La Pologne multiplie le refoulement d’activistes à la COP24

Svitlana Romanko, de 350.Org, dénonce l'arrestation de 14 représentants d'ONG depuis le début de la COP24

La Pologne a déjà refoulé 14 personnes provenant d’Europe centrale depuis le début de la COP24, dont deux membres de la délégation géorgiennes. Les ONG s’interrogent sur la légalité de ces interdictions d’entrer sur le territoire.

Plusieurs ONG ont tiré la sonnette d’alarme, lundi 10 décembre, après une série d’arrestations inquiétantes en Pologne, d’activistes venus participer à la COP24.

Entre le 13 novembre et le 10 décembre, 14 personnes ont été arrêtées ou momentanément détenues avant d’être refoulées hors de Pologne, dont une était encore privée de liberté le 10 décembre.

Les eurodéputés votent pour l'activation de l'article 7 contre la Pologne

Les eurodéputés se sont prononcés hier en faveur de l’activation contre la Pologne de l’article 7, qui vise à la sauvegarde de l’état de droit dans le pays.  Un article d’Euractiv Pologne.

Comme en France, le gouvernement a durci, sous prétexte de menace terroriste, le corpus juridique encadrant les possibilités de refuser aux étrangers l’accès au territoire polonais. Mais l’utilisation des possibilités de refoulement dépasse visiblement ce cadre. Selon 350.org, certains se sont vus menacés d’être interdits d’entrée dans la zone Schengen durant 5 ans, avant d’être reconduit vers un vol retour, ou arrêté et mis dans un train quittant le territoire.

Les nationalités visées sont des ressortissants d’Ukraine, de Georgie, du Kirghizstan, et de Russie.

« La Pologne utilise la répression pour réduire les gens au silence. Et comme par hasard à l’encontre de citoyens d’Europe centrale, où la situation politique est souvent tendue » dénonce Svitlana Romanko, coordinateur de la campagne 350.org pour l’Europe de l’Est, le Caucase et l’Asie centrale.

Selon elle, les régimes autoritaires comme la Pologne acceptent mal que la société civile s’empare du débat climatique, et milite pour les énergies renouvelables notamment. Les marches pour le climat ont été interdites à Katowice, pour raison de sécurité.

Selon le gouvernement polonais, qui a adopté une loi restreignant l’accès au territoire pour la période du 22 novembre au 16 décembre, comme la France, ou l’Allemagne avaient pu le faire avant elle lors de précédentes COP, les reconduites aux frontières se sont faites en toute légalité.

Le système d’information Schengen en question

« Pour entrer sur le territoire polonais, il faut avoir un passeport en règle et ne pas être inscrit sur Schengen Information System » précise un porte-parole du gouvernement à Euractiv. Selon les douanes polonaises, les personnes refoulées ne respectaient pas l’une de ces deux conditions. Le SIS recense les personnes de pays tiers à Schengen faisant l’objet d’alertes.

Un ressortissant georgien se trouve encore à l’aéroport de Katowice, et refuse de reprendre un vol dans l’autre sens.

La situation préoccupe le secrétariat de l’ONU, d’autant que certaines personnes refoulées étaient accréditées pour participer à la conférence, et certains Georgiens faisaient partie de la délégation officielle.

La légèreté du parti Pis au pouvoir en Pologne envers les libertés publiques en général interroge. La Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction à l’égard de la Pologne en 2017, qui reste dans l’impasse devant l’absence de consensus pour sanctionner financièrement le pays.

Existe-t-il des alternatives à l’article 7?

La Pologne et la Hongrie sont en froid avec Bruxelles. L’UE voudrait faire monter la pression en espérant faire réinstaurer l’état de droit dans ces pays, mais elle manque de moyens, selon Nicole Koenig, interrogée par Euractiv Allemagne.

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