Climat : un sommet de juin pour rien ?

Un petit groupe de pays européens appelle le Conseil européen de juin à agir contre le changement climatique. Les chances d’en faire un moment décisif sont minces.

Huit pays ont lancé un appel pour que les dirigeants adoptent des conclusions sérieuses, notamment sur un plan de lutte contre le changement climatique pour 2050, les 20 et 21 juin prochain.

Selon les documents consultés par Euractiv, Chypre, le Danemark, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne et la Suède, veulent tous envoyer un « message fort » avant le sommet des Nations unies qui aura lieu en septembre. Le sommet de juin est la dernière rencontre européenne organisée d’ici là.

Ils appellent les 20 autres États membres à s’accorder sur le fait que le bloc doit aller à New-York avec des engagements forts sur la réduction nette zéro des émissions avec la garantie que personne n’est laissé pour compte dans la transition vers une économie verte.

On s’attend à ce que des pays comme la Chine et l’Inde se présentent au siège de l’ONU avec de grands projets, y compris une nouvelle date pour des émissions maximales ou des propositions importantes en matière d’électrification. Une Europe aux ambitions faiblardes pourrait saper les aspirations de l’Union en matière de leadership climatique.

Certains États membres, dont l’Estonie, la Hongrie et la Pologne, sont cependant peu enclins à se surpasser, et veulent s’en tenir aux objectifs déjà fixés, selon les responsables. Ils insisteront également pour que la soi-disant neutralité climatique soit fixée au milieu du siècle plutôt que de s’engager à une date explicite pour 2050, bien que la chancelière allemande, Angela Merkel, ait récemment assoupli sa position sur cette question.

Merkel se prononce enfin sur la stratégie climat pour 2050

L’Allemagne pourrait rejoindre une alliance européenne visant la neutralité carbone d’ici 2050. Jusqu’ici, le gouvernement d’Angela Merkel s’était montré plus que frileux à ce sujet. Un article d’Euractiv Allemagne.

Selon des sources européennes, le sommet de juin ne sera pas un sommet mémorable pour l’action climatique, car les dirigeants nationaux seront préoccupés par la répartition des postes institutionnels de premier plan pour les cinq prochaines années.

En novembre, la Commission européenne a dévoilé un projet de stratégie pour rendre l’économie européenne exempte d’émissions d’ici à 2050 afin de respecter l’accord de Paris sur le changement climatique. Les capitales de l’UE ont disséqué le projet depuis lors.

Selon l’accord de Paris, les projets à long terme doivent être envoyés à l’ONU « d’ici à 2020 », un délai assez souple. Le texte semble indiquer que la date butoir est fixée au 31 décembre 2020.

Toutefois, les camps les plus progressistes affirment que l’UE devrait s’efforcer de présenter son plan dès que possible, tandis que d’autres appellent à une approche lente et régulière.

L’absence d’une date limite stricte signifie que les dirigeants nationaux ne ressentent pas la nécessité de s’y atteler et qu’ils donneront la priorité à des questions plus urgentes. En juin par exemple, ils aborderont avant tout les hauts postes de l’UE et le programme de travail pour les cinq prochaines années, connu sous le nom de programme stratégique.

Les exemples passés de prise de décision en matière de législation sur l’énergie et le climat au niveau de l’UE laissent penser que les dirigeants auront besoin d’un sommet complet pour parvenir à un accord unanime.

Le sommet de Sibiu ne ferme pas la porte aux Spitzenkandidaten

Les dirigeants européens ont accepté un sommet d’urgence juste après les élections, le 28 mai, à la demande de Donald Tusk, qui veut régler la question de la nomination des présidents de la Commission et du Conseil en juin.

Le sommet des Nations unies de septembre est présenté comme un moment historique pour l’action en faveur du climat, en particulier par le secrétaire général Antonio Guterres, mais l’absence « d’urgence » risque de ne pas pousser les capitales européennes à prendre des décisions qu’elles pourraient considérer comme irréfléchies.

Lors du sommet européen de mars, les groupes écologistes ont été déçus lorsque le Conseil a conclu que l’UE devait « s’efforcer de parvenir à la neutralité climatique », sans faire mention d’un calendrier clair.

Les sources de la Commission se sont toutefois montrées satisfaites de ce que les États membres avaient convenu,  et ont déclaré à Euractiv qu’ils ne s’attendaient pas à ce que le climat soit mentionné dans un sommet qui était dominé par la question du Brexit.

Avant le sommet de juin, la présidence tournante de l’UE, actuellement assurée par la Roumanie, résumera toutes les réunions de niveau inférieur tenues jusqu’à présent sur le plan climat 2050, afin d’alimenter la discussion entre chefs d’État et de gouvernement.

Le successeur de la Roumanie, la Finlande, aura la responsabilité de rapprocher les positions des États membres entre juillet et décembre. Le nouveau titulaire de la présidence compte conclure un accord final sur le projet 2050 avant la fin de son mandat.

Selon des sources européennes, l’UE risque toutefois de se décider à la dernière minute, puisque l’ONU a plus besoin d’une « notification » que d’une stratégie en profondeur.

Elles reconnaissent que rien ne peut empêcher un État membre de s’opposer à une décision, comme cela a été le cas avec la Pologne en 2011, mais que depuis l’accord de Paris le monde est différent et que les chances que cela se produise se sont amoindries.

 

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