Le réchauffement climatique pousse la BCE à repenser sa politique monétaire

Benoît Coeuré [EPA / Filip Singer]

Les banques centrales seront tôt ou tard appelées à  adapter leurs politiques monétaires aux nouveaux risques induits par le réchauffement climatique, a déclaré Benoît Cœuré de la Banque centrale européenne (BCE).

« Le changement climatique n’est pas une théorie. C’est un fait », a déclaré Benoît Cœuré dans un discours historique prononcé à Berlin le jeudi 8 novembre.

Et « on peut s’attendre à ce que cela affecte la politique monétaire d’une manière ou d’une autre », a-t-il déclaré aux délégués lors d’une conférence sur le financement vert organisée par la Deutsche Bundesbank et le Conseil sur les politiques économiques (Council on Economic Policies).

En tout état de cause, « les conséquences macro-économiques devraient être importantes », a-t-il averti. S’il n’est pas maîtrisé, le changement climatique « peut compliquer davantage l’identification correcte des chocs » tels que les inondations, les tempêtes et autres phénomènes météorologiques extrêmes qui ont un impact sur l’inflation.

« Les sécheresses et les vagues de chaleur entraînent souvent des pénuries de récoltes, ce qui exerce une pression à la hausse sur les prix des denrées alimentaires », a expliqué Benoît Cœuré, tandis que « les ouragans et les inondations détruisent la capacité de production et augmentent ainsi les prix des intrants et des extrants ».

Le changement climatique rendra également certaines régions du monde moins habitables, provoquant des migrations qui auront un impact sur la croissance des salaires et l’inflation dans les pays d’accueil, comme ce fut le cas en Allemagne ces dernières années, a-t-il poursuivi.

Et « dans le scénario le plus souhaitable, où l’humanité relèverait le défi du changement climatique, les implications pour la politique monétaire pourraient être tout aussi importantes », a-t-il averti, « en particulier si la modification du bouquet énergétique qui en découle modifie les prix relatifs dans une mesure qui risque de déstabiliser les attentes d’inflation à moyen terme ».

Par exemple, « une transition plus rapide vers les énergies renouvelables, associée à des percées technologiques telles que l’intelligence artificielle et la conduite autonome, pourrait faire baisser l’inflation au point de provoquer « une spirale à la baisse des prix et des salaires », a-t-il déclaré.

La prochaine crise financière pourrait être causée par le climat

Une transition énergétique précipitée par le réchauffement climatique « coûtera très cher », ont prévenu les investisseurs lors de la conférence de Bratislava. Elle présente cependant un grand potentiel pour les investisseurs.

Ce n’est pas la première fois que les banques centrales s’inquiètent du changement climatique. Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait prévenu avant la COP21 à Paris en 2015 que la fenêtre d’opportunité pour s’y attaquer se refermait rapidement.

Les « impacts catastrophiques du changement climatique » – et le bouleversement financier créé par le passage soudain à une économie neutre en carbone – ne se feront sentir que sur une période plus longue que l’horizon de trois à dix ans utilisé dans le secteur financier, avait-il mis en garde. « En d’autres termes, une fois que le changement climatique deviendra une question déterminante pour la stabilité financière, il sera peut-être déjà trop tard. »

L’avertissement de Mark Carney avait ensuite été repris par le Comité européen du risque systémique, un organe consultatif de l’UE mis en place pendant la crise financière de 2008. Dans un rapport publié en février 2016, le CERS mettait en garde contre les risques d’une évolution trop tardive et brutale vers une économie à faibles émissions de carbone.

« Une transition soudaine de l’énergie fossile pourrait nuire au PIB et provoquer une réévaluation soudaine des actifs à forte intensité de carbone, qui sont financés en grande partie par la dette », estimait le rapport, avant de poursuivre : « si elle s’accompagne d’une augmentation de l’incidence des catastrophes naturelles liées au changement climatique, elle pourrait entraîner une augmentation massive des engagements des assureurs et des réassureurs et déstabiliser l’économie ».

Jusqu’à présent, l’impact économique des sécheresses ou des vagues de chaleur a été temporaire et n’a pas poussé la BCE à prendre des mesures. « Mais cela peut changer », a affirmé Benoît Cœuré.

« En fait, je dirais que l’horizon auquel les changements climatiques influent sur l’économie s’est raccourci, ce qui justifie une discussion sur la façon dont ils influent sur la conduite de la politique monétaire », a-t-il ajouté.

Sa crainte est que les banques centrales soient plus souvent obligées d’adopter des mesures de politique monétaire non conventionnelles, comme ce fut le cas lors de la crise financière mondiale, et – « dans un cas extrême » – qu’elles obligent la BCE à repenser son approche de la politique monétaire.

Le réchauffement climatique menace les retraites du monde entier

La grande majorité des actifs des 100 plus grands fonds de pension n’ont pas fait l’objet d’une évaluation des risques climatiques.

 

 

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