Les pays en développement toujours aux premières loges du changement climatique

Les inondations mettent les assureurs et l'UE à l'épreuve. [Howard Lake/Flickr]

Le changement climatique touche plus durement les pays en développement, à la fois sur le plan écologique et économique, selon les scientifiques réunis en marge de la COP24.

« Aucun niveau de réchauffement climatique n’est sûr. Même avec un degré de plus, on voit les conséquences sur les gens, la nature et les moyens de subsistance », prévient Debra Roberts, coprésidente du groupe de travail du GIEC sur le rapport alarmant publié en octobre. « Et le risque augmente significativement à chaque nouvel échelon. »

La scientifique participait les 8 et 9 décembre à la 16e édition des journées du climat et du développement en marge de la COP24, à Katowice en Pologne. La conférence a souligné l’impact exponentiellement plus grave du changement climatique sur les communautés qui vivent grâce à l’agriculture ou aux activités comme la pêche. Les discussions se sont centrées autour de quatre thèmes principaux : résilience, connaissances locales, responsabilité et financement de l’adaptation, couplé à la gestion des risques.

Pin Meechaiya, hydrologue et coordinatrice de projet au département de résilience climatique du Centre asiatique de préparation aux catastrophes, explique ce que signifie l’échelon supplémentaire de réchauffement dont parle Debra Roberts pour son pays, la Thaïlande.

« Dans mon travail, j’essaie de voir l’effet que le changement climatique a déjà sur le terrain. En Thaïlande, on le voit avec les mangues », une culture importante dans l’économie du pays. « Depuis 2014, l’augmentation des températures a augmenté les dommages liés au thrips, un insecte qui se nourrit des fleurs de manguiers et rend le fruit impropre à la vente. »

Jusqu’en 2014, la Thaïlande exportait entre 50 et 60 % de ses mangues, à un prix fixé à 3 euros le kilo, et le secteur n’avait jamais connu de problèmes. Aujourd’hui, la mauvaise qualité des récoltes a fait tomber les exportations entre 20 et 30 % de la production, au prix de 1 euro le kilo.

Le gouvernement  « a un peu paniqué » face à la chute des revenus, indique Pin Meechaiya. « Les producteurs doivent utiliser des pesticides pour lutter contre les thrips, et cela coûte évidemment de l’argent et réduit donc leurs recettes. C’est un nouveau secteur touché par le changement climatique au sein de notre économie. »

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Renversement du flux financier

Michael Szöny, du groupe d’assurance Zurich, souligne quant à lui la rentabilité de l’investissement dans la prévention. « Outre la cause humanitaire de sauver des vies ou de rendre la vie plus supportable à certains habitants, le fait économique est que si vous investissez rapidement, vous aurez besoin de moins de fonds pour des opérations d’aide et de sauvetage », assure-t-il.

Le spécialiste chapeaute l’Alliance Zurich de résistance aux inondations, un partenariat multisectoriel axé sur les solutions permettant aux communautés de renforcer leurs défenses face au risque d’inondation. La première phase du programme, lancée en 2013, vient de se terminer, et la deuxième a commencé le 3 juillet 2018.

« Nos chiffres montrent que si vous investissez 1 dollar au départ, avant l’événement, vous économisez en moyenne 5 dollars sur les pertes futures », souligne-t-il.

Se concentrer sur la prévention et la résilience est particulièrement pertinent pour les zones inondables. « Les inondations affectent plus de gens sur toute la planète que nombre d’autres types de catastrophes naturelles. Et ce sera de pire en pire, à cause non seulement du réchauffement climatique, mais aussi de l’augmentation de population, de l’urbanisation et du développement économique », poursuit-il, ajoutant que les risques d’inondation sont de plus en plus interconnectés à d’autres phénomènes.

« À l’heure actuelle, si on regarde où va l’argent, on se rend compte que seuls 13 % des dépenses sont allouées au renforcement pré-incident et à la réduction des risques. Cela signifie que 87 % servent à l’aide après les catastrophes », regrette-t-il.

Et la situation est encore pire en termes d’aide au développement. « Sur 100 euros d’aide au développement, seuls 40 centimes sont attribués au développement soucieux des risques », pointe le spécialiste. « Il y a des arguments économiques pour la prévention, mais en réalité l’argent part ailleurs. »

Pour lui, il est essentiel de renverser cette tendance. « Il faut s’assurer que davantage de fonds sont utilisés au départ, afin de devoir moins dépenser à la fin, après la catastrophe », insiste-t-il.

Aujourd’hui, les financements sont divisés en trois catégories : financements climatiques, financement du développement et financement des risques. Or, ces financements « ne devraient pas être séparés, parce qu’en pratique cela vous fait dépenser trois fois votre argent. Il faut donc fusionner ces trois aspects », selon lui.

Les assurances Zurich investissent environ 50 millions de dollars au programme de résistance aux inondations. « Ce n’est évidemment pas assez, puisque dans le cadre des négociations climatiques on parle de 100 milliards de dollars annuels, mais nous devons trouver un financement au développement climato-intelligent », conclut-il. « Dans notre cas, nous nous demandons à présent comment tirer parti d’un milliard de dollars d’investissements dans un développement axé sur les risques. »

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