Le captage carbone divise les eurodéputés

epa03025843 Un employé de Vattenfall à l'installation de captage et de stockage du dioxyde de carbone à Schwarze Pumpe, Brandebourg, Allemagne, le 5 avril 2011. [EPA/BERND SETTNIK]

Les eurodéputés sont divisés sur la place que devraient prendre les technologies d’élimination du carbone dans la stratégie climatique, après une évaluation d’impact qui met en doute leur faisabilité.

Les commissions du Parlement européen se prononcent actuellement sur le projet de stratégie climat de l’exécutif. Publié en novembre, le texte devrait servir de base à la politique climatique de l’UE dans les décennies à venir.

Deux camps s’affrontent sur le sujet crucial des technologies comme le captage et stockage de carbone (CSC). Le premier souhaite compter sur ces technologies d’élimination du CO2 émis, alors que le deuxième pointe qu’elles ne peuvent apporter qu’un léger complément à d’autres mesures.

La Commission a présenté plusieurs scénarios pour 2050. Les États membres devront à présent en choisir un. Le scénario le plus ambitieux, qui vise une réduction de près de 100 % des émissions d’ici la moitié du siècle, compte beaucoup sur les technologies de CSC.

La Commission propose un objectif zéro émission de CO2 en 2050

La Commission européenne dévoile le 28 novembre son plan très attendu pour « une Europe zéro émission ». Les capitales européennes n’y sont pas toutes favorables.

Dans le projet de résolution rédigé par la commission à l’environnement (ENVI), les eurodéputés soulignaient au départ que les options telles que le CSC ou le captage direct dans l’air n’avaient pas encore fait la preuve de leur « faisabilité » et devraient donc uniquement servir de complément aux réductions directes des émissions.

Une série d’amendements, notamment introduits par Bas Eickhout (Verts), Eleonora Evi (EFDD), Ulrike Müller (ALDE) et Kathleen Van Brempt (S&D), tendent justement à éliminer, ou au moins réduire fortement le rôle de ces technologies.

Un spécialiste du Bureau européen de l’environnement estime en effet que « la voie vers une économie à zéro émission d’ici 2040 ne doit pas dépendre des technologies non prouvées de suppression des émissions ». Il souligne le rôle des forêts et des puits de carbone, qui sont des options « naturelles et efficaces ».

Une attitude diamétralement opposée à celle d’eurodéputés comme Peter Liese (PPE), Seb Dance (S&D), Jan Huitema (ALDE) et la présidente de la commission ENVI, Adina-Ioana Vălean (PPE), qui ont tous présenté des amendements allant dans l’autre sens. Selon eux, le problème de « faisabilité » est uniquement lié aux économies d’échelle, et non à la viabilité des technologies.

Dans son texte, Adina-Ioana Vălean assure que le CSC devrait être considéré comme une option « sans regret ». Dans son amendement, la française Françoise Grossetête (PPE) indique quant à elle que la technologie est nécessaire pour les processus pour lesquels « peu ou pas d’alternatives économiquement viables ne sont disponibles ».

Les défenseurs du CSC soulignent  aussi que dans un rapport récent, le GIEC prévoit d’éliminer un volume important d’émissions via ces systèmes, surtout dans les scénarios, de moins en moins probables, d’un réchauffement limité à 1,5°C.

Un porte-parole de l’Association internationale des producteurs de gaz et de pétrole estime quant à lui que le projet de résolution n’est pas cohérent. D’un côté, il fait référence aux études du GIEC, mais de l’autre, il écarte l’opinion des expertes que le CSC sera essentiel à la limitation du réchauffement.

Le Parlement pourrait voter sur deux résolutions différentes en mars, étant donné que la commission ENVI n’est pas la seule à plancher sur le sujet. La commission de l’énergie (ITRE) a en effet estimé être aussi compétente et prépare son propre texte.

Dans la version du projet de résolution de la commission ITRE, qu’Euractiv a pu consulter, le CSC n’est pas remis en question, mais de très nombreux amendements ont été rédigés.

Les membres de la commission ENVI prévoient de voter leur texte en interne le 20 février. Le vote de la commission ITRE sera organisé plus tard.

Cacophonie parlementaire sur les objectifs climatiques de l'UE

Le Parlement européen ne parvient pas à avancer sur la législation censée permettre à l’UE d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris, les commissions se disputant la première place.

Timidité des investisseurs

Si le CSC et les technologies similaires n’ont pas encore décollé, c’est notamment à cause d’un manque d’investissement. Pour la Cour des comptes européenne, l’absence de stratégie à long terme et de coordination à ce sujet freine les investisseurs.

Entre 2008 et 2017, plus de 3 millions d’euros de fonds européens étaient disponibles pour des projets de démonstration visant à prouver la faisabilité du CSC. Aucun des programmes de financement n’a été utilisé à pleines capacités, selon la Cour des comptes.

Un groupe de travail du gouvernement britannique a cependant conclu en juillet dernier qu’il existait des modèles rentables pour ces technologies, et que le déploiement du CSC en « groupements industriels » était la meilleure manière d’avancer, afin de partager les coûts d’infrastructure.

En effet, « le CSC est une technologie opérationnelle au niveau commercial depuis les années 1970 », souligne l’institut mondial du CSC. « Il existe actuellement 18 projets à grande échelle en activité dans le monde, cinq en cours de construction et plus de 200 millions de tonnes de CO2 ont déjà été stockées ».

Lors d’une conférence sur l’énergie le 4 février, un haut fonctionnaire de la Commission a cependant prévenu que le CSC était encore un sujet « compliqué », citant « la réticence du public, des coûts élevés et un niveau relativement bas d’investissements privés ».

L'Europe tergiverse sur la capture et le stockage du carbone

Le captage et stockage du carbone est considéré par la Commission comme une des sept technologies qui permettront de verdir l’économie européenne. Mais les financements se font attendre.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.