Les terres agricoles du sud dévalorisées par le changement climatique

Le changement climatique pourrait bouleverser tout le secteur agricole européen, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). La productivité des régions du sud pourrait chuter et celle du nord augmenter.

Dans un nouveau rapport publié le 4 septembre, l’Agence européenne pour l’environnement craint une « alarmante cascade de répercussions du changement climatique sur les écosystèmes agricoles et la production de cultures ». En fin de compte, celle-ci pourrait affecter les prix, la quantité et la qualité des produits en Europe.

Les conditions météorologiques extrêmes et les événements climatiques comme les sécheresses et les gelées risquent en effet de bouleverser les habitudes commerciales et la distribution du revenu agricole en Europe, redessinant ainsi la production agricole telle que nous la connaissons.

La réforme agricole doit être au cœur de la politique climatique

Le rapport spécial du Giec sur le changement climatique et les sols montre, en particulier, l’urgence à réformer les systèmes agricoles pour réduire la dégradation des terres et les rendre plus résilientes. Un article de notre partenaire le Journal de l’Environnement.

Ainsi, l’Italie, la Grèce, le Portugal, le sud de la France et l’Espagne pourraient faire face à une réduction de la rentabilité agricole, ce qui résulterait au final en la perte des terres agricoles et à l’abandon par les agriculteurs de leur activité, indique le rapport.

La valeur des terres arables dans les régions du sud de l’Europe devrait chuter de 60 à 80 % d’ici à 2100. Les deux tiers de cette baisse de valeur se concentreront en Italie, où la perte totale pourrait se situer entre 58 et 120 milliards d’euros d’ici à 2100, soit une chute de 34 à 60 % par rapport à la période de référence de 1961-1990.

Pourcentage de changement prévu dans la valeur des terres agricoles pour la période 2071-2100 comparé à la période 1961-1990 (Rapport AEE No 04/2019, source : Van Passel et al. 2017)

La fréquence des sécheresses devrait notamment augmenter, surtout dans la région méditerranéenne au printemps et en été. Dans ces régions, les températures élevées pourraient aussi affecter le secteur de l’élevage, en empirant la santé animale et en réduisant la production de bétail.

Alors que les conditions estivales trop sèches pourraient rendre les régions du sud moins propices à la production agricole et à l’élevage, la valeur des terres en Europe de l’Ouest pourrait en revanche croitre de 8 % et d’encore plus dans les pays baltes et nordiques.

Des retenues d’eau inadaptées au changement climatique

Nouvelle bisbille entre les ministres de l’Agriculture et de la transition écologique.Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Finlande, la nouvelle Espagne

Des saisons de cultures plus longues et sans périodes de gel pourraient permettre la culture de nouvelles variétés, comme du maïs-grain et du blé d’hiver dans certaines régions du nord de l’Europe, montre le rapport.

Les régions les plus froides d’Europe connaitraient un rendement du blé plus élevé dû au réchauffement climatique, tandis que les pays de l’Est verraient une hausse du rendement dans la viticulture d’ici à 2050 grâce à de meilleures conditions thermiques.

À l’inverse, la pression thermique subie par les régions viticoles traditionnelles en Méditerranée donnerait de mauvais résultats.

Selon les prévisions du rapport de l’AEE, les scénarios climatiques les plus fiables indiquent des effets néfastes sur le développement du raisin et la qualité du vin dans le sud de l’Europe, ce qui nécessitera de prendre des mesures supplémentaires pour soutenir l’avenir du secteur viticole.

Réchauffement : Bordeaux va tester de nouveaux cépages

Le plus grand vignoble de France entend préparer le remplacement de ses cépages actuels sans dénaturer la typicité de ses vins. Un article du JDLE.

Un changement dans la récolte de la vigne, voire le déplacement des cultures de l’été à l’hiver, pourrait avoir des effets bénéfiques dans les champs de vignes par rapport aux calendriers traditionnels.

Un projet européen appelé VISCA (Vineyards Integrated Smart Climate Application) a débuté en mai 2017 pour évaluer ce que les industries viticoles européennes peuvent faire pour braver le changement climatique, dans le but de développer des stratégies d’adaptation à moyen et long terme.

Afin d’informer les viticulteurs des effets futurs du climat sur la quantité et la qualité du vin, une étude a été menée dans le sud de la France dans le cadre du programme européen d’observation de la Terre, Copernicus, pour mettre en évidence l’effet du changement des températures dans quatre stades phénologiques de la vigne – débourrement, floraison, véraison et maturité.

Compte tenu des défis pour les systèmes d’irrigation dans le sud de l’Europe en raison de la pénurie d’eau, un déplacement de la culture de l’olivier dans le nord et le centre de l’Italie, ainsi que dans de nouvelles régions de la France et dans le nord de la péninsule ibérique pourrait être envisagé.

L’adaptation, nouveau mot d’ordre

Les auteurs du rapport soutiennent que les efforts d’adaptation au changement climatique dans le secteur agricole doivent être la priorité des décideurs politiques de l’Union européenne.

« En dépit de certains progrès, il reste encore beaucoup à faire pour que le secteur lui-même, et en particulier au niveau des exploitations agricoles, s’adapte », a déclaré Hans Bruyninckx, directeur exécutif de l’AEE. « Les futures politiques de l’UE doivent aussi être conçues de manière à faciliter et accélérer la transition dans ce secteur. »

Le rapport de l’AEE souligne que le secteur agricole doit continuer à s’adapter au changement climatique pour assurer une production agricole durable, étant donné que les effets globaux du changement climatique pourraient entraîner une perte de revenus agricoles dans l’UE pouvant atteindre 16 % d’ici à 2050.

L’intégration de l’action climatique dans les politiques nécessite toutefois une meilleure mise en œuvre aux niveaux national et régional, selon les rédacteurs du rapport. En effet, même avec un cadre politique favorable à l’adaptation au niveau de l’UE, l’adaptation au niveau de l’exploitation agricole peut ne pas nécessairement avoir lieu.

Le rapport suggère pour cela que les décideurs politiques des États membres envisagent d’ajouter une disposition relative au paiement des services écosystémiques liés à l’adaptation dans le cadre de nouveaux programmes écologiques, afin de rendre plus attrayantes pour les agriculteurs les mesures d’adaptation.

L’étude de l’AEE est conforme aux messages clés du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur le changement climatique et les terres.

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