Le Medef européen prépare le sabotage des objectifs climatiques européens

Miguel Arias Canete [Alexandros Michailidis / Shutterstock]

La stratégie de communication de BusinessEurope est de « s’opposer » à toute hausse des ambitions climatiques de l’UE. Mais  en affichant un soutien de façade, explique une note interne obtenue par Euractiv.

Le patronat européen compte soutenir la lutte contre le réchauffement climatique… mais seulement en façade.

Dans une note interne datée du 13 septembre et obtenue par Euractiv, BusinessEurope, qui fédère les associations patronales de 34 pays européens, détaille une stratégie en deux temps face aux ambitions européennes dans la lutte contre le changement climatique.

Si BusinessEurope, compte réserver un accueil plutôt positif à la politique climatique européenne,  ce soutien sera uniquement valable « tant qu’on parle d’une déclaration politique sans implications » précises sur les engagements existants dans le cadre de l’accord de Paris pour le climat.

Le document doit être discuté lors d’une réunion le 19 septembre.

La stratégie de BusinesseEurope fait écho à l’annonce du commissaire européen à l’action climatique, Miguel Arias Cañete,  qui a récemment proposé de réhausser les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. L’Espagnol estime que le niveau d’ambition prévu avait été dépassé « de facto » par un accord sur la part des renouvelables et l’efficacité énergétique conclu en juin.

32 % de renouvelables, un chiffre insuffisant

L’objectif de 32 % de renouvelables fixé la semaine dernière serait « bien en deçà » de ce qui est nécessaire pour respecter l’Accord de Paris sur le changement climatique.

 

À l’heure actuelle, l’UE prévoit de réduire ses émissions « d’au moins 40 % » par rapport au niveau de 1990 d’ici 2030. L’accord passé en juin ferait en réalité augmenter cet objectif de 5 %, selon le commissaire.

Cette position est aussi celle de Jean-Claude Juncker, qui a déclaré lors de son discours sur l’état de l’union que la volonté du Parlement de hausser les objectifs était « scientifiquement exacte et politiquement nécessaire ».

Aux premières loges des pays réticents à ces changements, l’Allemagne, qui craint que cela n’entrave la compétitivité de son industrie, largement dépendante des exportations. En août, Angela Merkel s’est ainsi exprimée contre la révision des objectifs climatiques, estimant que « nous devrions commencer par nous en tenir aux objectifs que nous nous sommes déjà fixés ».

Merkel s'oppose à l'ambition climatique de l'UE

Angela Merkel s’est exprimée contre des objectifs climatiques plus ambitieux lors d’une émission télévisée. Elle soutient néanmoins l’idée d’une transition vers des transports propres.

 

Le mémo de BusinessEurope est dans la même veine. Il conseille de « s’opposer à une nouvelle hausse des ambitions en utilisant les arguments habituels » : l’Europe ne peut tout faire toute seule et devrait trouver un accord avec ses concurrents sur les marchés mondiaux avant de prendre de nouvelles décisions.

Le document propose de « minimiser le sujet » en arguant que la hausse des ambitions « n’est pas ce qui importe le plus » et que « l’essentiel est de persuader d’autres grandes économies de se mettre au même niveau que l’Europe ».

Le lobby propose aussi de « mettre le processus en cause » en demandant davantage d’études coût-bénéfice et « plus de transparence sur les calculs ».

Tara Connolly, activiste chez Greenpeace, dénonce les « manœuvres politiques » de BusinessEurope, à un moment où les Européens « sont les témoins directs des effets du changement climatique » après un été marqué par des canicules et une sécheresse qui a obligé l’UE à débloquer des fonds pour aider les agriculteurs.

« La Commission européenne a la responsabilité d’avancer, d’ignorer les boniments, les mensonges et les tactiques de retardement des dinosaures que sont les corporations européennes. Il serait irresponsable de tomber dans le panneau des déclarations alarmistes et de ne pas prêter attention aux dangers économiques, sanitaires et environnementaux du changement climatique », estime-t-elle.

Ce n’est pas la première fois que Berlin entrave les ambitions climatiques européennes. En juin, son ministre de l’Énergie, Peter Altmaier, a rejeté les appels d’autres États membres d’élever la part des renouvelables à 33 ou 35 % d’ici 2030.

Berlin douche les espoirs de l'UE sur les renouvelables

Si les électeurs européens ne font plus confiance aux politiques, c’est notamment à cause d’ambitions « irréalisables » sur les renouvelables, estime le ministre allemand à l’Énergie, opposé à un objectif de 33 ou 35 % de renouvelables d’ici 2030.

>> Vous pouvez lire le mémo ci-dessous, ou le télécharger ici.

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