Certifier des plantations forestières pour lutter contre la déforestation

L’idée derrière le système de certification de forêts artificielles est de contrôler leur exploitation, de la taille des espèces d’arbres à l’usage du bois.  [Rich Carey/Shutterstock]

L’Europe est la deuxième région au monde la plus responsable de la déforestation, selon un rapport du WWF, publié le 14 avril 2021. Le Forest Stewardship Council (FSC), label environnemental dont le but est de tracer la production de bois, préconise le développement de plantations forestières certifiées pour endiguer la surexploitation des forêts dans le monde. 

Dans quelles conditions le bois importé en Europe a-t-il été exploité ? Difficile à dire. L’efficacité des systèmes de certifications actuels ne permet pas de protéger les forêts : « Dans certains cas, la certification a permis de réduire la perte de couvert forestier, mais il n’existe pas de preuves que les normes volontaires aient des effets sur la déforestation en dehors des zones certifiées », alerte WWF dans son enquête. 

Un problème également soulevé par Greenpeace dans son dernier rapport sur la déforestation (mars 2021) : « des produits liés à la déforestation, à la conversion d’écosystèmes, à l’accaparement des terres et à des violations des droits humains continuent d’entrer sur le marché européen avec la caution des systèmes de certification ».

Déforestation liée aux importations : l'UE deuxième responsable mondial après la Chine

Via ses importations de soja, d’huile de palme, de boeuf, mais aussi de produits du bois, de cacao et de café, l’UE a contribué indirectement, en 2017, à la disparition de 203.000 hectares de forêts tropicales, converties en terres agricoles, selon l’organisation environnementale.

Des forêts artificielles pour protéger les forêts naturelles 

Pour tenter d’endiguer le phénomène, Kim Carstensen, Directeur général du FSC, soutient l’idée de développer des plantations forestières, des forêts artificielles créées uniquement pour être exploitées dans un but commercial ou environnemental. Aujourd’hui, elles représentent 3% des forêts dans le monde, mais produisent 33% du bois utilisé par l’industrie.

 « Les plantations peuvent permettre une gestion durable et à long terme des forêts et répondre aux besoins économiques et sociaux des communautés locales. Elles doivent également respecter les droits fonciers et la culture des peuples indigènes  », a-t-il déclaré lors d’un webinaire organisé par le FSC et les Amis de la Terre, mercredi 5 mai sur les plantations de forêts. 

L’idée derrière le système de certification de forêts artificielles est de contrôler leur exploitation, de la taille des espèces d’arbres à l’usage du bois. Le FSC a déjà certifié plus de 211,52 millions d’hectares de forêts. 

Si les plantations forestières sont souvent critiquées par les associations de protection de l’environnement, c’est parce que, mal réalisées, elles peuvent engendrer des pénuries d’eau, une déforestation trop importante, ou encore priver les communautés locales d’un accès aux ressources naturelles des forêts. 

Mauro José Armelin, représentant des Amis de la Terre au Brésil, n’est « ni pour ni contre les plantations forestières », l’essentiel étant de préserver l’environnement et de soutenir l’économie locale. « Le FSC pourrait devenir un modèle à suivre pour les propriétaires forestiers afin qu’ils tirent un revenu de leurs forêts », reconnait-il, ajoutant que les plantations forestières certifiées par le FSC seraient meilleures pour « la biodiversité et le développement ».

Le label du FSC oblige les plantations de forêts à respecter une série de critères afin d’obtenir une certification : respect de l’écosystème, respect des droits des travailleurs, respect du paysage, gestion de l’eau, etc.   

Kim Carstensen l’affirme, utilisées à bon escient, les plantations de forêts permettraient aussi de soulager les forêts naturelles. « Les forêts naturelles gérées de manière responsable ne suffiront donc pas à elles seules à offrir toutes les ressources issues des forêts dont le monde a besoin », prévient-il.

Accord UE-Mercosur : la France veut des garanties « concrètes » et « vérifiables »

De « simples engagements politiques » ne suffiront pas à ratifier l’accord mixte entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, a déclaré Franck Riester le 2 mars, lors du Conseil informel des affaires étrangères en format commerce.

Un enjeu européen 

La déforestation est au cœur des enjeux européens de développement durable, à commencer par la ratification de l’épineux accord UE-Mercosur. Plusieurs États membres, dont la France, refusent de signer l’accord en l’état, jugeant qu’il ne ferait qu’aggraver la situation de la déforestation en Amérique latine. 

Pour lutter contre la déforestation et mieux contrôler l’importation du bois en Europe, plusieurs dispositifs ont été mis en place mais leur efficacité reste limitée. Le Parlement européen a adopté, mercredi 10 mars, une résolution visant à s’attaquer aux problèmes liés à l’environnement et aux droits de l’homme dans les chaînes d’approvisionnement des entreprises au sein de l’UE. 

La Commission européenne souhaite aller plus loin. En juin prochain, elle devrait présenter une directive afin de limiter et de contrôler l’impact de l’Europe sur la déforestation dans le monde. 

Ajustement carbone aux frontières : des pays en voie de développement jugent la mesure « protectionniste »

« Ce qu’on attend en matière de politique climatique d’un pays africain n’est pas pareil qu’un pays européen », reconnait Raffaele Mauro Petricione, Directeur général de l’action pour le climat de la Commission européenne, ajoutant que « cela va donner lieu à des débats houleux ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer