Entreprises et ONG appellent au respect de l’Accord de Paris

Une coalition d’acteurs représentant 21 000 milliards d’euros d’actifs exhorte les dirigeants européens à accélérer la transition vers une économie sans carbone.

L’Europe doit relever son niveau d’ambition afin de maintenir le réchauffement de la planète « bien en dessous de 2°C », l’objectif principal de l’Accord de Paris sur le changement climatique.

Tel est le message principal d’une lettre adressée le 12 juin aux dirigeants européens par la « Coalition for Higher Ambition » (coalition pour une plus grande ambition), dont les membres comprennent le Corporate Leaders Group, qui représente les principales entreprises européennes, le Climate Group, qui rassemble les entreprises et les gouvernements au niveau mondial, et le Institutional Investors Group on Climate Change (IIGCC), qui représente plus de 21 000 milliards d’euros d’actifs.

Soulignant le caractère exceptionnel de la coalition, les ONG environnementales, souvent sceptiques face à l’action des entreprises sur le changement climatique, ont rejoint le groupe des signataires. Les autorités locales et régionales sont également représentées par la Climate Alliance, qui réunit 1 700 municipalités et maires du monde entier qui se sont engagés à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 10 % tous les cinq ans.

« Ensemble, nous croyons que la mise en œuvre intégrale de l’Accord de Paris passe par des réductions d’émissions beaucoup plus importantes que ce qui est actuellement prévu », a déclaré Wendel Trio, directeur du Réseau Action Climat Europe, un groupe environnemental.

« L’Europe doit s’engager sur une voie qui permette d’atteindre l’objectif de 1,5°C de l’Accord de Paris », a-t-il affirmé. Selon lui, « cela signifie adopter la position du Parlement sur la future loi énergie propre, mais aussi aller au-delà : augmenter considérablement l’objectif de réduction des émissions de carbone d’ici à 2030 et atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 au plus tard ».

Madrid et Rome changent la position de l'UE sur le climat

La présidence bulgare de l’UE a présenté de nouvelles options pour les ministres de l’Énergie qui se réunissent le lundi 11 juin. Objectif : finaliser trois lois qui détermineront la politique énergétique et climatique de l’Europe jusqu’en 2030.

Paquet énergie propre

Au niveau européen, les décideurs politiques discutent actuellement d’un ensemble de lois qui définiront la politique climatique et énergétique de l’UE pour 2030 – y compris des objectifs en matière d’émissions de gaz à effet de serre, d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables. Une consultation publique sur une feuille de route 2050 pour réduire les émissions de carbone doit également être lancée en juillet, dans le but d’adopter une stratégie européenne de milieu de siècle avant les élections européennes de l’année prochaine.

Si des pays comme la France, la Suède et les Pays-Bas se sont montrés disposés à relever les objectifs climatiques de l’UE pour 2030, d’autres comme les quatre pays de Visegrád – République tchèque, Slovaquie, Hongrie et Pologne – freinent des quatre fers, mettant l’accent sur le coût de la transition.

Quant à l’Allemagne, qui n’avait jusqu’à présent pas dévoilé ses cartes, elle a semblé se ranger du côté du groupe de Visegrád le 11 juin lorsqu’elle a mis en garde contre des « objectifs irréalisables » en matière d’énergies renouvelables pour 2030, que certains pays de l’UE voudraient porter à 32 ou 35 % – bien au-delà de l’objectif de 27 % convenu par les dirigeants européens en 2014.

Berlin douche les espoirs de l'UE sur les renouvelables

Si les électeurs européens ne font plus confiance aux politiques, c’est notamment à cause d’ambitions « irréalisables » sur les renouvelables, estime le ministre allemand à l’Énergie, opposé à un objectif de 33 ou 35 % de renouvelables d’ici 2030.

Cependant, pour l’alliance des entreprises et des ONG, il s’agit d’une vision à court terme.

« De plus en plus d’entreprises montrent comment la pensée d’entreprise innovante peut réimaginer la façon dont nous faisons les choses et rendre la neutralité carbone non seulement possible, mais aussi positive pour les gens et pour les affaires », a déclaré Eliot Whittington, directeur du Corporate Leaders Group. « Ces entreprises ont toutefois besoin de décideurs pour définir l’orientation et faire en sorte que les cadres politiques soient adaptés à l’objectif », a-t-il ajouté.

En termes d’avantages économiques et de création d’emplois, les récompenses pourraient être belles et se chiffrer en milliards d’euros, a estimé Peter Damgaard Jensen, le PDG du fonds de pension danois PKA.

« Dans l’UE, des politiques claires, à long terme et ambitieuses, conçues pour accélérer les investissements du secteur privé dans la transition à faible intensité de carbone, peuvent soutenir le déploiement à grande échelle de capitaux, la promotion d’une croissance économique durable et la création d’emplois, tout en consolidant la position de l’UE en tant que leader mondial de l’action climatique », a-t-il assuré.

Subscribe to our newsletters

Subscribe