À l’approche des élections, les partis allemands préoccupés par le débat sur l’abandon du charbon

Alors que l'élection allemande donne l'impression que tout peut arriver, les principaux candidats continuent d'être hantés par la date tardive de sortie du charbon qu'ils ont fixée en 2020. [EPA-EFE/CHRISTIAN MANG]

À moins d’un mois des élections allemandes, l’abandon du charbon convenu par l’Allemagne en 2038 semble de plus en plus improbable. Pourtant, avec des électeurs de plus en plus préoccupés par le climat, les choix politiques passés des dirigeants allemands reviennent les hanter.

La date de l’abandon du charbon par l’Allemagne en 2038 a été fixée à l’issue d’une bataille acharnée au cours de laquelle les conservateurs au pouvoir (CDU/CSU) et leurs partenaires sociaux-démocrates (SPD) sont allés à l’encontre d’une recommandation d’un comité d’experts et de groupes environnementaux visant à éliminer progressivement le charbon d’ici 2030.

La controverse, déjà très vive sur la date à laquelle le pays devrait abandonner le charbon, a été alimentée par une décision historique de la Cour constitutionnelle allemande, qui a exigé un renforcement de la législation nationale sur le climat, ainsi que par l’ambition accrue de l’UE de réduire les émissions de 55 % d’ici à 2030.

Aujourd’hui, alors que la campagne électorale allemande entre dans sa phase finale et que le SPD est à égalité avec la CDU/CSU pour la première fois depuis 15 ans, les anciens partenaires de coalition doivent choisir s’ils promettent davantage d’actions en faveur du climat afin d’attirer les électeurs des Verts.

Allemagne. Le candidat du parti de Merkel passe à l’offensive à un mois des élections législatives

À la traîne dans les sondages, Armin Laschet, le candidat du parti d’Angela Merkel, a mis à profit le débat télévisé entre les candidats au poste de Chancelier pour faire preuve de pugnacité.

EURACTIV Allemagne a demandé aux différents partis de clarifier leur position sur diverses questions politiques liées à l’énergie, leurs réponses laissant entrevoir une relation complexe avec la date convenue de l’abandon du charbon.

CDU/CSU

« La CDU et la CSU s’en tiennent au compromis sur le charbon qui a été convenu », a déclaré un porte-parole du bloc conservateur à EURACTIV, ajoutant que les régions dépendantes du charbon, les entreprises énergétiques touchées, les fournisseurs et les employés pouvaient compter sur eux.

La dirigeante de longue date du parti, la chancelière Angela Merkel, n’avait pas de liens clairs avec le charbon, tandis que l’homme laborieusement choisi pour la remplacer, Armin Laschet, se présente comme fils de mineur et égérie de l’industrie allemande.

Source: Land NRW / Ralph Sondermann – Armin Laschet 3e en partant de la droite

M. Laschet semble réticent à mettre en œuvre une politique d’action climatique plus rigoureuse, comme l’avancement de la date de la sortie du pays du charbon. À la suite des inondations meurtrières qui ont touché une grande partie de l’Allemagne, de la Belgique et des Pays-Bas en juillet, M. Laschet a été largement critiqué pour avoir affirmé que « l’on ne change pas de politique à cause d’un jour comme celui-ci ».

Et ce n’est pas la fin des ennuis pour M. Laschet qui ne semble pas avoir de répit. Sa dernière « gifle », pour reprendre les termes du président du groupe environnemental BUND, Olaf Bandt, a été la controverse autour de la centrale au charbon de Datteln IV, dont il a été récemment établi qu’elle avait été construite illégalement.

M. Laschet, Premier ministre de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, où se trouve la centrale, avait été l’un des plus ardents défenseurs du projet. La décision de justice du 26 août n’en a été que plus douloureuse pour le futur chancelier.

SPD

Le SPD d’Olaf Scholz était le partenaire junior du gouvernement ayant fixé la date de fin de l’exploitation du charbon en Allemagne à 2038 en dépit des protestations des conseillers scientifiques et des groupes environnementaux.

Aujourd’hui, le SPD est confronté à un difficile exercice d’équilibre. Il doit défendre une date de sortie du charbon plus tardive, populaire auprès des travailleurs des régions touchées par l’abandon progressif du charbon, tout en essayant d’attirer les électeurs des Verts, très sensibles à la question climatique.

« Nous nous en tenons à la date de l’abandon progressif du charbon », a déclaré le parti à EURACTIV tout en soulignant explicitement les clauses juridiques permettant une sortie plus précoce, à condition que l’Allemagne produise alors des quantités suffisantes d’énergie à partir d’autres sources, qui seraient principalement le gaz.

« Nous avons conclu des accords explicites », a répondu plein d’espoir le chancelier Scholz, à une question sur la date d’abandon du charbon par l’Allemagne. Toutefois, la pression exercée pour séduire les électeurs écologistes soucieux de l’environnement semble avoir quelque peu entamé cette détermination.

Le 24 août, M. Scholz a déclaré qu’il souhaitait voir un monde dans lequel l’Allemagne abandonnerait le charbon vers 2034, à condition de disposer de capacités suffisantes en matière d’énergies renouvelables, que l’Allemagne a du mal à développer.

Cette tentative lente et mesurée de s’écarter de la ligne initiale du parti a peut-être été faite dans l’optique de la formation d’une coalition postélectorale.

Les Verts

Les Verts allemands ont quant à eux pour objectif déclaré de « finaliser la sortie du charbon en 2030 ». Pour eux, l’objectif de plafonnement du réchauffement planétaire à 1,5 degré et les objectifs climatiques de Paris sont tout simplement incompatibles avec la production d’électricité à base de charbon.

La candidate des Verts au poste de chancelier, Annalena Baerbock, n’a de cesse d’exprimer son désir d’un « départ de la politique climatique », ce qui inclut une sortie plus rapide du charbon.

Contrairement à la SPD et à la CDU, les Verts sont réticents à l’idée de dépendre du gaz. Les nouvelles centrales et infrastructures gazières prévues dans le cadre de la stratégie de sortie du charbon doivent être déjà adaptées à la production d’hydrogène.

Ils ont fait de leur exigence d’une sortie précoce du charbon un élément central de leur campagne électorale et ont été l’un des plus féroces critiques de la date projetée de 2038.

FDP

Pour ajouter une touche de complexité, le parti libéral probusiness FDP a déclaré à EURACTIV qu’il était en faveur d’approches basées sur les mécanismes du marché, utilisant les prix du carbone pour faire sortir les centrales au charbon du marché plutôt que de les interdire purement et simplement.

Le FDP critique les paiements controversés que le gouvernement allemand a été obligé de faire pour compenser les opérateurs de centrales nucléaires puis de centrales au charbon, suite à l’intervention législative sur le marché.

Selon sa loi sur la transition vers la sortie du charbon, l’Allemagne doit verser aux compagnies d’électricité concernées une compensation de 4,35 milliards d’euros d’ici à 2030. Cette mesure doit encore être examinée par la Commission européenne, car elle est considérée comme une aide d’État.

Die Linke

Le parti d’extrême gauche allemand Die Linke est également partisan d’une date de sortie du charbon en 2030. La position politique du parti a gagné en importance avec la montée de la SPD dans les sondages, car une « coalition de gauche » SPD-Verts-Linke est mathématiquement possible.

Dans l’ensemble, les partis d’opposition allemands sont unis pour s’opposer à la date de sortie du charbon de 2038, en raison de préoccupations environnementales ou financières.

Selon une analyse d’Europe Elects en coopération avec EURACTIV, le résultat le plus probable des élections est une coalition à trois, une première historique.

Cela pourrait entraîner des discussions de coalition prolongées et un gouvernement relativement lourd, pour lequel la sortie du charbon ne sera qu’un des nombreux problèmes auxquels il sera confronté.

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