5 millions d’hectares de forêts détruits par les importations françaises

Soja, huile de palme, cacao... Nos importations saignent les forêts. [Shutterstock]

En 5 ans, la France a contribué à détruire 5,1 millions d’hectares de forêts dans le monde. Soit deux fois la surface de la Bretagne. Une déforestation due à la consommation de seulement 7 matières premières, selon notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Haro sur le soja, cacao, bœuf et cuir, huile de palme, caoutchouc naturel, bois et pâte à papier. Selon le rapport publié ce 8 novembre par les associations WWF et Envol Vert, l’importation de ces 7 matières premières, brutes ou transformées, représente une menace de taille pour les forêts et les savanes boisées. Une menace évaluée pour la première fois en France, grâce aux travaux des associations Envol Vert et WWF.
Résultat : leur production a mobilisé 14,8 millions d’hectares de terres entre 2012 et 2016 (352 mètres carrés par Français) dont 5,1 Mha proviennent de pays dont le risque de déforestation est élevé. Il s’agit principalement du Brésil, Côte d’Ivoire, Argentine, Indonésie, Russie, Malaisie, Paraguay, Cameroun et Nigéria. Au total, nos importations à risque représentent donc un tiers de notre empreinte forêt totale (cf. encadré). L’agriculture représente un rôle majeur dans cette entreprise de destruction puisqu’elle génère près de trois quarts des pertes de forêts tropicales. Viande, œufs et produits laitiers en prennent pour leur grade.

L’Europe tâtonne dans la lutte contre la déforestation importée

L’idée d’une législation européenne visant à limiter la déforestation importée semble de plus en plus compromise à l’approche des prochaines élections européennes.

La palme au soja

La palme revient de loin au soja dont la culture pour nourrir le bétail et produire des agrocarburants représente un risque de déforestation évalué à 2 Mha, surtout au Brésil et en Argentine. « Certaines entreprises ont déjà adopté un moratoire sur le soja amazonien. Le problème c’est qu’elles sont ensuite allées se fournir ailleurs, comme dans la savane du Cerrado au Brésil », observe Arnaud Gauffier, responsable du programme Agriculture au WWF et co-auteur du rapport.
Notre consommation de cacao met aussi en danger 855.000 ha de forêts en Côte d’Ivoire, Cameroun, Nigéria, Equateur, Indonésie et Pérou. L’élevage bovin menace quant à lui 759.000 ha d’écosystèmes naturels chinois, brésiliens et indonésiens. En plein essor, l’huile de palme affiche un potentiel de déforestation de 345.000 ha en Indonésie, Malaisie, Colombie, Honduras et Guatemala.

Stratégie en vue

Cette étude n’est pas publiée par hasard. Elle vise à éclairer le gouvernement dans le cadre de sa première stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI), mise en consultation en juillet et dont la publication est attendue dans les prochaines semaines. Le WWF demande qu’elle soit déclinée en un plan d’action opérationnel, assorti d’objectifs chiffrés et d’échéances, en ciblant les importations causant le plus de déforestation et de conversion d’écosystèmes naturels. L’ONG rappelle que ce combat s’impose pour respecter les engagements de réduction d’émission de gaz à effet de serre pris lors de l’Accord de Paris, ou encore les objectifs d’Aïchi dans le cadre de la convention sur la diversité biologique.

Entreprises vigilantes

Cette stratégie n’aura toutefois que peu d’effets sans les engagements des entreprises. Celles-ci doivent ainsi adopter des politiques zéro déforestation et zéro conversion par matière première, concrétisées par un plan d’action et un agenda. Elles doivent aussi publier chaque année leurs progrès, et surtout refuser les matières produites dans des zones converties ou dégradées, pour les relocaliser. Enfin, elles doivent veiller à ce que les droits humains et des travailleurs ne soient pas violés.

La France ferraille contre la déforestation indirecte

Cinq ministères avancent une stratégie contre la « déforestation importée » à laquelle la France, gourmande en viande et en agrocarburants, participe fortement. La stratégie est pour l’heure en cours de consultation. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement

Pour calculer cette empreinte forêt, l’association Envol Vert a croisé deux données: la surface nécessaire à la fabrication de nos produits de consommation (empreinte brute) et le risque de déforestation associé. Ce dernier indice est calculé en fonction du rendement de production à l’hectare par pays (incluant les pertes lors de la transformation), du taux de déforestation, du niveau de dépendance et de la présence d’alternatives sectorielles. Ainsi le papier affiche un risque faible car il est facilement recyclable et ne provient que pour une petite part de plantations à risque de déforestation. Au contraire, celui de l’huile de palme est très élevé car elle provient de zones fortement à risque.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.