Climat : malgré le retrait des États-Unis, Moscou et Pékin ne flanchent pas

Le stratagème du président américain pour faire s’effondrer l’accord de Paris a échoué. Chine et la Russie profitent du vide laissé par les États-Unis pour modeler les règles de l’accord.

En juin 2017, lorsque Donald Trump a annoncé qu’il retirerait les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, les regards se sont immédiatement tournés vers Pékin. Historiquement, les négociations de l’ONU sur le climat étaient menées ou interrompues – généralement interrompues – par la dynamique du pouvoir entre Washington et Pékin. Les deux géants refusaient de bouger à moins que l’autre ne le fasse. George W. Bush a refusé de ratifier le Protocole de Kyoto de 1997 parce que la Chine n’avait pas signé ses obligations. En 2009, les négociations pour un nouvel accord sur le climat à Copenhague ont échoué dans un climat de méfiance mutuelle entre la Chine et les États-Unis.

La signature de l’accord de Paris 2015 par Pékin et Washington avait été considérée comme un miracle diplomatique.

Deux ans plus tard, le retrait des Etats-Unis faisait craindre le pire : que la Chine fasse de même. L’Empire du milieu aurait pu invoquer l’injustice de voir son développement économique freiné, alors que les États-Unis, son principal concurrent économique, n’était soumis à aucune contrainte.

Mais 2017 ne s’est pas déroulée comme les années précédentes. Plutôt que de se retirer de l’accord en réponse à l’annonce américaine, la Chine a doublé ses engagements. Peu après, le représentant spécial de la Chine pour le changement climatique, Xie Zhenhua, s’est rendu à Bruxelles lors d’un sommet avec l’Union européenne et le Canada afin d’annoncer la détermination de son pays à respecter l’accord.

L’accord de Paris est « très efficace et efficient », avait déclaré Xie Zhenhua à Bruxelles, où il avait appelé toutes les parties de l’accord de Paris à décider  « comment combiner les actions pour le climat avec la croissance économique, la protection des personnes et la création d’emplois ». La Chine met actuellement en place un système national de plafonnement et d’échange de droits d’émission afin de réduire ses émissions.

La Russie, un autre grand émetteur surveillé de près après l’annonce de Donald Trump, n’a pas non plus suivi l’exemple des États-Unis. Le pays a mis en œuvre une législation sur la réduction du torchage du gaz ainsi que de nouvelles mesures d’efficacité énergétique. Il a par ailleurs poursuivi la mise en œuvre de sa Doctrine Climat 2009 qui définit une stratégie pour respecter ses engagements de l’accord de Paris.

Le fait que Pékin et Moscou n’aient pas flanché face à l’inaction des États-Unis est dû en partie aux efforts diplomatiques intensifs de l’Union européenne et de son commissaire chargé du climat, Miguel Arias Cañete, qui a passé des heures au téléphone pour s’assurer que tous les BRICS – dont l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud – restent engagés dans cet accord.

« Avec l’effondrement de l’ambition des États-Unis, l’Europe fera en sorte que notre planète redevienne grande », avait-il insisté lors du sommet tripartite de Bruxelles. « Notre ambitieux programme de politique climatique a le soutien le plus important qui soit. »

Et bien qu’il ait flirté avec l’idée de quitter l’accord sur le climat pendant sa campagne, le nouveau président du Brésil, Jair Bolsonaro, s’est éloigné de cette menace depuis son élection.

La Chine et la Russie, engagées

Quel a donc été le rôle de Pékin et de Moscou dans les négociations de l’ONU sur le climat maintenant que le plus grand émetteur historique du monde s’est retiré ? Pour comprendre cela, il est important de noter que les États-Unis n’ont pas encore officiellement abandonné l’accord sur le climat.

Selon les dispositions de l’accord, un pays ne peut partir que deux ans après son entrée en vigueur, ce qui signifie que les États-Unis ne pourront pas partir avant novembre 2020, soit quelques jours seulement après les prochaines élections présidentielles américaines.

Entre-temps, les représentants du département d’État américain ont cherché à jouer pleinement leur rôle dans les négociations sur les règles de l’accord, ce qui a donné lieu à des spéculations selon lesquelles les États-Unis n’ont pas vraiment l’intention d’en sortir.

Washington fait du zèle pour peser à la COP24

Malgré les déclarations de Donald Trump, les États-Unis sont toujours bien dans l’accord de Paris, et donnent avec zèle le ton des négociations climatiques mondiales. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

Les négociateurs des autres grands émetteurs comme la Chine et la Russie ont vu là l’occasion de façonner les règles d’un système qui régira le futur régime énergétique mondial sans l’influence américaine. Certains se sont d’ailleurs plaints du fait que les États-Unis tentent toujours d’influencer un accord dont ils disent vouloir se retirer.

Historiquement, la Chine a toujours veillé à ce que les pays en développement soient traités différemment des pays développés dans ces systèmes. Dernièrement, Pékin a cependant fait savoir qu’elle n’était peut-être plus liée par cette approche de « responsabilités communes mais différenciées » et qu’elle était prête à assumer une plus grande part des responsabilités.

Un compromis proposé par l’UE, soutenu par les États-Unis, qui prévoit un système flexible donnant aux pays pauvres le temps de se conformer à un ensemble de règles, a été provisoirement accepté par la Chine. Ce n’est là qu’une des mesures prises récemment par la Chine, qui l’a vue jouer un rôle plus coopératif qu’auparavant dans les négociations de l’ONU sur le climat.

Dans le même temps, la Russie reste l’un des rares pays ayant signé, mais pas ratifié l’accord de Paris. La cause du retard n’est pas claire, mais en avril, le vice-premier ministre Alexey Gordeev a déclaré que la ratification serait effectuée d’ici la fin de l’année.

Ce retard ne représente aucune réserve à l’accord, assure-t-il, le qualifiant de « base juridique internationale durable » pour un règlement climatique à long terme. Le pays s’est fixé comme objectif de maintenir les émissions de gaz à effet de serre au même niveau au cours des 35 prochaines années.

Alors que les pays se préparent au sommet des Nations Unies sur le climat qui se tiendra au Chili en décembre, tous signes d’hésitation de la Chine et d’autres grands émetteurs continueront d’être scrutés. Jusqu’à présent, pas d’inquiétude à l’horizon, ce qui pourrait convaincre l’administration Trump de trouver un moyen de sauver la face pour rester dans l’accord.

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