l'agriculture et les petites usines.

Dans une évaluation à mi-parcours du plan d'action européen en matière d'environnement et de santé 2004-2010, la Commission cite les mesures anti-tabac comme faisant partie des plus grands succès en termes de contrôle de la qualité de l'air au niveau européen. Le Comité scientifique des risques sanitaires et environnementaux (CSRSE) a quant à lui fourni une évaluation des désodorisants.

L'exécutif de l'UE a affirmé qu'il souhaitait à présent s'atteler à la lutte contre la pollution de l'air à l'intérieur des bâtiments. Dans une déclaration annexée à la directive de 2008, la Commission a annoncé qu'elle envisageait des mesures vouées à réduire les émissions des chaudières et des chauffe-eau domestiques, ainsi que celles dégagées par les solvants des peintures, des vernis et des produits de retouche automobile.

Cependant, les règles de l'UE restent incomplètes et couvrent des domaines aussi variés que le règlement REACH de 2007 relatif à la législation sur les substances chimiques, la directive sur les produits de construction (DPC) ou la directive de 2000 concernant les valeurs limites pour le benzène et le monoxyde de carbone dans l'air ambiant.

En outre, Bruxelles semble moins enclin à se lancer dans de grandes initiatives environnementales. En réponse à une question posée par EURACTIV, un porte-parole de la Commission a déclaré que la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments ne relevait pas des compétences de l'Union européenne et que la responsabilité quant à cette question revenait principalement aux Etats membres.

Dans son évaluation à mi-parcours du plan d'action européen en matière d'environnement et de santé, l'exécutif de l'UE a expliqué que les futures actions concernant la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments se concentreraient sur l'information du public et des professionnels, l'échange des meilleures pratiques au niveau local et national et sur la coordination des politiques liées à cette question.

Selon les associations de promotion de la santé publique et les environnementalistes, cela revient à promettre de ne pas agir.

Bilan

En 2010, la présidence belge de l'UE a fait le point sur la législation actuelle en termes de qualité de l'air en Europe et a formulé des recommandations quant aux futures actions qui pourraient être entreprises à l'échelle européenne.

La France développe actuellement des indicateurs pour contrôler la qualité de l'air et peut se targuer d'un système obligatoire d'étiquetage des matériaux de construction. L'Allemagne, quant à elle, est en train de tester ce genre d'appareils, a noté la présidence belge. Les pays scandinaves ont plutôt opté pour un étiquetage volontaire des produits.

La Belgique souhaite à présent que ces initiatives soient mises en commun dans un cadre européen normalisé.

« Pendant longtemps, la qualité de l’air extérieur a fait l’objet de toutes les attentions », a déclaré Paul Magnette, le ministre belge de l'environnement. Il a précisé que les Européens passaient 80 % de leur temps en moyenne à l'intérieur.

De plus, la qualité de l'air est fragilisée par le renforcement de l’isolation des bâtiments et l’usage de certains produits irritants ou allergènes, a-t-il précisé, demandant à la Commission européenne de lancer une consultation publique (Livre Vert) pour explorer les différentes options qui pourraient permettre de résoudre ce problème.

Pour la Belgique, l'une des priorités est de réduire les émissions de polluants à la source, et donc dans les matériaux de construction, les produits ménagers, l'ameublement, les recouvrements de sols, etc.

Selon M. Magnette, pour y parvenir, l'UE doit établir des critères pour définir ce qu'est un « bon » air intérieur et établir une liste des substances prioritaires.

Des sources multiples de pollution de l'air intérieur

Même si ces objectifs sont louables, améliorer la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments pourrait se révéler plus facile à dire qu'à faire, dans la mesure où les sources de pollution sont multiples.

L'Observatoire français de la qualité de l'air intérieur et l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) ont dressé la liste suivante reprenant différentes sources de pollution :

  • L'extérieur : la pollution causée par les gaz d'échappement, la consommation d'énergie, les composants organiques volatils, etc. (voir le LinksDossier d'EURACTIV sur la stratégie européenne en faveur de la pureté de l'air). 
  • Les bâtiments et l'ameublement : les matériaux de construction, les décorations ou les meubles qui contiennent de la colle (formaldéhyde) ou d'autres composants volatiles.
  • Le chauffage : principalement les émissions de monoxyde de carbone issues des chauffages à gaz et des chauffe-eau.
  • Les allergènes animaux et végétaux : les chats, les chiens et les acariens, par exemple.
  • L'activité humaine : la fumée de cigarette, les fumées provenant des cuisines, les produits d'entretien, entre autres.
  • L'humidité et les moisissures : leur présence dans le bois, le papier, les tapis, la nourriture et les isolants peut causer de l'asthme ainsi que d'autres maladies respiratoires (voir le guide de l'EPA destiné aux cliniciens).  

Un récent projet d'étude financé par l'UE, intitulé Airmex (projet européen de surveillance de l'air à l'intérieur des bâtiments et d'évaluation de l'exposition), a révélé que les niveaux de polluants atmosphériques nocifs étaient beaucoup plus élevés à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Cette étude, publiée en février 2010, a démontré que les niveaux de benzène, un composé chimique cancérigène, étaient dangereusement élevés. L'exposition à ce composé serait plus importante que celle autorisée par les limites définies par l'UE en matière de qualité de l'air ambiant.

L'étude laisse également entendre que la sensibilité aux polluants atmosphériques à l'intérieur des bâtiments dépend d'autres facteurs propres à chaque individu, tels que le sexe, le stress et le bagage génétique.

Lutter contre l'exposition multiple : un nouveau paradigme

Dimitrios Kotzias, qui fait partie du Centre commun de recherche – l'organisme scientifique interne de la Commission européenne –, a expliqué qu'il était actuellement difficile d'évaluer l'impact des produits chimiques sur la qualité de l'air intérieur et sur la santé.

La difficulté réside dans le fait d'isoler les bâtiments face à un composé chimique ou à un ensemble de composés chimiques, ainsi que dans les niveaux de concentration et la durée d'exposition, a-t-il déclaré. « L'exposition à un seul composé ne reflète pas les risques réels pour la santé », a souligné M. Kotzias, ajoutant qu'il serait nécessaire de se concentrer sur l'exposition aux mélanges chimiques, ce qu'il qualifie d'« effet cocktail ».

M. Kotzias affirme qu'il serait nécessaire d'étudier les effets de l'« exposition chronique à faibles doses » à des contaminants de l'air dans des concentrations que l'on retrouve généralement en intérieur. Ces recherches, argue-t-il, devraient se concentrer sur les catégories de la population plus vulnérables, comme « les personnes âgées, les enfants et les personnes issues de milieux socioéconomiques défavorisés ».

« Un nouveau paradigme est nécessaire pour évaluer la manière dont l'exposition à vie à des facteurs environnementaux peut augmenter les risques de développer des maladies chroniques », explique M. Kotzias, plaidant pour une « approche mutipolluants » et l'établissement d'une « empreinte d'exposition humaine » qui impliquerait des estimations de l'exposition personnelle d'un individu sur une plus longue période.

Il suggère également que l'on se concentre sur les substances qui ne sont pas encore prises en compte comme les agents tensioactifs, les pesticides, la composition des particules présentes dans l'air et les espèces oxygénées réactives, connues sous le nom de « radicaux libres ».

Un projet de recherche financé par l'UE, intitulé INTERA, cherche à améliorer la compréhension de l'exposition de l'homme aux polluants atmosphériques dans le cadre domestique. Ce projet, financé en partie par le Conseil européen de l'industrie chimique (CEFIC), a pour objectif de mettre au point des méthodologies pour prévoir l'exposition aux contaminants chimiques à l'intérieur des bâtiments.

Le formaldéhyde et le benzène en haut de la liste des priorités

Malgré certaines réserves sur la complexité de l'évaluation des risques, M. Kotzias a déclaré que la Commission avait identifié trois catégories de produits chimiques prioritaires en termes de contrôle de la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments :

  • Première priorité : le formaldéhyde, le dioxyde d'azote, le monoxyde de carbone, le benzène et le naphtalène. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a ajouté le tétrachloroéthylène, le trichloréthylène et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (benzo(a)pyrène) à cette liste, ainsi que le gaz radon provenant du sol et pouvant pénétrer dans les maisons par des fissures dans les fondations ou par la fumée de cigarette.
  • Seconde priorité : l'acétaldéhyde, le styrène, le toluène et les xylènes.
  • Autres substances : l'ammoniaque, le delta-limonène, alpha-pinène.

Le formaldéhyde, cause de cancer, ainsi que le benzène, cause de leucémies et de maladies neurologiques, semblent être les substances pour lesquelles le plus d'inquiétudes sont exprimées (voir la liste complète des polluants de l'air à l'intérieur des bâtiments ainsi que leurs effets sur la santé de l'Observatoire français de la qualité de l'air intérieur).

Un autre projet de recherche financé par l'UE, intitulé Airmex, a enquêté sur la qualité de l'air dans les bâtiments publics et jardins d'enfants dans plusieurs villes européennes. Cette étude a révélé que la concentration en polluants dangereux, en particulier le formaldéhyde et le benzène, était la plupart supérieure à la limite sanitaire fixée.

Le formaldéhyde est souvent utilisé dans l'industrie du bois, qui utilise des résines à base de formaldéhyde pour fabriquer des planches ou du contreplaqué utilisés dans la fabrication de meubles ou de plancher.

La directive sur les produits de construction, qui date de 1988, est actuellement en révision et devrait désormais s'étendre au mobilier qui contient du formaldéhyde. 

Les risques pour la santé de l'exposition au formaldéhyde ont récemment été illustrés aux Etats-Unis. Dans le sillage des ouragans Katrina et Rita en 2006, l'Agence fédérale de gestion des situations d'urgence (FEMA) a fourni des caravanes et des mobil-homes aux personnes laissées sans abris suite à la catastrophe. Cependant, après avoir emménagé, certains ont commencé à se plaindre de difficultés respiratoires, de saignements de nez et de maux de tête persistants. On découvrit par la suite que des résines à base de formaldéhyde avaient été utilisées dans la fabrication de ces logements de fortune et que les niveaux de concentration de cette substance étaient supérieurs à ceux généralement enregistrés.

Toutefois, dans de nombreux secteurs manufacturiers, le formaldéhyde reste irremplaçable. « A cause de sa nature unique et versatile, le formaldéhyde ne peut pas être facilement remplacé dans de nombreux produits industriels et de consommation », explique l'American Chemical Industry Council, une organisation qui représente le secteur.

Un autre polluant prioritaire est le benzène, un dérivé du pétrole et cancérigène connu utilisé dans la production de caoutchouc, de lubrifiants, de médicaments, de détergents synthétiques, de pesticides, de solvants et de pétrole.

Même si son utilisation est très réglementée, l'exposition au benzène est courante aux Etats-Unis et cause en moyenne 10 000 décès par an, selon Benzene.org, un groupe de pression.

L'air intérieur contient généralement des niveaux plus élevés de benzène que l'air extérieur, note l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cela découle notamment du fait que le benzène pénètre dans les maisons via des sources extérieures, comme le trafic routier, les stations essence ou les gaz industriels. Mais il existe également des sources intérieures provenant de produits qui en contiennent, comme les colles, les peintures, les cires pour meubles et les détergents. Une autre source majeure de benzène est la fumée de tabac.

Selon l'OMS, réduire l'exposition au benzène impliquera de « réduire ou d'éliminer les activités humaines qui produisent du benzène, comme le fait de fumer des cigarettes, d'utiliser des solvants pour les loisirs ou le nettoyage, ou encore de construire des matériaux qui en rejettent ».

Aux Etats-Unis, l'utilisation du benzène comme solvant a été interdite il y a plus de 20 ans. Il est conseillé aux personnes qui travaillent dans des secteurs où le benzène est utilisé de porter des vêtements spécifiques ainsi qu'une protection pour les yeux afin de limiter l'exposition. Il s'agit notamment des travailleurs du secteur de la chimie, des peintres, des personnes travaillant dans les stations d'essence ou dans l'industrie du papier et des pâtes à papier (voir la liste complète).

Pour des maisons et des lieux de travail sains, le mot d’ordre : ventilation

S'assurer que les maisons, mais aussi les usines et les bureaux, soient bien ventilés serait la clé pour lutter contre les risques liés à la pollution de l'air à l'intérieur.

Dans les usines, l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail affirme que 19 % des travailleurs européens seraient exposés à des vapeurs toxiques durant un quart ou plus de leur temps de travail. Si les risques ne sont pas correctement gérés, l'agence précise qu'ils peuvent représenter un danger pour la santé des employés, avec des effets allant d'une irritation des yeux et de la peau à de l'asthme. Dans les cas extrêmes, une exposition prolongée peut également donner lieu à des cancers.

Les employeurs sont obligés par la loi de protéger leurs travailleurs des substances dangereuses et de leur apprendre à les manier prudemment, souligne l'agence.

Dans les bureaux, la ventilation s'opère souvent par l'air conditionné ou des systèmes de filtrage. Les concentrations de polluants dans l'air ambiant sont inférieures dans les pièces climatisées, comme c'est le cas dans les bureaux plus modernes ou dans les espaces publics, selon la Société européenne de pneumologie (ERS), une organisation qui rassemble des médecins, des scientifiques et des chercheurs dans le domaine des maladies respiratoires.

La volonté de réduire la consommation d'énergie porte atteinte à la qualité de l'air

D’un autre côté, l'air conditionné consomme beaucoup d'énergie, ce qui suscite d'autres problèmes. Par conséquent, la volonté de réduire la consommation d'énergie dans les maisons et les bureaux a eu un impact négatif sur la qualité de l'air intérieur.

Les nouvelles techniques de construction ont réduit le volume d'air qui passe à travers les murs, les fenêtres et les portes, causant des moisissures et augmentant la présence de polluants. Le syndrome du bâtiment malsain est une nouvelle expression qui désigne les conséquences liées à la mauvaise qualité de l'air, comme les maux de tête, la fatigue, les irritations nasales ou oculaires.

La Fédération européenne des associations de l'asthme et des allergies (EFA) affirme qu'une meilleure isolation empêche une bonne ventilation des maisons et des bureaux. « Les retombées positives pour le changement climatique et l'efficacité énergétiques risquent de constituer un obstacle, voir d'annuler les progrès réalisés en matière de QAIL [qualité de l'air à l'intérieur des locaux] », explique Susanna Palkonen de l'EFA.

« Nous sommes sur le point de fermer hermétiquement nos maisons et nos lieux de travail », met-elle en garde.

« C'est tout le problème avec la qualité de l'air intérieur : il y a des objectifs divergents, voire contradictoires », explique Loredana Ghinea du Conseil européen de l'industrie chimique (CEFIC).

L'importance de la ventilation est mentionnée dans la directive sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD). Mais cette directive n'établit pas de normes contraignantes pour la ventilation et la section sur la santé n'est pas appliquée, affirme M. Palkonen.

La Société européenne de pneumologie (ERS) explique que le problème est de savoir si les patients qui souffrent de maladies respiratoires devraient investir dans des systèmes de filtrage de l'air intérieur. Même si les avantages potentiels ne sont pas négligeables, elle explique que ce genre de solutions doit prendre en compte les coûts que ça entraîne, la consommation d'énergie ainsi que d'autres facteurs.

« La ventilation est l'une des options de gestion de la QAIL », confirme Mme Ghinea du CEFIC. « Toutefois, nous devons nous assurer que les lignes directrices sanitaires européennes pour la ventilation des maisons sont développées. En outre, nous devons faire très attention à ce que l'installation, la maintenance et l'utilisation des systèmes de ventilation soient adéquates afin de ne pas provoquer plus de dégâts ».

Un projet financé par l'UE, HealthVent, a pour objectif de travailler sur les lignes directrices européennes vouées à protéger la population des dégâts causés par une qualité d'air médiocre dans les écoles, les crèches, les bureaux, etc., tout en s'assurant que l'énergie soit utilisée efficacement.

« C'est remarquable », a déclaré Susanna Palkonen de l'EFA, concernant le projet HealthVent. Cependant, elle a précisé que ce genre d'initiatives ne serait pas traduit en politiques à moins d'un soutien important de la part des dirigeants politiques.

Les résultats du projet HealthVent devraient être présentés à la fin du mois de janvier 2013.

La Commission européenne semble réticente à l'idée de définir des normes pour la qualité de l'air intérieur, affirmant que cette responsabilité incombe principalement aux Etats membres.

« Il est important de d'abord préciser que la qualité de l'air intérieur n'est pas une compétence de l'Union européenne et que la législation et la réglementation qui régissent ces questions relèvent de la responsabilité des Etats membres », a expliqué Aikaterini Apostola, porte-parole du commissaire européen John Dailli, en charge de la santé et de la politique des consommateurs.

Dans le même temps, la pollution de l'air extérieur est régie par le droit européen et est de la responsabilité de la DG Environnement de la Commission, a ajouté Mme Apostola. « La Commission utilise la directive relative à la qualité de l'air, qui s'applique à la qualité de l'air extérieur, comme référence pour établir des lignes directrices non contraignantes sur la qualité de l'air intérieur pour les composés qui proviennent de l'extérieur », a-t-elle expliqué.

Mme Apostola n'a pas confirmé les affirmations de la présidence belge de l'UE à propos du lancement prochain d'une consultation publique (Livre Vert) sur la qualité de l'air intérieur, déclarant : « Après le Plan d'action européen en faveur de l'environnement et de la santé qui a couvert la période 2004-2010, la prochaine étape est d'évaluer ce qui a été fait ».

La qualité de l'air intérieur a été qualifiée de question clé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a publié des orientations sur l'humidité et la moisissure ainsi que sur les substances chimiques présentes dans les environnements intérieurs. En 2004, les ministres de la santé de la région Europe de l'OMS ont signé la déclaration de Parme, qui établit un Plan d'action pour l'environnement et la santédes enfants en Europe (CEHAPE).

Ce plan soulignait le besoin de fournir aux enfants un environnement intérieur sain dans les crèches, les écoles et les centres récréatifs publics. Les pays européens ont promis d'interdire la cigarette dans ces environnements d'ici 2015.

Genon Jensen, directrice exécutive de l'Alliance pour la santé et l'environnement (HEAL), une organisation sans but lucratif, a déclaré que les lignes directrices de l'OMS devraient être prises en compte dans un nouveau cadre européen sur la qualité de l'air intérieur.

 « L'Organisation mondiale de la santé recommande des objectifs sur la qualité de l'air intérieur qui permettraient de réduire significativement les risques pour la santé. En plus des découvertes résultant d'une importante étude financée par l'UE, elles apportent une base scientifique pour la mise en place de normes contraignantes en Europe dans le cadre d'un Livre vert sur la qualité de l'air intérieur. Ainsi, la Commission européenne pourrait réellement améliorer la santé publique », a-t-elle déclaré.

HEAL s'inquiète surtout de l'impact de la pollution de l'air intérieur sur la santé des enfants et rappelle que tous les pays de l'UE, ainsi que la Commission européenne, ont signé la déclaration de Parme en 2004.

 « Un Livre vert sur la qualité de l'air intérieur pourrait s'inspirer des dernières découvertes scientifiques et sur les recommandations de l'OMS pour des normes contraignantes en Europe. La population se montre de plus en plus enthousiaste à l'idée d'utiliser une politique environnementale européenne afin d'améliorer l'état de santé public », a affirmé Anne Stauffer, responsable des politiques chez HEAL.

La Fédération européenne des associations de l'asthme et des allergies (EFA) affirme qu'il est essentiel que l'UE ait une idée globale de la qualité de l'air intérieur. « C'est une question ordinaire de santé dans toutes les politiques », a déclaré Susanna Palkonen de l'EFA, soulignant que l'air intérieur est une question intersectorielle qui implique de nombreux domaines politiques, tels que la santé, l'environnement et la recherche.

De plus, la qualité de l'air à l'intérieur n'est pas uniquement un problème pour les personnes qui souffrent de maladies pulmonaires, insiste l'EFA. « Cette question concerne tous ceux qui respirent », a déclaré Mme Palkonen à EURACTIV. « Le précédent Plan d'action européen en faveur de l'environnement et de la santé prenait en compte la QAIL et d'importants projets ont été soutenus par l'UE et le groupe d'experts sur la qualité de l'air intérieur de la DG SANCO est né. Mais ça ne pourra pas aller plus loin à moins que cette question devienne une priorité politique », a expliqué Mme Palkonen.

En termes de priorités, Mme Pelkonen a déclaré que l'EFA placerait les systèmes d'étiquetage des matériaux de construction et des appareils de ventilation en premier. Elle a ajouté que cela nécessitait « une vision stratégique sur la QAIL ». L'exposition à la fumée secondaire est un autre « énorme défi » pour l'EFA qui soutient les propositions visant une interdiction totale de la cigarette sur le lieu de travail.

« La QAIL est une question complexe, mais ce n'est pas sorcier », a-t-elle déclaré.

La Société européenne de pneumologie (ERS), une organisation qui représente les médecins, les scientifiques et les chercheurs dans le domaine des maladies respiratoires, affirme que le problème le plus répandu en termes de qualité de l'air intérieur reste la fumée du tabac, ainsi que les autres sources intérieures (cheminées, chauffages au kérosène, produits de consommation) qui influencent la qualité de l'air bien plus que les polluants que l'on trouve à l'extérieur.

L'ERS affirme que ce problème est particulièrement grave dans les pays en développement, où les fumées issues de la préparation des aliments et de la production d'énergie dans les feux ouverts ou les cuisinières causent la mort de 1,6 million de personnes, ce qui fait un mort toutes les 20 secondes », souligne l'ERS.

En Europe, l'ERS souhaite que tous les lieux de travail bénéficient d'une bonne qualité d'air à l'intérieur des bâtiments, surtout dans les écoles. Selon la Société, « la mesure la plus simple et la plus efficace pour réduire la pollution de l'air intérieur serait de mettre en place une interdiction globale de fumer sur les lieux de travail et dans les espaces publics, surtout dans les écoles, les crèches et les garderies ». Les autres mesures possibles « vont de meilleures normes pour la construction et de lignes directrices pour la ventilation et les moisissures, au contrôle des sources de pollution, en passant par une politique sur les produits et par des systèmes d'étiquetage (construction et produits de consommation) ».

Christian Schaible, chargé des questions relatives aux substances chimiques pour le European Environment Bureau (EEB), une ONG, explique : « Il n'y a pas de limites officielles pour la contamination de l'air intérieur et ces cocktails chimiques dangereux peuvent donc monter jusqu'à des niveaux alarmants. La Commission doit commencer à prendre la qualité de l'air intérieur au sérieux ».

M. Schaible qualifie d'ailleurs les poussières contaminées de « problème sérieux ». « Une étude allemande a récemment révélé que de nombreux jardins d'enfants et crèches étaient contaminés par un niveau élevé de plastifiants dangereux. A haute dose, ces plastifiants, connus sous le nom de phtalates, modifient les taux d’hormones et causent des malformations congénitales ».

 

Les producteurs de phtalates ne sont pas d'accord et affirment que les applications en PVC souple fabriquées à partir de plastifiants phthalates à haut poids moléculaire (également connus sous le nom de phthalates longs), y compris les revêtements de sol et muraux, ainsi que les meubles, sont sans danger pour une utilisation dans tous les types d’environnements, y compris les jardins d’enfants. Le Conseil Européen des Plastifiants et Intermédiaires (ECPI), un groupe d'entreprises, explique qu’il est erroné de parler de « dégagement» ou de migration des phthalates. « Les plastifiants

phthalates sont étroitement liés au PVC, même dans le cas des particules abrasées qui peuvent être collectées sous forme de poussière […] La poussière ménagère n’est pas en corrélation avec les niveaux d'exposition pour les phthalates, et qu’elle n’est nullement indicative de la qualité de l'air intérieur. Toute proposition visant à interdire « tous les phthalates » qui ne repose pas sur des faits scientifiques doit être rejetée ».

Loredana Ghinea, du Conseil européen de l'industrie chimique (CEFIC), affirme que la première priorité, s'agissant de la pollution de l'air intérieur, est la fumée de tabac. « La fumée de tabac est tellement dominante, lorsqu'elle est présente, que la majorité des problèmes de QAIL dans ces maisons pourraient être résolus en éliminant cette source », a-t-elle déclaré à EURACTIV.

La pollution de l'air extérieur et les fumées qui résultent de la préparation des aliments arrivent en seconde et troisième position. « Il existe un consensus selon lequel deux tiers des maladies généralement associées à la QAIL sont causées par l'exposition à des particules fines qui proviennent principalement de l'air extérieur et de la combustion à l'intérieur de combustibles solides pour la cuisine et le chauffage », a expliqué Mme Ghinea.

« Arrive ensuite l'humidité dans les bâtiments, les bioaérosols qui proviennent de l'air extérieur, le radon, le monoxyde de carbone issu de sources de combustion intérieures et les composés organiques volatils qui viennent des produits de consommation ou des matériaux de construction ».

Toutefois, Mme Ghinea réfute l'idée selon laquelle les entreprises du secteur chimique ne veulent pas assumer leurs responsabilités. « Dans la mesure où nous sommes face à des millions d'environnements intérieurs complexes, je pense que nous devons examiner les facteurs qui ont une influence en parallèle par le biais d’une stratégie intégrée. Cela signifie que nous envisageons également les facteurs chimiques en fonction de leur impact potentiel sur la santé ».

Cependant, Mme Ghinea affirme qu'il est nécessaire que les dirigeants politiques agissent « proportionnellement aux facteurs respectifs en jeu ». Pour le formaldéhyde, notamment, elle souligne qu'il n'est pas le seul résultat de l'activité humaine, mais qu'il provient également de sources naturelles, comme les fruits pourris, les mégots de cigarette, ou encore la bière. « Le formaldéhyde est l'un des facteurs chimiques qui ont le plus d'impact sur la santé. La seule solution est de s'attaquer au problème et de trouver quelles sont les meilleures options », a-t-elle expliqué.

Camfil-Farr, une entreprise suédoise qui produit des filtres d'air et des solutions pour une meilleure qualité de l'air, affirme que la volonté d'isoler les maisons et les bureaux depuis les années 1970 a mené à une augmentation de la présence de contaminants et de moisissures à l'intérieur des bâtiments, causant des problèmes de santé aux occupants.

« La qualité de l'air à l'intérieur des locaux (QAIL) devrait être une préoccupation de santé publique. Par exemple, les individus vulnérables qui vivent près des routes, où la pollution de l'air causée par le trafic représente un risque important pour la santé, devraient lutter pour leur droit à respirer un air plus propre », explique l'entreprise. « Les médecins pourraient se révéler des alliés de taille dans ce combat. Nous devons accorder de l'importance à une QAIL saine. L'approche de Camfil Farr est claire : l'air propre devrait être considéré comme un droit de l'Homme ».

L'entreprise pense que des réglementations à l'échelle européenne sur la qualité de l'air intérieur permettraient d'améliorer l'état de la santé publique. Mais en l'absence de telles règles, elle explique que les normes existantes en matière de ventilation pourraient être revues pour améliorer l'état de santé tout en économisant de l'énergie. « En l'absence de normes générales pour les niveaux de qualité de l'air intérieur, la mise en place de normes sur la ventilation rencontre de plus en plus de succès auprès des dirigeants politiques pour lutter contre les problèmes de santé tout en maximisant le potentiel d'économies d'énergie », a déclaré Camfil.

 

  • 2001 : la Commission européenne lance le programme Air pur pour l'Europe (CAFE) qui établit un large éventail de mesures visant à réduire la pollution de l'air.  
  • 2004 : la Commission européenne adopte le Plan d'action européen en faveur de l'environnement et de la santé (2004-2010). L'action 12 du plan se concentre sur la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments.
  • 2005 : la Commission européenne adopte une Stratégie thématique sur la pollution atmosphérique qui se concentre sur l'air extérieur.
  • Mai 2007 : l'EU adopte les normes d'émissions Euro 5 pour les véhicules. La directive rend les filtres à particules obligatoires pour tous les véhicules afin de réduire les émissions de particules (voir le LinksDossier d'EURACTIV).
  • Avril 2008 : l'EU adopte la directive sur la qualité de l'air. Elle définit des limites de pollution pour les particules fines et étend la portée des lois sur l'air à de nouveaux secteurs, comme l'agriculture, les transports et les petites usines (voir le LinksDossier d'EURACTIV).  
  • Mars 2010 : les ministres européens de la santé et l'OMS adoptent la Déclaration de Parme sur l'environnement et la santé. Elle place la qualité de l'air intérieur et extérieur en troisième position dans les priorités vouées à protéger la santé des enfants en Europe.  
  • Déc. 2011 : Fin prévue du projet INTERA, qui vise à mieux comprendre l'exposition des personnes aux polluants de l'air à l'intérieur des habitations.
  • Début 2012 : la Commission présentera des propositions pour un nouveau programme d'action sur l'environnement qui fera suite au 6e Plan d'action pour l'environnement. Il comprendra des aspects liés à la santé.
  • Automne 2012: le projet Sinphonie fera des recommandations sur la qualité de l'air intérieur et les impacts sur la santé dans les écoles.

  • Fin janv. 2013 : le projet HealthVent devrait transmettre ses lignes directrices sur la ventilation en Europe, en prenant en compte l'efficacité énergétique.

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