18 pays européens soutiennent la neutralité carbone pour 2050

[Photo: Consilium]

L’Allemagne, la Grèce, l’Italie et la Slovaquie ont ajouté leur nom à la liste des pays européens favorables à la neutralité carbone d’ici à 2050, augmentant les chances de conclure un accord lors du sommet européen.

Les dirigeants européens pourraient donner leur bénédiction à une stratégie à long terme sur le climat lors du Conseil européen des 20 et 21 juin à Bruxelles.

18 des 28 États membres sont désormais prêts à soutenir la proposition de la Commission européenne pour un objectif de neutralité carbone pour 2050, selon des documents obtenus par Euractiv.

Lors du sommet de mars, ils n’étaient que huit pays, mettant ainsi en évidence une fracture entre l’est et l’ouest.

La ligne de fracture entre l'Est et l'Ouest persiste sur le climat

Des documents confidentiels rédigés en vue du Conseil européen révèlent une division est-ouest sur le climat. L’Allemagne se range du côté de la Pologne, la Hongrie, et la République tchèque qui refusent de s’engager pour la neutralité carbone d’ici à 2050.

La dynamique pourrait se poursuivre d’ici au sommet du 20 juin, où la stratégie de la Commission devrait se trouver en bonne place dans un programme principalement dédié à la distribution des hauts postes institutionnels.

La semaine dernière, tout laissait présager qu’aucun accord ne serait trouvé sur le climat. Un projet de communiqué du sommet, consulté par Euractiv, indiquait que les dirigeants européens allaient renvoyer la question à fin 2019, avec l’intention de finaliser un accord « début 2020 ».

L’Allemagne et l’Italie embarquent

Maintenant que Berlin souscrit à cet objectif, d’après la fuite d’un document de position, un feu vert au projet de la Commission semble plus plausible.

En mai, la chancelière allemande, Angela Merkel, avait reconnu que son pays était en faveur de l’objectif en principes, mais que plus de travail était nécessaire dans les détails. Mais l’ascension des Verts en Allemagne semble avoir accéléré l’approche tout en douceur d’Angela Merkel.

Même si Berlin s’engage dans cet objectif, sa position est de conclure un accord fin 2019 « ou au plus tard début 2020. »

Le pays rejoint ainsi les puissances économiques française, néerlandaise, espagnole, suédoise et britannique qui encouragent l’économie européenne à réduire les émissions de carbone à zéro net d’ici à 2050.

La Finlande, qui tiendra bientôt les rênes de la présidence tournante de l’UE, a récemment annoncé qu’elle visait des émissions nettes zéro d’ici à 2035 et voulait devenir un pays à bilan carbone négatif d’ici à 2050.

La Finlande veut éliminer ses émissions en 15 ans

Le nouveau gouvernement finlandais vise l’élimination des émissions de carbone d’ici 2035. Un message encourageant du pays qui prend la présidence d’une UE bloquée sur le climat en juillet.

L’Italie aussi a abandonné ses objections à ce que certains diplomates qualifient ironiquement de « plan Macron ». « Il est de la plus haute importance que l’UE poursuive des politiques respectueuses de l’environnement en promouvant et soutenant l’économie circulaire, et confirme son engagement envers l’objectif de neutralité carbone pour 2050 au plus tard », indique une note des autorités italiennes.

Le coin des sceptiques

Avec deux poids lourds en plus – l’Italie et l’Allemagne – et une large majorité de pays favorables à la stratégie 2050, les dirigeants européens sont désormais bien placés pour adopter la stratégie cette fin de semaine si tout se passe comme prévu.

« Se fixer un objectif climatique net zéro n’est pas sorcier », estime Sebastian Mang, militant pour l’énergie propre chez Greenpeace. « Pour éviter la plus grande menace pour l’humanité, nous devons complètement décarboner nos économies le plus vite possible – c’est un fait. La majorité des dirigeants européens l’a enfin compris. »

Ils doivent toutefois en convaincre certains. Les pays d’Europe de l’Est et centrale sont les plus sceptiques et s’inquiètent surtout de toute mention explicite d’un délai fixé à 2050. Ils préfèreraient donc une formulation plus vague comme « à la moitié du siècle ».

La Hongrie pourrait toutefois être sur le point de rejoindre le club 2050. Si Budapest abandonne sa ligne dure sur la politique climatique, la République tchèque et la Pologne, ses deux comparses du groupe de Visegrad, constitueront les principaux obstacles à un éventuel accord européen.

Les observateurs politiques affirment que l’opposition tchèque pourrait être motivée par les troubles en cours dans le pays. Le Premier ministre, Andrej Babiš, est accusé d’un conflit d’intérêts présumé avec des fonds européens et les manifestants sont descendus en masse dans la rue pour réclamer sa démission.

En Pologne, les élections à venir à la fin de l’année et l’intérêt du public pour l’amélioration de la mauvaise qualité de l’air du pays, qui compte parmi les pires d’Europe, pourraient jouer un rôle.

Varsovie pourrait également être séduite par des promesses de financement pour les régions et les industries dépendantes du charbon, qui feront partie des discussions en cours sur le prochain budget à long terme de l’Union.

Un « Fonds de transition juste » proposé par le Parlement européen permettrait de financer la reconversion des travailleurs des industries des combustibles fossiles ou apporterait un soutien sous la forme d’allocations chômage. Un autre programme de rénovation de 25 milliards d’euros attend toujours d’être financé.

Les régions minières réclament des fonds pour financer leur transition

Le Parlement européen souhaite aider les régions minières dépendantes d’énergies fossiles avec une enveloppe de 5 milliards d’euros. Une idée qui complique les négociations déjà tendues avec le Conseil, qui veut raboter les dépenses.

 

Les pays autrefois sceptiques, comme la Bulgarie, ne rejettent pas la neutralité carbone catégoriquement et pourraient se laisser persuader par des fonds supplémentaires. Quant à Malte et Chypre, les deux îles ont fait part de leur soutien à cet objectif dans la déclaration de la Valette, adoptée vendredi dernier.

Billet pour New York

Un accord signé et scellé sur la neutralité climatique serait une aubaine pour la légitimité écologique de l’UE en vue du sommet des Nations unies en septembre, où les signataires de l’accord de Paris devraient renforcer leur ambition.

Le sommet européen de cette semaine est le dernier à l’ordre du jour de Bruxelles avant octobre, ce qui signifie qu’il s’agit de la dernière chance de se rendre à la réunion de New York avec un accord.

Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a écrit le mois dernier au Président du Conseil, Donald Tusk, pour lui faire part de ses attentes pour cette réunion. « Je me réjouirais […] de l’annonce de l’adoption de la vision stratégique à long terme », lui écrit-il.

Le responsable portugais, qui avait exhorté les dirigeants à venir à New York avec des « plans ambitieux et non des discours », a également déclaré à Donald Tusk que « cela enverrait un message fort de leadership et d’engagement » si l’UE augmentait son objectif de réduction des émissions pour 2030.

Actuellement fixé à 40 % de réduction par rapport à 1990, l’objectif est antérieur à l’Accord de Paris de 2015 et est considéré comme obsolète par plusieurs États membres, ainsi que par la Commission européenne.

L’année dernière, l’exécutif européen a déclaré que le bloc atteindrait de facto 45 % de réduction avec les politiques actuelles, tandis que le Parlement européen a voté en faveur d’une hausse de l’objectif à 55 %, ce que soutient également António Guterres.

« Pour éviter l’effondrement du climat et préserver le leadership mondial de l’UE, les dirigeants européens doivent montrer qu’ils sont également prêts à rehausser les objectifs actuels pour 2030 en vue d’un sommet crucial des Nations unies sur le climat en septembre », a déclaré Greenpeace UE.

Le Parlement vote une réduction des émissions de 55% pour 2030

Après plusieurs semaines de désaccord, les eurodéputés ont voté la révision à la hausse des objectifs de réduction des émissions de carbone, qui devraient baisser de 55% d’ici à 2030 et de 100% d’ici à 2050.

Mais modifier l’objectif de 2030 représente en fin de compte un plus grand défi que de rassembler des soutiens pour la stratégie 2050. Il est en effet politiquement délicat de toucher aux repères qui ont déjà été convenus.

« Fixer sans cesse de nouveaux objectifs n’a pas de sens, concentrons-nous sur la mise en œuvre de ce que nous avons déjà » a d’ailleurs déclaré Jean-Claude Juncker lors d’un événement qui s’est tenu à Bruxelles la semaine dernière.

Il a également déçu les groupes de protection de l’environnement en mai, lorsqu’il a laissé entendre que l’objectif 2030 était plus important que la stratégie de neutralité carbone.

« N’essayons pas d’échapper à nos responsabilités en fixant un objectif longtemps après la période active que nous passons en politique », a déclaré le Luxembourgeois lors d’un sommet en Roumanie.

Pour Juncker, l’objectif climatique pour 2030 est prioritaire

Pour Jean-Claude Juncker, l’UE devrait se concentrer sur les politiques climatiques pour 2030, « urgentes et immédiates », plutôt que sur la proposition pour 2050 avancée par huit États membres.

Le 18 juin, la Commission devrait adresser des recommandations aux 28 États membres sur la manière d’ajuster leurs projets de plans climatiques et énergétiques pour la prochaine décennie.

Les gouvernements ont présenté leurs stratégies en début d’année et la Commission les a examinées pour déterminer si leurs efforts combinés seront suffisants pour atteindre les objectifs fixés par les nouvelles réglementations sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Selon des responsables européens, les plans actuels ne seront pas suffisants pour atteindre ces objectifs, mais la Commission proposera un certain nombre d’ajustements politiques que les 28 États membres devront prendre en compte avant de finaliser leurs plans pour décembre.

Les chefs d’État et de gouvernement arrivent à Bruxelles jeudi pour le sommet de deux jours et certains se réuniront à nouveau à la fin du mois au Japon, pour le début du G20.

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