Climat : l’UE avertit que des « progrès plus rapides » sont nécessaires pour atteindre les objectifs de l’ONU

« La marge de manœuvre pour atteindre 1,5 °C de hausse de température est désormais très limitée », a déclaré Philippe Tulkens de la direction de la recherche de la Commission européenne. [EURACTIV / YouTube]

Les nations du monde entier progressent trop lentement dans la mise en œuvre des promesses de réduction des émissions de carbone formulées lors du sommet historique de Paris sur le climat il y a six ans, ont déclaré les responsables politiques de l’UE avant l’ouverture de la COP26 à Glasgow ce 31 octobre.

« L’action tant en matière de limitation que d’adaptation est trop lente » pour limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C, l’un des objectifs de l’Accord de Paris signé en 2015, a déclaré Philippe Tulkens, haut fonctionnaire à la direction de la recherche de la Commission européenne en charge du climat. « Et la science confirme aujourd’hui que des efforts beaucoup plus importants et des progrès plus rapides sont nécessaires ».

« La marge de manœuvre pour atteindre 1,5 °C de hausse de température est désormais très limitée. Même pour l’objectif de 2 °C, l’ampleur et le rythme des changements requis sont sans précédent dans l’histoire de la civilisation humaine », a-t-il déclaré lors d’un événement organisé par EURACTIV ce lundi (18 octobre).

« Les responsables politiques devront faire preuve de courage  » lors de la COP26 afin de remédier à ce problème, a déclaré M. Tulkens. « Si nous échouons, cela fera mal et cela a déjà commencé, comme nous l’avons vu avec les inondations et les incendies » qui ont frappé l’Europe et d’autres endroits dans le monde cette année, a-t-il prévenu.

L’avertissement de la Commission européenne intervient deux semaines seulement avant l’ouverture du sommet sur le climat à Glasgow. Les dirigeants de plus de 190 pays devraient prendre de nouveaux engagements afin de réduire les émissions à l’origine du réchauffement de la planète.

Toutefois, si les principaux émetteurs comme l’Europe, les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni ont tous renforcé leurs engagements, d’autres pays comme l’Inde, la Chine, la Russie et l’Australie sont toujours à la traîne, a déclaré Antony Froggatt de Chatham House, un groupe de réflexion britannique.

« Ce sont tous des pays qui peuvent faire une différence en termes de niveau global d’émissions en 2030, donc pour moi, c’est un test clé », a déclaré M. Froggatt aux participants à l’événement.

La COP26 a été désignée comme le sommet au cours duquel les pays du monde entier se réuniraient pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris, à savoir maintenir le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C » et tendre vers 1,5 °C.

« Et ce n’est malheureusement pas le cas », a déclaré Michael Bloss, un député allemand du groupe politique des Verts au Parlement européen.

« Nous devons être beaucoup plus rapides » pour atteindre cet objectif, a-t-il souligné, appelant l’Europe à être un « véritable leader climatique » et à relever ses propres objectifs climatiques.

M. Bloss rappelle l’inventaire mondial des engagements actuels réalisé par le Climate Action Tracker, qui démontre que le réchauffement de la planète atteindrait 2,7 °C dans le cadre des politiques actuelles adoptées au niveau de l’UE.

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Alison Martin, directrice générale pour l’Europe du groupe d’assurance suisse Zurich, s’est référée à un tableau de bord annuel publié par l’assureur en septembre, qui ne fait état que de progrès limités en matière de décarbonation au cours de l’année écoulée.

« Le problème vient du fait que les émissions de CO2 repartent à la hausse après une brève interruption due à la pandémie de 2020 », indique le rapport.

Le tableau de bord de Zurich a examiné 12 variables différentes afin d’évaluer la probabilité du maintien de l’augmentation de la température mondiale en dessous de 1,5 °C. Il a révélé certaines améliorations dans des domaines tels que les énergies renouvelables et les systèmes de tarification du carbone, qui couvrent actuellement environ 20 % des émissions mondiales de carbone.

« Cependant, cela n’est tout simplement pas suffisant » pour que nous puissions atteindre les ambitions de Paris, a averti Mme Martin. « Nous devons rompre le lien entre les émissions de gaz à effet de serre et la croissance économique, ce que nous n’avons manifestement pas encore fait », a-t-elle ajouté.

La meilleure façon de briser ce lien « est de continuer à déployer des systèmes de tarification du carbone » pour couvrir les émissions dans l’ensemble de l’économie, a expliqué Mme Martin. Elle a exprimé le souhait que la COP26 « puisse aboutir à certains de ces résultats ».

Règles du marché du carbone

L’un des objectifs de la COP26 sera d’établir des règles en vertu de l’article 6 de l’Accord de Paris, qui établit les règles des marchés internationaux du carbone.

M. Froggatt qualifie ces règles de « boulons et écrous » de l’Accord de Paris et d’élément essentiel pour la mise en œuvre de l’accord.

Toutefois, M. Bloss a mis en garde contre le fait que « certains pays font pression pour une double comptabilisation » des réductions d’émissions au titre de l’article 6. Lors de la COP25, le Brésil avait insisté pour que les pays qui vendent des projets de compensation carbone à l’étranger ne soient pas tenus de procéder à un ajustement équivalent de leur propre objectif climatique.

« Si cela se produit, c’est toute l’intégrité du système de Paris qui sera mise à mal », a averti M. Bloss, appelant à des règles plus strictes sur le commerce international du carbone.

M. Bloss a néanmoins fait preuve d’un certain optimisme quant à la COP26 de Glasgow. Il a notamment mentionné une initiative de la présidence de la COP en faveur de l’abandon progressif du charbon par les pays riches d’ici à 2030, au plus tard.

« Je pense que c’est vraiment important et que l’UE, en tant que leader mondial du climat, devrait faire partie de cette coalition pour l’élimination progressive du charbon d’ici 2030 », a-t-il déclaré.

> Regardez l’intégralité de l’événement EURACTIV ci-dessous sur YouTube (en anglais)

 

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