Cinq ans de l’Accord de Paris : vers un nouveau dynamisme américain ?

Le futur président Joe Biden a annoncé le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris. Que peut-on attendre du retour du deuxième émetteur de CO2 mondial sur la scène du climat à la veille du cinquième anniversaire du compromis conclu en 2015 ?  [Claire Stam]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Vers une trajectoire 1,5 °C ?.

Après quatre ans de détricotage des lois et réglementations en faveur du climat par l’administration Trump, le futur président Joe Biden a annoncé le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris, déjà accompagné d’une batterie de mesures. Que peut-on attendre du retour du deuxième émetteur de CO2 mondial sur la scène du climat à la veille du cinquième anniversaire du compromis conclu en 2015 ? 

« L’annonce du retour des États-Unis dans l’Accord de Paris, l’engagement du président-élu Joe Biden vers la neutralité carbone en 2050 et l’engagement de la Chine vers la neutralité carbone en 2060 sont d’excellents signes pour amorcer une trajectoire globale des émissions en cohérence avec les objectifs climatiques de l’Accord de Paris », explique à Euractiv France la présidente du Haut conseil pour le climat, Corinne Le Quéré. 

Parmi les mesures proposées par le futur président, outre le zéro émission nette d’ici à 2050, une économie à 100 % d’énergie propre à ce même horizon et une électricité produite sans énergie fossile d’ici à 2035, ainsi que la modernisation de quatre millions de bâtiments pour atteindre une meilleure efficacité énergétique. Pour y parvenir, Joe Biden compte prendre les grands moyens, avec un investissement colossal en faveur du climat de 2 000 milliards de dollars sur quatre ans. 

« La Chine, les États-Unis et l’Europe sont responsables de la moitié des émissions globales. S’ils suivent leurs engagements avec des mesures et des plans concrets, notamment au sein des plans de relance de l’économie en sortie de crise du Covid-19, ils pourraient aussi inciter l’ensemble des pays à s’engager plus fortement », poursuit Mme Le Quéré. Le président-élu américain s’est d’ailleurs déclaré favorable à la taxe carbone aux frontières, un mécanisme que la Commission européenne souhaite également mettre en place. Celui-ci pourrait être plus facile à défendre, s’il était aussi appliqué par d’autres puissances économiques. 

Taxe carbone aux frontières : comment une idée française se retrouve sur le devant de la scène européenne 

Les présidents français n’ont cessé d’appeler de leurs voeux une taxe carbone aux frontières. Plus de 10 ans plus tard, l’idée a fait son chemin à Bruxelles et la Commission européenne prévoit de l’intégrer dans son plan de  relance. Une initiative européenne qui irrite Pékin alors que le prochain sommet UE Chine se tiendra lundi prochain.

En vingt ans, un milliard de tonnes de carbone en moins

Depuis leur pic de 2000, les émissions américaines ont baissé de près d’un milliard de tonnes de carbone, la plus forte baisse absolue de tous les pays du monde sur cette période. Et pour la seule année 2019, en pleine présidence Trump, les États-Unis ont connu la plus forte baisse des émissions de CO2 liées à l’énergie au niveau mondial – une chute de 2,9 %, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie. 

Ceci s’explique en partie par un changement dans l’opinion américaine en faveur du climat et par sa forte mobilisation. Ainsi le mouvement « We are still in », initié après l’annonce de la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, qui représente plus de 159 millions de personnes, 2287 entreprises et investisseurs et un PIB de 9 460 milliards de dollars. « C’est une coalition bi-partisane qui a notamment pris des mesures de politiques fiscales appliquées au niveau local et régional. Elles ont contribué à diminuer les émissions de gaz à effet de serre », précise David Levaï, chercheur associé à l’Iddri.

« Ces acteurs mobilisés fournissent à Joe Biden une base solide sur laquelle il va pouvoir s’appuyer contrairement à l’administration Obama qui a dû construire à partir de rien », poursuit-il. 

Incertitude autour du Sénat

Seulement, la marge de manœuvre du 46ème président des États-Unis risque d’être réduite en raison de la composition du prochain Sénat, rappelle l’expert. De fait, dans l’État de Géorgie, deux sénateurs républicains sont confrontés à des second tours à l’issue incertaine le 5 janvier prochain.

Si les candidats démocrates Jon Ossoff et Raphael Warnock remportent les élections contre les deux républicains sortants David Perdue et Kelly Loeffler, M. Biden pourra compter sur le soutien des deux chambres du Congrès américain pour mener à bien ses réformes et sa politique climatique. 

Si, en revanche, les Républicains défendent leur majorité, ils peuvent bloquer les projets de loi ainsi que les nominations de candidats à la présidence pour des fonctions gouvernementales ou judiciaires. « Dans ce cas-là, il n’y aura pas de grand soir pour l’administration Biden. La perspective d’un gros paquet législatif à l’image de ce qu’a fait l’Europe avec le Green Deal sera alors très peu probable », souligne David Levaï. 

Il n’en demeure pas moins que la nomination de John Kerry, l’ancien secrétaire d’État pendant l’administration Obama qui a signé l’Accord de Paris avec sa petite fille sur les genoux, est « un signal très fort non seulement sur le fonds, mais aussi sur l’individu », explique David Levaï. « Elle envoie le signal à la communauté étrangère que l’administration Biden va mettre le climat au centre de sa politique étrangère, et qu’il n’y a pas d’équivoque. »

« Joe Biden et John Kerry sont des amis de longue date. Les chefs d’États savent que John Kerry n’est pas un administrateur lambda, qu’il a une ligne directe avec le président des États-Unis. Cela renforce la capacité d’action de son administration sur le climat. » 

L’article six au fort contentieux

Après deux ans de blocage sur la finalisation du rulebook, ensemble des règles communes pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris, le dynamisme américain ne serait pas de trop. L’article 6, relatif aux marchés carbone, sera l’un des prochains défis de la présidence de la COP26. Le Brésil s’était fermement opposé aux règles comptables ébauchées l’année dernière à Madrid, lors de la COP25. « L’article 6 doit permettre d’éviter une double comptabilité, ce qui est essentiel pour garantir la crédibilité environnementale du système », explique Paul Watkinson, président de l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 2018 et 2019.

Le transfert des crédits issus du protocole de  Kyoto (système d’échange de crédits précédant l’Accord de Paris, ndlr) posaient aussi question. « Certains pays comme le Brésil ou l’Inde ont un nombre important de crédits en réserve. Sauf que si on ouvre les vannes, cela aura un impact sur l’ambition des objectifs fixés dans l’accord », poursuit-il. 

En 2019, la présidence chilienne de la COP était affaiblie par une crise politique de grande ampleur, les violentes émeutes de Santiago, et leur répression, ayant même forcé la conférence onusienne à se déplacer à la dernière minute à Madrid. En novembre 2021, à Glasgow, la COP26 devra faire preuve d’une volonté politique forte afin d’entériner une bonne fois pour toutes ces règles d’application.

"Nous avons fait beaucoup de progrès dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris"

Cinq ans après la signature de l’Accord de Paris, son rulebook n’est pas encore finalisé. Dans un entretien exclusif à Euractiv France, Paul Watkinson, revient sur ces points toujours en suspens.

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