Biodiversité : le Parlement fait preuve de fermeté sur l’épineuse question des forêts

Parmi les mesures phares votées par les députés : la création de zones protégées représentant au moins 30% des terres et des mers en Europe et la protection stricte de toutes les forêts anciennes et primaires.  [jb.photos/Shutterstock]

Le Parlement européen a adopté hier soir (8 juin) le rapport d’initiative sur la stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030, avec 515 votes pour et 90 votes contre. Si les amendements affaiblissant la protection des forêts ont été rejetés, ils ont suscité des débats houleux. 

« Nous avons déployé tous nos efforts pour protéger strictement les forêts primaires et anciennes et pour aligner la nouvelle stratégie forestière de l’UE sur les besoins en matière de biodiversité et les engagements climatiques », s’est réjoui le rapporteur du texte César Luena (S&D).

« Nous devons faire de la restauration de la nature à grande échelle une obligation légale pour tous les États membres, car les mécanismes volontaires ne fonctionnent tout simplement pas », appuie Sabien Leemans, responsable biodiversité au bureau européen du WWF. 

Parmi les mesures phares votées par les députés : la création de zones protégées représentant au moins 30% des terres et des mers en Europe et la protection stricte de toutes les forêts anciennes et primaires. 

Pour Agnès Evren (PPE) « les objectifs proposés dans cette stratégie vont dans le bon sens : 30% de zones protégées en Europe dont 10% strictement, c’est à la fois réaliste et nécessaire ».

Ces zones protégées s’accompagneront d’objectifs juridiquement contraignants ainsi que d’une « protection plus stricte » des forêts de l’UE. Une proposition loin de faire consensus, qui a suscité des amendements de dernière minute, notamment de la part de membres du PPE et du CRE.

Certifier des plantations forestières pour lutter contre la déforestation

L’Europe est la deuxième région au monde la plus responsable de la déforestation, selon un rapport du WWF. Le label environnemental FSC préconise le développement de plantations forestières certifiées pour endiguer la surexploitation des forêts dans le monde.

Vives critiques 

Pour l’eurodéputé finlandais Ville Niinistö (Les Verts/ALE) : « Nos forêts ne sont pas gérées de façon durable. Le rapport indique qu’entre 2011 et 2021, 1/3 des forêts avait un statut de conservation déplorable. Il faut voter le rapport dans sa totalité pour protéger l’ensemble des forêts restantes, voter contre la déforestation ».

Un argument soutenu par María Rodríguez Ramos du groupe Renaissance Europe : « La stratégie doit être contraignante et respectée. Il faut parler de la sylviculture des forêts européennes. Ce sont des écosystèmes précieux. Le coût de l’inaction est énorme ». 

Si les membres du PPE sont plus modérés, les paragraphes relatifs à la protection des forêts ne les satisfont pas entièrement : « Il faut éviter que nous soyons verts et durables, mais que nous ne soyons plus à même de produire des denrées alimentaires pour l’Europe et que nous dépendions d’importations de pays tiers », souligne Alexander Bernhuber. 

Mais du côté des conservateurs, pas de demi-mesure : « Interdire la chasse, la pêche et la sylviculture, c’est absurde. Ces activités empêchent la propagation des maladies et permettent de contrôler les espèces », martèle Andrey Slabakov du groupe ECR. 

« Cela ne prend pas en compte la réalité du territoire ni les caractéristiques de nos exploitations agricoles. Il ne faut pas une obligation, mais un choix », complète Gianantonio Da Re (ID). 

Finalement, les amendements concernant la gestion des forêts n’ont pas été retenus. « Le rapport envoie un signal fort de soutien à la Commission européenne pour qu’elle respecte les engagements du Green Deal européen avec ses prochaines étapes importantes », commente, satisfait, le WWF. 

Faire de l’UE un leader mondial de la biodiversité 

Pour le reste, le rapport d’initiative a été largement soutenu par le Parlement. L’eurodéputé du groupe Renaissance Pascal Canfin se félicite du vote d’« objectifs concrets et inédits », faisant notamment référence à la réduction de 50% l’utilisation des pesticides d’ici à 2030. 

Agnès Evren (PPE) avertit tout de même que la future stratégie ne saurait se faire au détriment des acteurs de la biodiversité, qui « subissent les impacts, à la fois de nos législations et de la perte de biodiversité », martèle l’eurodéputée. Avant de conclure : « Ils doivent être soutenus, accompagnés et indemnisés si leur activité est impactée ». 

Même son de cloche pour Mazaly Aguilar (CRE) :  « Le dépeuplement des zones rurales est une réalité, car l’agriculture devient moins rentable. Nous devons soutenir le secteur agricole ainsi que la biodiversité, afin de permettre aux agriculteurs de continuer à produire à l’avenir ».

C’est maintenant à la Commission européenne de se pencher sur ce rapport, en proposant des mesures concrètes, concernant notamment les objectifs juridiquement contraignants. 

L’occasion pour Ursula Von der Leyen d’envoyer un message fort et de présenter l’Europe comme le leader mondial dans la protection de la nature et des écosystèmes, lors de la COP15, qui se déroulera à Kunming en Chine en octobre prochain. Ce sommet doit définir de nouvelles règles de protection de la nature et de la biodiversité.

Un moyen aussi de faire oublier l’échec de la stratégie biodiversité de l’UE de 2011, qui n’avait pas atteint ses objectifs.

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