Après la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris, d’autres moyens de pression sont à l’étude

EPA-EFE/DAVID MCNEW

La confirmation de la sortie des États-Unis de l’accord de Paris pourrait être momentanée en cas de victoire démocrate en 2020. Et les Européens disposent d’autres outils pour faire monter la pression sur les Américains.

Les États-Unis ne pouvaient pas sortir de l’accord durant une période de trois ans suivant son entrée en vigueur. Maintenant que l’accord a été dénoncé, une période de notification d’un an s’est ouverte, et ils sortiront donc officiellement le 4 novembre 2020. Hasard du calendrier, ce sera le lendemain du résultat de la prochaine élection américaine.

Si les démocrates étaient réélus, « ils pourraient techniquement relancer l’adhésion à l’accord de Paris dès leur arrivée au pouvoir au mois de janvier » confirme Paul Watkinson, président de l’organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique de l’UNFCCC.

L’équipe de négociation américaine sur le climat reste en attendant partie prenante des négociations, et participera, à Madrid, aux discussions qu’ils n’ont jusqu’alors jamais bloquées.

« C’est une équipe technique très soucieuse de respecter le cadre de l’accord de Paris, ce qui facilite un éventuel retour des États-Unis », souligne Paul Watkinson. Parmi les priorités des Américains, éviter que toute référence au sujet des pertes et dommages ne soit introduite, ce qui compromettrait la participation américaine dans le futur.

L’outil commercial en renfort ?

En cas de réélection de Trump, ce sera le statu quo : les membres de l’accord se retrouveront en novembre 2020 à Glasgow pour annoncer leurs nouveaux engagements, mais la pression sera moindre.

Face à ce blocage, l’UE a d’une part tenté de travailler sérieusement avec le principal émetteur, la Chine, sur le sujet. Mais aussi avec d’autres représentants des États-Unis : certains Etats fédérés comme la Californie, très engagés sur la question climatiques, plusieurs centaines de villes et d’entreprises également, représentées dans la coalition « We are still in« .

Et la réflexion sur le recours à d’autres outils avance aussi. Alors que les questions commerciales occupent le devant de la scène, les États-Unis pourraient finalement être les premiers à être ciblés par la réflexion de la France et de l’Allemagne, que soutient Ursula Von der Leyen, pour une taxe carbone aux frontières qui pourrait être imposée aux pays les moins-disants sur le plan environnemental.

« Le fait est que nous pourrions avoir notre premier litige avec les États-Unis sur le climat, et je crois que ce n’est pas quelque chose de souhaitable pour qui que ce soit » a déclaré Teresa Ribera, ministre de la transition écologique en Espagne, qui accueille la COP 25 en décembre, au New York Times.

Au niveau commercial, la tension est grimpée d’un cran entre les deux blocs avec une taxe imposée par les États-Unis sur des centaines de produits européens, principalement agroalimentaires.

Les Européens sous le choc après l'annonce de nouveaux droits de douane aux Etats-Unis

L’actu en capitales décrypte l’info de toute l’Europe, grâce au réseau de rédactions d’Euractiv.

>> Vous pouvez vous abonner à la newsletter ici

 

Mais les États-Unis jouent surtout avec les nerfs des constructeurs de voitures allemands, en les menaçant de taxes démesurées depuis des mois, ce qui supprimerait un débouché majeur pour l’industrie allemande, mais aussi pour les autres constructeurs de voiture : l’UE exporte pour près de 60 milliards de dollars de voiture aux États-Unis chaque année .

« C’est l’arme suprême, donc si l’UE fait mine d’imposer une taxe carbone sur les produits américains, ils la sortiront. Mais il y a peu de chances que l’UE tire en premier » résume une source des institutions européennes.

L’UE prête à répondre aux taxes américaines sur les voitures

La Commission européenne a déclaré qu’elle répondrait de manière « rapide et adéquate » à une potentielle taxation américaine des voitures européennes.

L’ironie de cette guerre commerciale que tout le monde craint est qu’elle serait au final assez vertueuse d’un point de vue climatique : l’Allemagne fabriquerait moins de grosses cylindrées faute de débouchés, l’Europe moins de voiture et les États-Unis, qui exportent principalement en Europe puisque le continent est leur première zone d’exportation, se verraient contraints de ralentir leurs exportations chargées de gaz à effet de serre : gaz et pétrole, produits chimiques, machines, métaux.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.