L’économie bleue, un atout et une menace pour l’Arctique

[EPA/BERIT ROALD]

Réchauffement climatique, la surpêche et la pêche illégale : l’océan dont dépendent les communautés de l’Arctique est menacé comme jamais .

Ces 100 dernières années, les températures de l’Arctique ont augmenté deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Depuis 1958, la banquise y a perdu les deux tiers de son épaisseur et près de trois quarts de la glace se forme et fond chaque année, selon une étude récente de la NASA.

Selon de récentes prévisions, la calotte glaciaire estivale de l’Arctique pourrait complètement avoir disparu d’ici à 2050, ce qui changera considérablement les conditions de vie des populations de la région.

Par ailleurs, la région arctique entourant le Pôle Nord abrite 34 espèces de mammifères marins, 633 espèces de poissons et environ 4 millions de personnes, dont des communautés autochtones, selon les estimations de WWF.

« L’océan est menacé comme jamais auparavant – à cause du changement climatique, de la surpêche, des déchets marins – le plus grave étant le réchauffement climatique », a déclaré l’envoyé spécial de la Norvège pour les Océans, Vidar Helgesen.

« Nous devons mettre en place une économie bleue en harmonie avec l’écologie des océans », a-t-il déclaré aux décideurs politiques et experts de l’Arctique rassemblés pour une conférence sur la politique de l’Arctique dans la ville norvégienne de Tromsø.

Ola Elvestuen, ministre norvégien du Climat et de l’Environnement, a mis en garde contre les impacts catastrophiques sur les écosystèmes terrestres, les moyens de subsistance pour les humains et la biodiversité dans l’éventualité d’un scénario de réchauffement planétaire à 2°C.

Au total, 80 % du stock de cabillaud de la mer de Barents pourrait disparaître d’ici à 2100, parce que des concentrations plus élevées de CO2 rendent les océans de plus en plus acides, a-t-il averti, citant un rapport historique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié l’an dernier.

« Cela montre que le changement climatique n’a pas seulement des conséquences pour l’écosystème, mais aussi pour l’une des plus grandes industries de Norvège. Il s’agit de la pêche au cabillaud la plus importante au monde et la plus robuste que nous ayons au monde », a affirmé le ministre.

«Le changement climatique n’est pas linéaire, il accélère»

C’est dans les régions des pôles que le changement climatique est le plus visible. Son impact y servira d’exemple pour le reste de la planète, expliquent Jan Dusík et Thierry Lucas, du Programme de l’ONU pour l’environnement.

Fruits de mer et sécurité alimentaire

« Nous devons produire davantage à partir de l’océan » afin d’atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU, a déclaré Vidar Helgesen. « Mais si nous produisons plus à partir de l’océan, nous devons mieux nous en occuper. »

Selon lui, les États côtiers de l’Arctique peuvent montrer la voie en matière de gestion des écosystèmes océaniques fondée sur la connaissance, ajoutant que l’échange plus rapide de l’information au moyen de la technologie des drones en est un exemple.

Tous les pays ne sont cependant pas ouverts au partage de données pour des raisons de sécurité nationale, a-t-il admis.

D’autres ont souligné le vaste potentiel économique inexploité de l’Arctique. « Le Forum économique mondial a évalué le potentiel économique de l’Arctique à 1000 milliards de dollars », a déclaré Tero Vauraste, président du Conseil économique de l’Arctique.

Ce dernier a fait référence aux prévisions à long terme concernant l’exploitation commerciale de l’océan Arctique, citant de nouvelles routes maritimes et de nouvelles ressources énergétiques à mesure que la glace fond.

Il a également cité les industries océaniques, indiquant que la part des entreprises agricoles et des entreprises liées à la pêche devrait doubler au cours des 20 prochaines années.

« Simultanément, certaines espèces de poissons se sont déjà mises à migrer en raison des changements de la calotte glaciaire et de la température de l’eau », a-t-il averti. Cette migration pourrait modifier le marché du travail, en particulier dans des pays comme l’Islande où le poisson représente plus de la moitié des exportations totales.

« Pour avoir une pêche durable, il faut une science solide, la primauté du droit et des capacités d’application de la loi », explique Mikael Thinghuus, PDG de Royal Greenland, une entreprise publique de pêche.

L’Écosse fait partie des plus grandes nations de pêcheurs en mer d’Europe et est la quatrième plus grande de l’UE, les navires de pêche écossais débarquant environ deux tiers du total des poissons capturés au Royaume-Uni.

Alors que le Royaume-Uni s’apprête à devenir un État côtier en raison du Brexit et qu’il aura donc le pouvoir de contrôler l’accès à ses eaux, le soutien aux communautés locales de pêcheurs devient un besoin plus pressant.

« Indépendamment du résultat du Brexit, l’engagement de l’Écosse à travailler avec notre partenaire international dans la gestion durable des pêches ne diminuera pas », a déclaré Mairi Gougeon, ministre des Affaires rurales et de l’Environnement naturel d’Écosse.

Des compensations pour les pêcheurs après le Brexit

Les pêcheurs continentaux seront éligibles à une indemnisation si jamais le Royaume-Uni bloquait l’accès à ses eaux territoriales selon la Commission européenne.

Lutte contre la pollution marine

L’évolution de l’océan Arctique promet également des routes maritimes plus courtes entre l’Asie et l’Europe, ce qui pourrait accroître le tourisme.

Tero Verauste a mentionné l’industrie du tourisme islandaise, qui a plus que triplé au cours des dernières années et qui devrait encore doubler au cours des 20 prochaines années.

« L’industrie du voyage doit créer et s’engager à respecter des principes de durabilité et s’assurer que ses clients les suivent également », a déclaré Peter Thomson, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’océan.

L’envoyé de l’ONU a donné l’exemple d’un paquebot de croisière régional qui fournit aux passagers des recommandations en matière de durabilité, soulignant la « responsabilité des agences de voyages, des voyagistes et des prestataires de services » de protéger l’environnement.

Le secteur du transport maritime et du fret pourrait également apporter son aide en utilisant les nouvelles technologies numériques. Les navires commerciaux pourraient être systématiquement équipés de capteurs pour surveiller l’océan et transmettre ces données aux gouvernements et aux scientifiques, a suggéré Paul Holthus, PDG et président du Conseil mondial des océans.

Les ONG environnementales ont toutefois mis en garde contre la tentation de la surexploitation des ressources de l’Arctique.

« Si nous voulons développer une économie bleue durable, nous devons d’abord penser à l’écosystème et créer de grandes zones marines protégées afin de permettre aux espèces de s’adapter au changement climatique rapide », a déclaré Peter Winsor, directeur du programme Arctique au WWF.

Neuf pays de l’UE ont signé en octobre un accord visant à interdire la pêche dans l’océan Arctique. Ils se sont également engagés à créer un programme commun de recherche scientifique et de surveillance dans le domaine de la pêche.

La question est maintenant de savoir comment l’interdiction de la pêche sera appliquée, a déclaré David Balton, chercheur à l’Institut polaire du Centre Woodrow Wilson, basé aux États-Unis.

« Un modèle possible est de créer une organisation scientifique centrale pour l’océan Arctique qui n’existe pas aujourd’hui », a-t-il suggéré.

La pollution plastique dans l’océan Arctique est également l’un des problèmes émergents qu’un tel organe pourrait traiter. Ces dernières années, le gouvernement norvégien a été le fer-de-lance de la lutte contre les déchets plastiques et autres déchets marins grâce à un programme de développement.

« Nous avons si souvent tendance à oublier que ce qui se passe dans l’Arctique est le résultat de l’activité humaine à l’extérieur de l’Arctique », a conclu Tero Verauste.

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